Mardi 2 octobre.
 
J’ai visité toute la Manufacture de Sèvres. Laurence Maynier m’a présenté toutes les équipes. Toutes les
personnes rencontrées ont été très accueillantes et très sympathiques.
Je vois à peu près sur quels segments de production je vais pouvoir trouver des choses. J’y retourne jeudi pour
commencer les prises de vue.
 
 
Mercredi 3 octobre.
 
 
 
                                    
 
 
Jeudi  4 octobre.
 
 
 
 
                            
 
 
 
J’ai commencé ma première prise de vues à la Manufacture de Sèvres sur trois vases cassés. J’aurai les négatifs
en début de semaine. C’est un travail titanesque qui commence. Sur mes trajets je continue la série des matelas.
Je continue aussi à scanner les négatifs sur le thème du corps pour Slick qui approche vite. Bref je n’ai pas trop le temps de penser
les choses, il faut faire, après je pourrai organiser. Les éclats de porcelaine pris en photo me font penser à l’éclat d’un oeil en verre.
Toujours une réflexion sur le regard qui se met en place. Je me suis blessé aux mains, les éclats de porcelaine sont tranchants
comme des lames de rasoir.
 
 
 
 
Vendredi 5 octobre.
 
 
 
                                        
 
 
 
 
 
 
Mardi 9 octobre.
 
Je travaille sur les premiers négatifs. J’ai commencé trois séries différentes à la Manufacture de Sèvres. Je travaille plus au moulin en ce moment. C’est le lieu de recyclage et de préparation des pattes. Je passe un peu dans l’atelier de fabrication pour voir s’il n’y a pas des pièces cassées que je pourrais utiliser. J’essaye d’être assez discret pour ne pas déranger les techniciens. Ils m’accueillent très gentiment et se mettent à ma disposition dès que j’ai une question, c’est vraiment formidable.
Je pars pour le moment de fragments de porcelaine émaillée, de morceaux de patte sèche concassée pour être recyclée et de plaques sèches. J’essaye de trouver l’aspect le plus brut possible.
Je m’aperçois déjà que la série de porcelaine émaillée ne peut être qu’une série photographique. L’aspect tranchant et blanc développent tout de suite des questions liées au regard, au corps de l’oeil, et au cadrage qui coupe. Je ne vois pas vraiment de développement en sculpture, sauf dans du monumental, mais je ne crois pas que ce soit possible.
Ce qui m’intéresse nettement plus pour le développement en sculpture sont les morceaux concassés qui ressemblent à des cailloux. Imaginer ces formes en de grandes sculptures  m’inspire d’avantage.
L’idée est de transformer le point d’origine.
 
 
 
 
                                          
 
 
 
 
Quand je cherche la forme, j’évite toute pièce au dessin trop particulier, je cherche en quelque sorte la forme la plus banale, la moins impressionnante. Je me rends compte que même en faisant de la sorte, ces sculptures sont déjà d’une complexité folle.
 
 
 
 
                                        
 
 
 
 
J’ai cassé trois vases produisant dans cette première phase une cinquantaine de fragments. Je vais casser chaque fragment pour produire à nouveau une nouvelle phase de formes jusqu’à la limite de la prise de vue photographique macro.
Il y a dans cette série une plastique qui sera à mettre en relation avec mon travail sur le corps, la déformation et la peau. Il s’agit ici de la cristallisation de la peau et  de sa mue.
 
Le déplacement du point d’origine va être une recherche à approfondir.
 
Il faut que je fasse attention à la poussière pour le matériel photographique, il va falloir que je mette en place un protocole plus efficace, car je vais abîmer les optiques en continuant comme je l’ai fait.
 
 
 
Vendredi 12 octobre.
 
J’ai dû finir la production pour la foire Slick. J’accrocherai mercredi prochain mon travail. J’ai sorti encore des images assez fortes je crois.
Celle-ci n’est qu’un exemple. Peut-être un projet avec LLB Architecture : http://www.lllo.org/ , à suivre, cela pourrait être très intéressant.
 
 
 
 
 
                
 
 
Du coup je n’ai pas eu le temps de retourner à la Manufacture de Sèvres, j’irai lundi, j’ai encore une vingtaine de négatifs à traiter.
 
 
 
 
 
Lundi 15 octobre.
 
 
Fragment et point d’origine. J’ai lancé une impression ce matin d’une photo de fragment de patte. Le résultat est magnifique. Je sens que je m’approche du projet. Peut-être une composition au sol de sculptures de tailles différentes, comme un morceau éclaté au sol.
 
 
 
                      
 
 
 
 
 
Maintenant, il faudrait voir comment ces formes tiennent à la cuisson, comment vont réagir tous les détails, vont-ils fondre ?
Je vais essayer de faire passer ces maquettes au four prochainement.
Je continue à prendre les fragments de porcelaine cassés, mais je suis de moins en moins convaincu. Je pense que je vais arrêter cette piste.
 
Il faut que je pense le projet avec les architectes, Charles et David. L’idée serait de revisiter certaines de leurs réalisations en mettant en scène mon personnage déformé. Il s’agit de mettre en relation une idée d’une architecture toujours en gestation et un corps/idée en perpétuelle évolution. Le projet m’inspire beaucoup, je vais devoir réfléchir sur l’interaction entre corps et architecture, et cela m’intéresse beaucoup, je vais devoir penser, et c’est tellement rare de sentir réellement son cerveau se mettre en marche, c’est un réel effort, un petit moment plus ou moins lumineux. Par contre ils ont un peu peur de la réaction des propriétaires des lieux. On va faire un test, il faut qu’il soit réussi.
 
Slick arrive, tout mon travail est encadré, je vais accrocher mercredi. J’aurai tellement d’autres images à montrer. Mais je crois que l’ensemble est bien. Je suis impatient de voir comment cela va tenir au regard. Et de voir les boulots des autres artistes de la galerie me fait plaisir d’avance, ils sont bons, et les artistes sont très sympathiques, ce qui n’est pas fréquent de cumuler ces deux aspects.
 
 
Pour la porcelaine, il faut que je fasse des recherches sur l’aspect minéralogique du travail.
 
Récolte de la matinée.
 
 
 
                            
 
 
 
 
 
Mardi 16 octobre.
 
J’ai lancé les impressions de mon travail photographique réalisé dans la rue sur les espaces réservés. Je suis content de les voir sur papier, c’est quand même autre chose que de les voir uniquement sur un écran d’ordinateur surtout en travaillant au moyen format.
J’ai pu passer à la Manufacture en début d’après-midi. C’est génial, je suis tombé au moment de l’enfournement, les équipes ont été réactives et m’ont permis d’y glisser des tests. J’aurai les résultats mardi prochain. Je suis passé à l’atelier de modelage, au moulin et à l’atelier de fabrication pour être conseillé sur mon projet, Je commence à voir où je vais dans mon projet et dans la Manufacture qui est un lieu immense.
Cela me rappelle la fonderie de Coubertin, le processus de fabrication est exactement le même : moulage, coulage, ciselure, patine/peinture.
Le vocabulaire est différent mais la technique sensiblement la même.
 
 
Vendredi 19 octobre.
 
J’ai accroché mon travail mercredi, vernissage hier pour la foire Slick. Le stand est très beau. Je déteste les vernissages. J’ai été boire des bières avec Jim, très sympa. Il ne parle pas français, moi un peu anglais, on a bu.
 
 
 
Lundi 22 octobre.
 
Principe de la sculpture. Lorsque je décide de réaliser une sculpture un certain nombre de phénomènes entrent en jeu. La préparation de l’espace de travail, rangement, espace libre, ... successions de gestes. Prendre un pain de terre par exemple, le déplacer, le positionner. Il a déjà une forme, il est déjà une forme. Prendre de la terre de ce bloc est une désorganisation de la forme pour en former une autre. Où est la sculpture en devenir à ce moment là ? Il y a égalité, il y en a deux. L’idée première engendre deux idées. Il s’agit de faire le bon choix si l’intérêt se développe sur cette observation. Une fois que cette analyse est en cours, on peut totalement s’extraire du  “faire soi-même”. On peut mettre sa main à distance et observer un autre.
A la manufacture de Sèvres, j’observe cette dynamique. La forme qui se fait consciemment induit une autre qui se fait ailleurs. C’est cet ailleurs que je prends en note.
 
 
 
 
                              
 
 
 
Il s’agirait en analysant  uniquement ce que donne donne à voir l’image, une sorte de corps fossile qui situerait la prise de vue photographique dans une sorte d’archéologie du geste. La forme n’est pas autre chose qu’un amas de gestes finissant par donner forme à un corps.
 
 
 
                            
 
 
 
 
 
                            
 
 
 
 
 
Demain je vais voir les tests de cuisson. Il faudra cuire aussi celles-ci.
 
Il faut que je mette au point le projet avec les architectes.
Je dois aller décrocher mes oeuvres à Slick. Rien vendu. La suite va être difficile. Je vais devoir travailler avec le petit numérique faute de moyens. Ce n’est pas très grave.
 
 
Récolte de la matinée.
 
 
 
                  
 
 
 
 
 
Mardi 23 octobre.
 
 
Variation.
 
 
 
 
                
 
 
 
 
 
Fin de journée, un matelas.
 
 
 
 
                
 
 
 
J’ai pu aller à la Manufacture de Sèvres voir les tests de cuisson. C’est parfait. J’en tirerai des images demain.  Je commence à assez bien articuler le projet entre le moulin et les fours. Il faut dire que les équipes sont vraiment géniales. Je peux avancer très vite dans le tempo très particulier de la céramique/porcelaine. Les petites pièces cuites sont comme des pépites très brutes, exactement ce que je cherchais. L’autre axe qui vient de se développer avec cette notion de geste m’a amené à lancer une autre cuisson.
Une quarantaine de fragments cuits. Un tas aléatoire. Je peux déjà penser une installation, une disposition des pièces dans l’espace. Ce sera demain pour la prise de vue.
Les pièces qui cuisent ressemblent à des météorites ou à des morceaux de roches volcaniques. Il y a aussi dans cette analogie possible l’idée d’une origine, un point d’ancrage.
 
Bien sûr penser ces pièces dans une plus grande échelle va être un défi technique.
 
 
 
Mercredi 24 octobre.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Maquette pour le projet à la Manufacture de Sèvres. A suivre, .. Cette image me renvoie trop à des choses que je connais déjà (Long, Venet,..). La notion de tas est à mettre de côté. Il faut continuer à chercher la bonne posture.
 
 
 
      
 
 
Je viens de m’apercevoir que ces deux images prises avec 24 heures d’intervalle n’était pas exactement réalisées au même endroit, ceci en regardant les vitrines en arrière plan, excellent !
 
 
 
              
 
 
 
C’est quand même beaucoup plus juste. C’est la bonne piste.
 
 
 
                        
 
 
 
C’est bon, j’y suis.
 
 
 
 
                  
 
 
 
 
          
 
 
 
Petits souvenirs de Slick.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Jeudi 25 octobre.
 
J’ai fait mon premier repérage ce matin pour voir une réalisation des architectes Charles Berthier et David LLamata de l’agence LLB Architecture, www.lllo.org.
Je crois voir quel doit etre la posture du corps pour l’associer à l’architecture afin de développer une conversation entre ces deux personnages tout en évitant une lecture narrative. Ce sera dune certaine manière assez cinématographique, mais dans une atmosphère d’attente  ou de latence.
 
 
Récolte de la matinée.