Furnace Creek 508: Inespéré
Furnace Creek 508: Inespéré
Monday, October 6, 2008
Dans le monde du sport, on les appelle les 48 heures les plus dures qui soient. Et ce n’est pas moi qui dirai le contraire. Jamais je n’avais participé à une course aussi difficile que celle de FURNACE CREEK 508 (819 km de cyclisme). De la même façon, je peux dire que BADWATER (217 km à pied) est la plus dure que j’aie jamais réalisée. Cela dit, les deux sont extrêmement difficiles et c’est pour cette raison qu’elles font partie de la coupe de Death Valley (la Vallée de la Mort), en Californie : il faut disputer BADWATER, puis FURNACE CREEK 508 la même année… en moins de trois mois.
Le 1er octobre, j’ai pris l’avion pour Los Angeles. Je suis arrivée à 15 h et mon équipe m’attendait avec le van, déjà sur le pied de guerre. Ma bicyclette n’est pas arrivée si bien que j’ai dû l’attendre jusqu’au lendemain, plutôt angoissée, mais certaine que tout allait bien se passer et qu’elle serait là à temps. Finalement, je l’ai reçue le lendemain, mais avec le cadre rayé car son emballage avait été ouvert et mal refermé à la Douane, et la vibration de la boit en roulant a fait que les rues rai le cadre de mon vélo, Dommage mais… Mais il n’y avait rien de grave.
Nous sommes allés acheter tout ce dont nous avions besoin pour la course : aliments, tubes de bicyclette, éclairages spéciaux pour le véhicule de soutien, signaux pour la voiture avec le « totem ». Le totem remplace le numéro, c’est une sorte de représentation spirituelle d’un animal. J’ai choisi le « Quetzal », l’oiseau national du Guatemala et aussi l’un des plus beaux du monde.
La course a commencé à 7 h du matin. Il tombait une pluie fine et il faisait légèrement froid. Lorsque le coup d’envoi a été donné, nous sommes tous partis en groupe, guidés par un policier pour nous diriger vers le parcours et sortir de la ville de Santa Clarita (Californie). Puis les cyclistes se sont mis à pédaler plus vite et le groupe a commencé à se disperser. Comme je l’ai déjà dit, il tombait une pluie fine et, alors que nous grimpions une montagne, le brouillard est devenu plus dense. Nous ne voyions pratiquement rien et, par mesure de sécurité, nous avons été contraints de placer un voyant rouge à l’arrière de chaque bicyclette. Lorsque nous sommes sortis de la montagne, le ciel s’est dégagé mais le vent a commencé à souffler fort, ce qui doit être habituel à cet endroit car il y a de nombreux moulins à vent. Dans les descentes, avec tout ce vent, comme ma bicyclette vibrait, je ne pouvais pas aller très vite et j’avais peur. Nous avons alors remplacé ma roue avant par la roue d’entraînement pour que je ne sois plus autant dérangée par le vent.
Les 300 premiers kilomètres se sont très bien passés – hyper rapides, 9h20 - mais en arrivant à Townes, il y avait un vent contraire terriblement fort pour 17 km d’ascension et 1 160 m d’altitude. J’aurais aimé avoir une cassette plus grande à l’arrière pour passer une vitesse plus facile, mais je suis montée comme cela. C’était dur, mais la tombée du jour était tellement magnifique que, malgré les efforts et la fatigue, j’ai pu profiter du spectacle. En arrivant au sommet, il faisait presque nuit et, pour redescendre de l’autre côté, il y avait 27 km de descente. On voyait qu’un orage arrivait, avec ses éclairs et ses coups de tonnerre. C’était beau à observer, mais il s’est mis à pleuvoir très fort. Les gouttes ressemblaient à de la grêle et j’avais mal lorsqu’elles me frappaient les jambes et le visage. Je me suis arrêtée pour mettre une veste et changer à nouveau de roues à cause de la vibration.
Nous avons emprunté une partie du parcours de BADWATER, mais cette fois-ci tout était sombre. Aux environs de 21 h, le sommeil a commencé à me gagner, j’avais mal à une épaule et au cou, j’étais épuisée. Les membres de mon équipe (Ferg et Billy Hawke, Shayne Chouquette et Ryan McKenzie) se sont rendu compte que je commençais à zigzaguer et ils m’ont dit de m’arrêter un moment. Ils m’ont donné du café, j’ai changé de short, un petit massage du cou, et j’étais prête à repartir. C’était une côte de 55 km, partant de 45 m au-dessous du niveau de la mer pour arriver à 1 010 m d’altitude. Je me suis souvenue de Shanna Armstrong qui m’avait dit que « c’est que c’est soi, continuer , mais que surtout je ne m’arrête pas à 450 km ». C’est là que j’ai compris ce qu’elle voulait dire. C’était vraiment tentant d’arrêter la course à cet endroit-là. De plus, il n’y avait pas uniquement un col à passer, mais deux : un à 8 km, où l’on ne voyait rien et où l’on croyait être arrivé au sommet alors qu’au bout de deux minutes de descente on se rendait compte qu’il fallait monter encore 15 km pour arriver en haut, après une très longue descente. Là, j’ai pu observer les étoiles, boire un café et me concentrer sur mon état physique car une distraction, un simple clignement des yeux et je pouvais à coup sûr avoir un accident.
J’ai poursuivi, coûte que coûte. La nuit a commencé à se dissiper et au loin, derrière la montagne, j’ai distingué une lueur qui, très lentement, se faisait de plus en plus évidente. Et le jour est apparu, avec un ciel clair, puis les montagnes de l’autre côté et cette lumière qui reflétait le soleil sur le point de se lever. J’ai continué à pédaler, pédaler…
Les membres de mon équipe de soutien ont été terriblement efficaces. C’est un lien difficile à expliquer. Chacun a sa vie, mais quand il s’agit de travailler en équipe, ils sont exceptionnels. Ils savent quand j’ai besoin de m’alimenter, de boire des hydrates de carbone, de m’arrêter pour aller aux toilettes, bref, ils comprennent tout et tout s’est bien passé. Parfois je leur parlais en français à cause de la fatigue et du manque de sommeil, mais je m’en rendais vite compte et je me reprenais en anglais. Cela dit, je me suis rendu compte que, pendant cette course, il m’arrivait de penser en français.
Et j’ai continué, avec obstination. Je pourrais décrire chaque sommet, chaque montée et chaque descente, mais ce serait ennuyeux. Il y en a eu environ 10, pour un dénivelé total de 10 660 m (l’Everest fait 8 848 m). Tout ce que je peux dire, c’est que je suis arrivée à Baker, le dernier poste de contrôle, à 90 km de la ligne d’arrivée. Robyn Benincasa, championne mondiale de courses d’aventure et raids, était en train de faire 15 mn de pénalité pour ne s’être pas arrêtée à un « stop ». Je l’ai vue. Nous nous étions doublé plusieurs fois pendant la course, mais je pensais qu’elle avait un net avantage sur moi, elle était très forte. A ce moment-là, j’ai senti exploser tout le potentiel que j’avais en moi, je me suis sentie submergée par mon esprit de compétition. La fatigue mise de côté, je me suis dit que je devais aller jusqu’au bout de mes forces. Et j’ai continué, en parvenant à maintenir un bon rythme. Je n’ai bu que du Coca Cola car à cette vitesse j’avais peur de consommer des solides susceptibles de m’indisposer. Les membres de mon équipe me disaient que j’allais à un rythme incroyable et que je devais tenir, que j’avais laissé Robyn derrière moi. J’ai donné le meilleur de moi-même, dans un ultime effort qui m’a semblé durer une éternité. Il y a eu quelques côtes et de nouveau je me suis souvenue de Shanna qui m’avait dit que les 12 derniers kilomètres étaient les plus pénibles car on avait l’impression d’être encore loin du but.
Ce fut comme une interminable torture. Mais je m’étais préparée mentalement en me répétant « tout passe… c’est bientôt fini ». Et en effet, à, 500 m de la ligne d’arrivée, j’ai consulté ma montre pour voir l’heure officielle : il était 15h56. Donc je me suis lancée dans un dernier sprint pour finir avant 16h. Avec tous les efforts que j’avais déployés et toute la motivation qui était la mienne, ce n’était pas impossible. Et j’y suis arrivée.
Il est toujours plus agréable de dire que l’on a fait moins de 33 heures plutôt que de dire que l’on a fait 33 heures : mon temps officiel est de 32h58, deuxième place, 819 km et 10 660 mètres de dénivelé. Dans des conditions extrêmes (brouillard, vent, chaleur (35°), pluie et chemins en mauvais état), avec la meilleure équipe de soutien du monde, à laquelle je dois mon succès car elle a su s’occuper de moi, savoir quand il fallait me pousser ou non à continuer, et quand il fallait plaisanter. Je lui suis infiniment reconnaissante d’avoir pu venir me soutenir et d’avoir fait en sorte que ce rêve devienne une réalité.
Ferg, Billy, Shayne et Ryan, merci !
Dans le monde du sport, on les appelle les 48 heures les plus dures qui soient. Et ce n’est pas moi qui dirai le contraire. Jamais je n’avais participé à une course aussi difficile que celle de FURNACE CREEK 508 (819 km de cyclisme). De la même façon, je peux dire que BADWATER (217 km à pied) est la plus dure que j’aie jamais réalisée. Cela dit, les deux sont extrêmement difficiles et c’est pour cette raison qu’elles font partie de la coupe de Death Valley (la Vallée de la Mort), en Californie : il faut disputer BADWATER, puis FURNACE CREEK 508 la même année… en moins de trois mois.
Le 1er octobre, j’ai pris l’avion pour Los Angeles. Je suis arrivée à 15 h et mon équipe m’attendait avec le van, déjà sur le pied de guerre. Ma bicyclette n’est pas arrivée si bien que j’ai dû l’attendre jusqu’au lendemain, plutôt angoissée, mais certaine que tout allait bien se passer et qu’elle serait là à temps. Finalement, je l’ai reçue le lendemain, mais avec le cadre rayé car son emballage avait été ouvert et mal refermé à la Douane, et la vibration de la boit en roulant a fait que les rues rai le cadre de mon vélo, Dommage mais… Mais il n’y avait rien de grave.
Nous sommes allés acheter tout ce dont nous avions besoin pour la course : aliments, tubes de bicyclette, éclairages spéciaux pour le véhicule de soutien, signaux pour la voiture avec le « totem ». Le totem remplace le numéro, c’est une sorte de représentation spirituelle d’un animal. J’ai choisi le « Quetzal », l’oiseau national du Guatemala et aussi l’un des plus beaux du monde.
La course a commencé à 7 h du matin. Il tombait une pluie fine et il faisait légèrement froid. Lorsque le coup d’envoi a été donné, nous sommes tous partis en groupe, guidés par un policier pour nous diriger vers le parcours et sortir de la ville de Santa Clarita (Californie). Puis les cyclistes se sont mis à pédaler plus vite et le groupe a commencé à se disperser. Comme je l’ai déjà dit, il tombait une pluie fine et, alors que nous grimpions une montagne, le brouillard est devenu plus dense. Nous ne voyions pratiquement rien et, par mesure de sécurité, nous avons été contraints de placer un voyant rouge à l’arrière de chaque bicyclette. Lorsque nous sommes sortis de la montagne, le ciel s’est dégagé mais le vent a commencé à souffler fort, ce qui doit être habituel à cet endroit car il y a de nombreux moulins à vent. Dans les descentes, avec tout ce vent, comme ma bicyclette vibrait, je ne pouvais pas aller très vite et j’avais peur. Nous avons alors remplacé ma roue avant par la roue d’entraînement pour que je ne sois plus autant dérangée par le vent.
Les 300 premiers kilomètres se sont très bien passés – hyper rapides, 9h20 - mais en arrivant à Townes, il y avait un vent contraire terriblement fort pour 17 km d’ascension et 1 160 m d’altitude. J’aurais aimé avoir une cassette plus grande à l’arrière pour passer une vitesse plus facile, mais je suis montée comme cela. C’était dur, mais la tombée du jour était tellement magnifique que, malgré les efforts et la fatigue, j’ai pu profiter du spectacle. En arrivant au sommet, il faisait presque nuit et, pour redescendre de l’autre côté, il y avait 27 km de descente. On voyait qu’un orage arrivait, avec ses éclairs et ses coups de tonnerre. C’était beau à observer, mais il s’est mis à pleuvoir très fort. Les gouttes ressemblaient à de la grêle et j’avais mal lorsqu’elles me frappaient les jambes et le visage. Je me suis arrêtée pour mettre une veste et changer à nouveau de roues à cause de la vibration.
Nous avons emprunté une partie du parcours de BADWATER, mais cette fois-ci tout était sombre. Aux environs de 21 h, le sommeil a commencé à me gagner, j’avais mal à une épaule et au cou, j’étais épuisée. Les membres de mon équipe (Ferg et Billy Hawke, Shayne Chouquette et Ryan McKenzie) se sont rendu compte que je commençais à zigzaguer et ils m’ont dit de m’arrêter un moment. Ils m’ont donné du café, j’ai changé de short, un petit massage du cou, et j’étais prête à repartir. C’était une côte de 55 km, partant de 45 m au-dessous du niveau de la mer pour arriver à 1 010 m d’altitude. Je me suis souvenue de Shanna Armstrong qui m’avait dit que « c’est que c’est soi, continuer , mais que surtout je ne m’arrête pas à 450 km ». C’est là que j’ai compris ce qu’elle voulait dire. C’était vraiment tentant d’arrêter la course à cet endroit-là. De plus, il n’y avait pas uniquement un col à passer, mais deux : un à 8 km, où l’on ne voyait rien et où l’on croyait être arrivé au sommet alors qu’au bout de deux minutes de descente on se rendait compte qu’il fallait monter encore 15 km pour arriver en haut, après une très longue descente. Là, j’ai pu observer les étoiles, boire un café et me concentrer sur mon état physique car une distraction, un simple clignement des yeux et je pouvais à coup sûr avoir un accident.
J’ai poursuivi, coûte que coûte. La nuit a commencé à se dissiper et au loin, derrière la montagne, j’ai distingué une lueur qui, très lentement, se faisait de plus en plus évidente. Et le jour est apparu, avec un ciel clair, puis les montagnes de l’autre côté et cette lumière qui reflétait le soleil sur le point de se lever. J’ai continué à pédaler, pédaler…
Les membres de mon équipe de soutien ont été terriblement efficaces. C’est un lien difficile à expliquer. Chacun a sa vie, mais quand il s’agit de travailler en équipe, ils sont exceptionnels. Ils savent quand j’ai besoin de m’alimenter, de boire des hydrates de carbone, de m’arrêter pour aller aux toilettes, bref, ils comprennent tout et tout s’est bien passé. Parfois je leur parlais en français à cause de la fatigue et du manque de sommeil, mais je m’en rendais vite compte et je me reprenais en anglais. Cela dit, je me suis rendu compte que, pendant cette course, il m’arrivait de penser en français.
Et j’ai continué, avec obstination. Je pourrais décrire chaque sommet, chaque montée et chaque descente, mais ce serait ennuyeux. Il y en a eu environ 10, pour un dénivelé total de 10 660 m (l’Everest fait 8 848 m). Tout ce que je peux dire, c’est que je suis arrivée à Baker, le dernier poste de contrôle, à 90 km de la ligne d’arrivée. Robyn Benincasa, championne mondiale de courses d’aventure et raids, était en train de faire 15 mn de pénalité pour ne s’être pas arrêtée à un « stop ». Je l’ai vue. Nous nous étions doublé plusieurs fois pendant la course, mais je pensais qu’elle avait un net avantage sur moi, elle était très forte. A ce moment-là, j’ai senti exploser tout le potentiel que j’avais en moi, je me suis sentie submergée par mon esprit de compétition. La fatigue mise de côté, je me suis dit que je devais aller jusqu’au bout de mes forces. Et j’ai continué, en parvenant à maintenir un bon rythme. Je n’ai bu que du Coca Cola car à cette vitesse j’avais peur de consommer des solides susceptibles de m’indisposer. Les membres de mon équipe me disaient que j’allais à un rythme incroyable et que je devais tenir, que j’avais laissé Robyn derrière moi. J’ai donné le meilleur de moi-même, dans un ultime effort qui m’a semblé durer une éternité. Il y a eu quelques côtes et de nouveau je me suis souvenue de Shanna qui m’avait dit que les 12 derniers kilomètres étaient les plus pénibles car on avait l’impression d’être encore loin du but.
Ce fut comme une interminable torture. Mais je m’étais préparée mentalement en me répétant « tout passe… c’est bientôt fini ». Et en effet, à, 500 m de la ligne d’arrivée, j’ai consulté ma montre pour voir l’heure officielle : il était 15h56. Donc je me suis lancée dans un dernier sprint pour finir avant 16h. Avec tous les efforts que j’avais déployés et toute la motivation qui était la mienne, ce n’était pas impossible. Et j’y suis arrivée.
Il est toujours plus agréable de dire que l’on a fait moins de 33 heures plutôt que de dire que l’on a fait 33 heures : mon temps officiel est de 32h58, deuxième place, 819 km et 10 660 mètres de dénivelé. Dans des conditions extrêmes (brouillard, vent, chaleur (35°), pluie et chemins en mauvais état), avec la meilleure équipe de soutien du monde, à laquelle je dois mon succès car elle a su s’occuper de moi, savoir quand il fallait me pousser ou non à continuer, et quand il fallait plaisanter. Je lui suis infiniment reconnaissante d’avoir pu venir me soutenir et d’avoir fait en sorte que ce rêve devienne une réalité.
Ferg, Billy, Shayne et Ryan, merci !
ordinateur vélo: 819.62 k la fin
Shayne, Ferg, Monica, Ryan and Billy avec le directeur de la course Chris Costman