Lorsque je suis entré dans l'atelier de Thierry Manlot, j'ai trouvé les traces d'une vie bouleversée.
D'un passage, marquant, peut-être, la fin d'une errance.
Une maison vide. Des souvenirs en guise de mobilier.
Pour peindre, Thierry Manlot est revenu squatter sa propre enfance. Des formes spectrales s'accrochent sur les murs.
Mais ce sont des peintures. Les toiles et les papiers signent un renversement. Celui des visages qui, brutalement, passent de la forme aérienne, légère, à des positions inversées et douloureuses. La couleur se fait plus violente. Le noir surgit. Le geste du peintre remplace le trait rapide, fugitif. Thierry Manlot ne se contente plus d'avoir du talent. Il peint. Il entre dans une nouvelle époque, celle de la rébellion, de l'insurrection contre lui même, ou, plutôt contre sa manière de se gouverner.
Peintre, il le fut toujours. Mais il était marrane. Le jour, il servait la religion de l'époque, celle qui veut nous faire croire que les gens de publicité ont plus d'importance que les pianistes des bordels !
Thierry Manlot a fait un choix vital pour que le peintre ne disparaisse pas, rongé par les vertiges de la vitesse. La peinture contre la publicité. Le geste devient libre.
Il s'autorise la souffrance. La déformation. Un rire grinçant monte en volutes de couleurs.
L'habileté évidente ne lui suffit plus. Dans ce bouleversement du geste et de la vie, il passe d'une manière de faire à un véritable style. 

Guy Konopnicki (écrivain, journaliste)
Thierry Manlot