“Thierry Cauwet présente le corps non comme une réalité, mais comme un moyen de détourner le réel, de le re-présenter sous forme de simulacres indépendants du tableau, ou n'en acceptant la contrainte que par une sorte  de force d'entraînement créant une relation d'échange entre  le lieu et la figure. Dans ces "tableaux vivants"- des personnages réels immobiles nus dans des niches au centre culturel de Sèvres, ou peints en mouvement dans l'espace de la Biennale de Venise en 1984- deux forces  contraires e fixité s'opposent, le vivant et l'image. Le regard est le pont tremblant de curiosité et de désir qui, de l'un à l'autre, établit une sorte de déontologie de la mesure du corps.
La nudité est la première violence que l'artiste impose à l'homme, elle peut provoquer la panique ou suggérer la cruauté; l'espace où les corps nus, marchent, s'accroupissent, s'immobilisent, de "n'importe où..." l'oeuvre, peinture et photo, présentée à Venise, est un labyrinthe sans dimensions définies où s'élaborent un cérémonial auquel le raidissement des postures corporelles donne l'étrangeté du rêve.
Thierry Cauwet vit et travaille toujours dans cet univers second qu'il piège entre illusion et allusion, où temps et lieux et corps  sont pris comme dans une sorte de rituel de présences et d'échanges. Quand il vécut aux Antilles, de 1988 à1991, il repris en charge l'anatomie inventée ou détournée de ses photos et de ses vidéos, et la mit dans ses tableaux, en fit les formes structurantes découpées ou griffées de ses compositions. De petits théâtres où la vie quotidienne devient rondes et ballets aux couleurs vives en apesanteur, (...) Quand, par hasard, après son retour de la Martinique, Thierry découvrit le jeu de Tarots, ces figures resurgirent comme pour l'appeler à ne pas rompre avec les sources symboliques d'une culture populaire à l'imagerie colorée”. (...)                    Pierre CABANNE (octobre 1993)