UN PEU D'AIR
Pendu par le cou au fil élastique de mes humeurs, ma tête imbécile cogne au plafond de mes rêves d'où je retombe pour mourir étouffé.
L'espoir assassiné jour après jour me serre le cou sous le poids du corps inutile où j'habite. Je n'ouvre la bouche que pour y faire entrer un peu d'air, incapable d'émettre un autre son qu'un râle d'agonie en lieu et place de la parole. Seul, je suis seul.
Le câble est d'acier maintenant et va finir par me trancher la gorge.
Je rêve encore un peu et veux y croire, tout va s'arrêter enfin, je ne souffrirai plus.
Mais la vie est là qui coule goutte-à-goutte dans mes veines inutiles puisque du coeur aucune joie ne vient.
Chaque seconde pèse sur mes épaules d'enlisé aux sables mouvants du désespoir aveuglant. Je ne vois plus rien si ce n'est cette grise lumière sur tout, jusqu'à la mésange bleue qui se mêle au bouton d'or pour mourir dans l'herbe verte et pâle.
Uniforme et insipide le temps s'enfuit sans moi avec les rires des passants.
Suspendu aux minutes affreuses qui m'enserrent dans leurs griffes, ma poitrine refuse d'extirper la boule qui m'oppresse et m'écrase violemment.
J'aimerais tant mourir d'un coup.
Mais la vie est là et se plaît à continuer, sans moi.
Peu lui importe finalement que je sois avec elle, ou que je n'y sois pas.
Le rythme idiot et implacable qui pas à pas nous mène au grand départ se joue du soliste inutile.
L'orchestre innombrable porte en son sein un musicien silencieux que personne ne remarque. À chaque mesure, le cri de douleur que lance mon ventre horrifié est couvert d'un grand retentissement tout alentour.
Les muses m'ont quitté pour rejoindre les coeurs et chantent à tue-tête par-dessus moi. La vie claironne sa joie inexorable malgré l'envie qui me vient de la laisser.
À vrai dire elle s'en fout, le triste cocu c'est moi !
D'un coup, sans savoir pourquoi vraiment, si ce n'est peut-être l'envie idiote de rentrer dans la danse, laissant les cornes au désespoir, mes pieds ont fini par toucher terre.
Libérant ainsi mon cou meurtri et mes poumons brûlants.
Le chef d'orchestre, son regard clair, ses gestes sûrs m'ont redonné l'envie.
L'envie de croire que mon coeur ne battra pas sans moi et que j'y serai un peu pour quelque chose.
À moins que ce ne soit la femme avec qui je partage ma vie.
Elle m'a souri et j'aime ça !
La mésange bleue s'est envolée laissant idiot le bouton d'or.
L'herbe est verte, tendre, le ciel est noir et étoilé pourtant.
La vie est là, l'amour aussi, si fort, si puissant qu'aucune couleur ne résiste à l’envie d’éclater, malgré la nuit !
La douleur enfuie, la douceur revenue, rien ne retient plus l'orchestre implacable qui renonce à l'ennui d'un répétitif mouvement.
L'agréable haleine des anges et les harpes célestes m'accompagnent, soliste infernal et content de moi. Je m'aime à nouveau.
La vie est de retour.