Lettre à Lawrence Cannon
Lettre à Lawrence Cannon
Monsieur le ministre des Affaires Étrangères...
Monsieur Lawrence Cannon
Ministre des Affaires Étrangères
Gouvernement du Canada
Monsieur le ministre:
Par la présente, je voudrais profiter de l'occasion pour plaider
la cause de M. Abousfian Abdelrazik, citoyen canadien retenu depuis six ans au Soudan.
Les Nations-Unies par l'intermédiaire de M. Richard Barrett ont clarifié le problème qui empêchait M. Abdelrazik de voyager. Il ne reste que votre permission.
Veuillez agréer, monsieur le ministre, l'expression de nos sentiments les plus distingués
Pierre Jasmin
président des Artistes pour la Paix
PS Quant aux informations contenues dans la lettre en annexe, je veux y renchérir en vous relatant le succès de la journée du 26 mai retransmise en direct de 9h à 18h par Espace Musique de Radio-Canada et celui de toutes les autres soirées où il nous a fallu refuser du monde à l'entrée de notre salle du Musée des Beaux-Arts de Montréal!
ÉPILOGUE
Le mardi 30 juin, M. Abousfian Abdelrazik, revenu du Soudan trois jours plus tôt et accompagné par diverses personnes ayant travaillé à son rapatriement, a été approché par un parfait inconnu sur la rue Sainte-Catherine au centre-ville de Montréa: « C'était vous?! Bienvenue! Bienvenue à la maison!". La scène s'est répétée quelques minutes plus tard: "Bienvenue!". À chaque occasion c'est par de chaleureuses poignées de main et des rires que la joie s'est exprimée.

Plus que jamais, la paix sans les armes
Montréal, le 15 mai 2009
Monsieur Lawrence Cannon
Ministre des Affaires Étrangères
Gouvernement du Canada
Monsieur le Ministre,
nous vous remercions d’avoir pris le temps de répondre à notre courriel du 2 mars dernier. La relecture de notre missive de neuf pages permet de constater qu’elle anticipait les prises de position du président Obama, plus d’un mois avant son célèbre discours du 5 avril à Prague, ce dont nous ne sommes pas peu fiers.
En 2010 à New-York (ONU), aura lieu la prochaine séance de négociation du Traité de Non-Prolifération nucléaire que le président Obama cherche à renforcer, contrairement aux présidents Reagan, Clinton et Bush qui avaient recherché une illusoire « supériorité » américaine. N’est-il pas prometteur que les pays adhérents aient déjà reçu pour cette séance un projet de programmation, alors qu’il y a cinq ans, il n’avait été disponible que trois semaines avant la rencontre (conclue sans aucun consensus)? Ce fait démontre de nouvelles et encourageantes volontés internationales d’avancer sur le chemin de l’abolition des armes nucléaires, vu le danger de les voir tomber en des mains terroristes.
Ce chemin sera ardu. Comme nous vous le démontrions en reprenant l’argumentation du Réseau canadien pour l’abolition des armes nucléaires, les politiques de l’OTAN appuyées par votre gouvernement sont en violation, hélas, de l’article 1 du TNP. De plus, la complaisance occidentale face à l’Inde, au Pakistan et surtout à Israël, trois pays alliés non soumis au TNP, rend l’adoption d’une ferme politique face à la Corée du Nord et à l’Iran plutôt malaisée et même hypocrite. Mais là encore, il faut saluer la pragmatique position du président Obama qui a réitéré à Prague qu’il ne favoriserait la construction en Pologne et en République Tchèque (l’opposition citoyenne y est exemplaire) d’un bouclier anti-missile supposément protecteur contre les armes nucléaires iraniennes (qui n’existent pas) qu’à la condition qu’il soit efficient et à prix raisonnable (« cost-effective and proven ») : nous osons penser qu’Obama abandonne ainsi à toutes fins pratiques l’irréalisable projet, jugé en outre inacceptable par la Russie. Cela va aussi de pair avec les courageuses coupures présidentielles annoncées la semaine dernière de 1.4 milliard de $ dans le budget des missiles américains, dont la plupart visent la Russie.
On assiste par conséquent déjà, malgré l’ombre projetée par les aventures militaristes de l’OTAN décidées par George Bush en Géorgie (où il est déplorable de retrouver des militaires canadiens), à de prometteuses discussions entre les présidents Medvedev et Obama sur l’extension du Traité de réduction des armes stratégiques (START). Comme vous le savez, vingt-trois mille armes nucléaires sont actuellement en « service », 95% d’entre elles étant russes ou américaines dont 20% en état d’alerte maximale, ce qui faisait l’objet de notre premier envoi au premier ministre et à vous-même en décembre 2008, nous indignant de l’abstention canadienne envers une proposition néo-zélandaise raisonnable de de-alerting à un comité de l’ONU.
Nous trouvons rassurants vos mots À la suite de notre échange de correspondance précédent, je tiens à vous assurer de nouveau que le Canada appuie fermement, de par ses principes, toutes les mesures internationales visant à réduire et à finalement éliminer les armes nucléaires et nous saluons la proposition canadienne très récente, appuyée par le Costa-Rica, de prévoir des rencontres annuelles pour le TNP.
Nous aimerions néanmoins savoir votre ministère plus actif dans la recherche de pas pratiques vers l’objectif d’une élimination globale pour 2020 des armes nucléaires, comme l’ont souhaitée votre vis-à-vis Frank-Walter Steinmeier du gouvernement conservateur d’Allemagne, ainsi que le parlement européen ayant approuvé à 177 votes contre 130, le 24 avril dernier, le protocole Hiroshima-Nagasaki du mouvement les Maires pour la Paix, comme amendement pacifiste important au rapport Beer.
J’ai eu l’insigne privilège de donner deux concerts pour le président des Maires pour la Paix, le maire de Hiroshima, M. Akiba, dont le dernier en juillet 2007 à Pugwash en Nouvelle-Écosse pour le 50e anniversaire du mouvement : à l’instar du sénateur Roméo Dallaire et de la mère du ministre de la Défense Peter Mackay, nous y étions tous quatre présents en tant que membres du mouvement Pugwash, fondé comme vous le savez à la suite d’un manifeste signé Albert Einstein et Bertrand Russell. Le mouvement et l’Office National du Film m’ont désigné animateur de la première montréalaise et francophone le 10 mars dernier du film remarquable Un rêve étrange du documentariste Eric Bednarski sur le non moins remarquable fondateur de Pugwash, le prix Nobel de la Paix 1995, feu Dr Joseph Rotblat. Nous vous recommandons ce film fort révélateur sur l’histoire de l’arme nucléaire et sur les tactiques de centaines de physiciens nucléaires de Pugwash pour réfréner les ambitions politiques sur son utilisation.
Il me fait maintenant plaisir de vous informer que les Artistes pour la Paix qui ont plus de 25 ans d’activités souligneront l’exact 40e anniversaire du bed-in pour la paix entrepris par les artistes pacifistes Yoko Ono et John Lennon au Musée des Beaux-Arts de Montréal de 9 à 19 h le 26 mai prochain, en prélude à une série de concerts quotidiens du 26 au 30 mai par des auteurs-compositeurs-interprètes éminents, tous membres des Artistes pour la Paix.
Vous y êtes cordialement invité, Monsieur le Ministre, ainsi que toutes les personnes mentionnées en copies conformes, avec l’expression de nos sentiments distingués.
Pierre Jasmin
Président des Artistes pour la Paix
et membre de Pugwash
cc1 Le Très Honorable Stephen Harper, premier ministre : pm@pm.gc.ca
cc2 Monsieur Walter Dorn, professeur au Collège militaire Royal de Toronto et président de Pugwash Canada : Walter.Dorn@rmc.ca
cc3 Bev Delong du Réseau canadien pour l’abolition des armes nucléaires : bevdelong@shaw.ca
cc4 M. le sénateur Roméo Dallaire, a/s de : kimkroeber@ca.inter.net
mardi 2 juin 2009