désarmement et justice sociale

désarmement et justice sociale

Ce texte a été présenté au Forum social québécois,
UQAM, 24 août 2007
D’abord et d’entrée de jeu, j’aimerais exprimer toute la sympathie des Artistes pour la paix envers les familles des trois soldats de Valcartier morts cette semaine en croyant travailler pour la paix, au service d’un gouvernement aux tendances militaristes.
Car en un an et demi de pouvoir, le gouvernement conservateur vient d’accorder 31 milliards de $ en dépenses militaires extravagantes, cette explosion de coûts en flagrante contradiction avec la politique recommandée par le groupe Canada 21. Créé il y a à peine une décennie par le gouvernement Chrétien pour le conseiller sur la politique de Défense du Canada en vue du 21e siècle, Canada 21 comprenait 21 experts dont feu l’Honorable Gérard Pelletier, membre des Artistes pour la Paix. Nous avons donc été heureux d’apprendre, la semaine dernière, le limogeage de Gordon O’Connor, car les Artistes pour la Paix avaient protesté dès sa nomination contre la remise du poste de ministre de la Défense à cet ex-lobbyiste au compte d’une vingtaine de compagnies d’armement. Nous avions depuis maintes fois réclamé sa démission, avec celle du général Rick Kill those scumbags Hillier.
Un certain discours d’économistes et politiciens autoproclamés Lucides justifie hausses de frais étudiants, gel des salaires syndiqués et privatisation de la médecine par le prétexte « qu’il faut bien créer la richesse avant de la distribuer ». Eh bien, voici 31 milliards de $ de richesse créée au Canada au cours des derniers dix-huit mois, qui viennent d’être gaspillés à transformer l’armée canadienne réputée pour ses Casques Bleus (il n’en reste qu’une cinquantaine) en instrument de guerre à Kandahar avec deux mille cinq cents soldats en armes, contre six personnes qui travaillent pour l’ACDI.
C’est cette disproportion entre efforts de guerre et de paix que révélait Claude Bachand, porte-parole du Bloc Québécois en matière de Défense, dans son discours du 19 avril alors qu’il revenait d’Afghanistan. Il y déplorait, tout en s’apprêtant à voter avec le Bloc en faveur du budget conservateur (!), les 21 milliards de dépenses militaires, auxquels il faut maintenant ajouter plus de 10 milliards de $ dévolus en juillet aux forces navales pour patrouiller les plus longues côtes monde, indéfendables et inattaquables pour des raisons évidentes de géopolitique. Car le 10 août, le gouvernement ajoutait encore à ces dépenses deux « Harpervilles », c’est-à-dire un port en eaux profondes, un centre d’entraînement de Rangers et un nouvel avant-poste à bâtir dans un no man’s land situé le plus près possible du Pôle Nord : on prédit le chiffre absolument irréaliste de 100 millions de $ pour ces constructions, alors que cela couvrira à peine les coûts de transport de matériel jusqu’en 2015.
À ces sommes faramineuses, ajoutons les 3 millions de $ pour construire un Guantanamo du Nord, une prison d’isolement à Kingston pour des immigrés arabes qu’on éloigne pendant des années de leurs familles, bien qu’aucun juge ne les ait reconnus coupables. Ajoutons-y aussi une part importante des 900 millions annoncés il y a trois mois par Stephen Harper en subventions à l’innovation technologique, qui ira aux usines de produits militaires.
Dans son tout dernier discours en fonction, le président américain (1953-1961) Dwight Eisenhower prophétisait le kidnapping de la démocratie par ce qu’il a été le premier à appeler le complexe militaro-industriel (plus d’1 million de $ de dépenses militaires chaque minute de chaque jour de l’année 2005 par le Pentagone de George W. Bush). Eisenhower, ancien général donc plutôt bien informé sur le militaro-industriel, en dénonçait le projet de « guerres perpétuelles, profits perpétuels. Chaque fusil fabriqué, chaque navire de guerre lancé, chaque missile déclenché signifie en fin de compte un vol perpétré à l’encontre de ceux qui ont faim sans qu’on les nourrisse, de ceux qui ont froid sans qu’on les vête ».
Le Canada avait résisté à cette tendance… jusqu’à l’arrivée au pouvoir de Paul Martin qui a décrété la plus grosse augmentation de budget militaire depuis la Seconde Guerre mondiale (Institut Polaris). Et maintenant, Stephen Harper, dans l’indifférence de nos éditorialistes, augmente encore la cadence, sans doute pour satisfaire au Partenariat Prospérité et Sécurité de ses acolytes des Etats-Unis et du Mexique. Tous les démocrates qui croient à un développement durable doivent travailler à contrer cette politique faite pour les pétrolières et les industries militaires.
Pierre Jasmin
Président
Les Artistes pour la Paix
Citation d’Eisenhower : A military-industrial complex [that seeks] perpetual wars, perpetual profits. Every gun that is made, any warship launched, every rocket fired, signifies in the final sense a theft from those who hunger and are not fed, those who are cold and are not clothed.
Rappelons que les trois plus grosses industries d’armement au monde sont américaines : Lockheed Martin, Boeing et Northrop Grumman.
