"Si l'homme échoue à concilier la justice et la liberté, alors il échoue à tout". Camus, Carnets
Le calamiteux périple de la Marianne (voir l'article dans ce numéro) constitue une succession d’échecs, dont le premier a pour cause un échouement.
Malgré leur ressemblance, échec et échouer n’ont pas de racine commune : le premier vient du persan shah, "roi" (échec et mat — a’ shah amat — signifie "le roi est mort"). Quant à l'origine d'échouer, qui date de 1510, elle serait inconnue, dit-on. Ne pourrait-ce pas être le breton, qui dispose de skoiñ pour "échouer" et "percuter" ?
Échouer signifie à l’origine "rester sur le fond et ne plus pouvoir naviguer". En ce sens, cela peut entraîner un naufrage (littéralement "bris de navire").
Échouer, c’est aussi "tirer à sec une embarcation", ou "la laisser reposer sur le fond quand la mer se retire". C’est là un synonyme d’engraver, littéralement "tirer sur la grève".
Par extension, échouer se dit d’un objet ou d’un animal marin quelconque, au sens d’"être poussé à la côte" : un container, une baleine a échoué sur la plage.
Hors du monde marin, les usages figurés d’échouer témoignent de l’importance de la marine en France et de l’imaginaire qu’elle a engendré :
• "Se heurter à un obstacle social, moral ou intellectuel et ne pas réussir à le surmonter ; subir un échec, avorter". Les mesures en faveur des naufragés de la société ont échoué. Il a échoué au bac. Cet usage date de 1660 ;
• "Arriver dans un endroit inattendu, et s’y installer". J’ai échoué dans ce bled voici vingt ans et j’y suis encore ;
• "Ne pas réussir alors qu’on était tout près du but", ce que dit, avec compassion face à cette malchance, la vieille expression échouer près du port.
Alors que l'échouage est toujours intentionnel, l'échouement n'est qualifié de volontaire que s'il vise à soustraire un navire à un plus grand danger, tant en mer qu'au port.
(Sources biblio. : Trésor de la langue française, Jal, Glossaire nautique, Gallavardin, L'échouement du navire)