"Le mot de la mer" : la nouvelle rubrique du Chasse-marée
Dictionnaire des mots nés de la mer
Ponton vient du latin ponto, qui signifiait « navire de charge, bac ».
En 1245, il a en français le sens de « pont » ; en 1251, celui de « grand bateau plat et ponté servant à passer une rivière ». Vers 1360-70, il prend même celui de « pont-levis » ; en 1515, c’est un « vieux navire qui sert à divers usages dans les ports » ; en 1532, un « pont flottant composé de bateaux joints ». En 1813, il désigne un « vieux vaisseau rasé où l’on enferme des prisonniers ».
Voici ce que dit Jal à propos des pontons anglais : « Des bâtiments de guerre vieux et cassés, qu’on rase quelquefois jusqu’au premier mont, servent de pontons. Non rasés, ils font office de bagnes, de pataches, de vaisseaux amiraux, de navires d’avant-garde et d’arrière garde dans les arsenaux maritimes, etc. Pendant la guerre de 1792 à 1814, […] les Anglais y retinrent captifs ceux de nos marins et de nos soldats que leur livra le sort des armes. Le traitement cruel qu’éprouvèrent sur ces navires ces hommes […] sera, pour la philanthropique Angleterre, le motif légitime d’un reproche qui sera répété d’âge en âge chez les marins des pays civilisés, tant que le nom de ponton restera dans leur langue. On voudrait pourvoir déchirer cette page honteuse de l’histoire d’une nation qui a souvent justifié la prétention qu’elle affiche partout d’être généreuse et noble, mais qui […] se comporta comme aucun peuple […] ne le fit avec des criminels ». Louis Garneray a particulièrement bien dépeint la survie sur ces pontons dans Un Corsaire au bagne. Mes pontons.
Le Nouveau Larousse ill. de 1904 admet qu’en France aussi on se servit de pontons, mais seulement « pendant quelques époques troublées pour enfermer les détenus politiques ».
Être rasé comme un ponton, c’est, en parlant d’un navire, « être entièrement démâté, généralement sous l’action de la tempête, ou du canon ». Au figuré, cela peut se dire d’une personne ruinée (Trésor de la langue française).
On trouve de nos jours des pontons dans les marinas, pour l’amarrage des bateaux ; dans les ports de commerce et dans les stations de navibus, pour l’embarquement des passagers. Enfin, certains pontons sont de simples plates-formes flottantes sur pilotis, pour la baignade, la pêche, le tir de feux d’artifices, les travaux fluviaux, etc.
N° 202 : ponton
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