Où est le problème?
Qui peut mettre en doute l’existence de “sectes” ou, pour mieux dire, et de manière un peu plus descriptive, de groupes organisés autour de l’autorité d’un ou de plusieurs “leaders” et dont les activités sont à l’origine de plaignants? Il semble difficile en effet d’ignorer, et pour reprendre la formule d’une personne engagée dans la lutte contre les “sectes”, qu’il existe des “victimes de groupes qui leur ont fait du mal”, de la même façon qu’il est difficile d’ignorer un fait qui ne se démentira certainement jamais, à savoir que les courants religieux qui traversent nos sociétés, qu’ils soient minoritaires ou plus largement répandus, ont toujours été à l’origine des comportements les plus divers, des plus nobles aux plus criminels.
C’est ici qu’il devient nécessaire de préciser les contours du problème particulier que poseraient à nos sociétés la présence des “sectes”. Car au fond, et nous venons de l’évoquer, cela ne date pas d’hier qu’il se trouve des gens qui aient à se plaindre des convictions “religieuses” des autres, l’humanité n’ayant pas attendu de voir apparaître les “sectes” qui nous occupent aujourd’hui pour avoir à regretter de tels comportements coupables. Autrement dit, pourquoi donc faudrait-il que nous nous préoccupions de manière aussi soudaine que prioritaire des “sectes”, sachant que le domaine religieux a toujours été le théâtre de nombreux débordements, et que la présence de “sectes” n’a rien d’une nouveauté? Une question qui pose tout naturellement celle de savoir ce qu’est une “secte”. Mais comme il est impossible d’y répondre sans trahir un parti pris, dès lors que le mot “secte” se propose à toutes les interprétations, il est plus sage de reformuler cette interrogation de base de la manière suivante: Qu’est-ce qu’une “secte” pour une personne qui se veut “anti-sectes”?
Si l’on songe au “terrorisme”, exemple d’actualité, ici au moins les choses sont - à peu près - claires. Un acte “terroriste” étant en soi un acte criminel, nul besoin de chercher bien longtemps ce que l’on reproche à une organisation en lui réservant ce qualificatif infamant; car c’est bien un mode d’action de nature criminelle que désigne ce mot, non une revendication particulière ou une forme d’expression sociale. Et quand bien même les pouvoirs publics décidaient, au regard des moments particuliers que nous vivons, de faire du terrorisme “islamiste” (1) une priorité, il s’agirait toujours en dernier ressort de porter ses efforts sur l’acte “terroriste” lui-même, non sur sa composante “islamiste” supposée, le terrorisme d’inspiration “religieuse” n’étant ni plus ni moins condamnable que toute autre action criminelle de ce type. La difficulté, s’agissant des “sectes”, c’est que le terme qui les rassemble ne renvoie à aucun comportement particulier, et a fortiori délictueux, et l’on peut-être certain que fonder ou faire partie d’une “secte” n’a jamais conduit personne devant la justice. Ici l’on nous parle de “maltraitance psychologique”, là de “pédophilie”, ailleurs de “refus de soins” et de “déscolarisation”, un peu plus loin d’“exercice illégal de la médecine” et d’”escroquerie aggravée”, bref, la liste des infractions à l’origine desquelles on trouverait une “secte” ou un comportement “sectaire” est longue, allant de la simple chiquenaude au suicide/massacre collectif, tant est si bien que l’on pourrait croire qu’un “anti-sectes” est une personne qui se contente de dire qu’une “secte” est un organisme qui commet des infractions pénales (2), voire qui met seulement à mal certaines “références communément admises”, selon l’expression consacrée, indifféremment du degré de gravité des faits qui lui sont reprochés et des objectifs qu’affirment poursuivre les personnes qui en sont à l’origine. Or il n’en est rien. Pourquoi? Parce qu’une telle formulation fourre-tout de la “secte” conduirait peu ou prou à devoir s’occuper de l’ensemble des organisations dont les activités sont à l’origine de quelque infraction, annulant ainsi de facto toute action dirigée spécifiquement contre les “sectes” (3). Dans un tel contexte en effet, Iparretarrak et Action Directe étaient des “sectes”, L’ETA est une “secte”, Al-Quaida également, et Mac Donald’s, pour peu que l’on juge ses menus indigestes et ses méthodes déloyales, tout autant. Le fait est que l’on n’a jamais vu ces noms-là dans les listes que dressent les associations “anti-sectes” et que l’on peut être certain de ne jamais les y trouver, même Al-Quaida (4), qui pourtant dépasse de beaucoup la Scientologie en nombre de victimes. Car s’il est vrai, et comme le soutiennent les associations “anti-sectes”, que les mouvements qui focalisent leur attention ont bien des choses à se reprocher, chacun sait qu’ils ne sont pas les seuls, et que de nombreuses organisations, qui pourtant font l’objet de bien des critiques, échappent volontairement à leurs attaques.
Certes, il est rare qu’une organisation dite “terroriste” se limite aux seules exactions qui lui valent de recevoir cette sinistre épithète, mais s’autorise dans la plupart des cas tout un panel d’actions délictueuses, allant du racket au trafic d’armes en passant par de nombreux délits financiers. Il n’en demeure pas moins que la spécificité de telles organisations ne repose pas sur le constat général qu’elles sont à l’origine d’infractions pénales, même nombreuses, mais bien sur l’acte “terroriste” lui-même, définit par le code pénal français comme “un acte se rattachant à une entreprise individuelle ou collective ayant pour but de troubler gravement l’ordre public par l'intimidation ou la terreur” (une incrimination, bien entendu, qui ne se limite pas qu’aux seuls réseaux islamistes ou qu’au seul terrorisme d’inspiration “religieuse”, même si c’est ce dernier qui actuellement focalise toutes les attentions) (5). L’on pourrait ainsi dire que si tous les groupes “terroristes” peuvent d’une certaine façon être qualifiés d’“associations de malfaiteurs”, cela ne signifie pas que toutes les “associations de malfaiteurs” soient des “groupes terroristes”. De même, affirmer que toutes les “sectes” sont des “organisations criminelles” (ou des “escroqueries” à but très lucratif) ne signifie pas là non plus que toutes les “organisations criminelles” soient des “sectes”.
Après avoir dit cela, il nous reste à trouver de quoi est faite cette criminalité typiquement «sectaire» dont on nous rebat les oreilles depuis des décennies déjà. Et qui de mieux placé que l’UNADFI, l’association “anti-sectes” la plus influente en France, pour nous permettre d’y voir un peu plus clair? A la question “qu’est-ce qu’une secte”, l’oeil de Moscou en matière de lutte contre les “sectes” nous donne la définition suivante: “Un groupe dans lequel on pratique une manipulation mentale qui entraîne endoctrinement, contrôle de la pensée, viol psychique, destruction de la personne et de la famille, voire de la société.” (tiré du site prevensectes) Ajoutons à cela les précisions qu’apporte Alain Vivien, ancien ministre et chargé, en 1981, d’un rapport sur les “Sectes en France”: “(...) dans leur immense majorité, les sectes placent leurs objectifs sous l'égide du sentiment religieux. Cet affichage permet de protéger sous un rideau de fumée la banale exploitation de l'homme par l'homme dissimulée sous les notions incontestables de la liberté de pensée, de croyance ou d'association.” (tiré du site prevensectes) Une “secte” serait donc une organisation qui se veut religieuse dans le but d’exploiter, par des manoeuvres dites de “manipulation mentale”, les personnes qui en deviennent les “adeptes” (6), but inavoué des “sectes” et raison même de leur existence (sous forme d’équation, cela pourrait donner ceci: revendication religieuse ou spirituelle (la forme) + manipulation mentale (la méthode) + escroquerie (le but) = secte).
Une telle affirmation vient d’entrée buter sur une difficulté: accuser les “sectes” de n’avoir de religieux que le nom qu’elles veulent bien se donner c’est oublier, semble-t-il, que tout comme il n’existe pas de “délit de secte”, il n’existe pas plus de délit d’“escroquerie à la religion”; l’on n’a jamais en effet vu personne être inquiété, du moins en démocratie, pour usage “abusif” ou “trompeur” du terme de “religion”, ce dernier, tout comme le mot “secte”, n’ayant aucune signification légale. Pourquoi alors invoquer un tel élément dans la mise en accusation des “sectes”? Avant d’y répondre, ajoutons à cela une incohérence criante. En affirmant que la dimension religieuse dont se revendiquent les “sectes”, “dans leur immense majorité”, n’est qu’un moyen d’attirer à elles les victimes dont elles se nourrissent, les personnes qui luttent contre les “sectes” vont à l’encontre du beau principe de neutralité doctrinale dont elles se réclament avec fierté, uniquement préoccupées, paraît-il, par les “comportements” des personnes qui composent les “sectes”, non par leurs “croyances”. Déclarer rester aveugle aux croyances pour s’autoriser à conclure que “par définition” (selon la formule d’un avocat de l’UNADFI sur l’antenne de RFI) une “secte” n’est PAS un mouvement religieux, franchement, il faut le faire! (7) Et quant à savoir comment et par quel moyen les associations “anti-sectes” sont capables de déterminer sans l’ombre d’un doute que les organisations contre lesquelles elles se dressent “tel un reproche incarné” n’ont rien à voir avec la “religion”, c’est une question à laquelle aucun “anti-sectes” ne semble avoir de réponse à apporter en dehors du fait qu’ils en sont intimement convaincus!
Sachant cela, pourquoi mettre l’accent sur un “délit” qui n’existe pas et qui n’a de plus rien à voir avec l’objectivité tant vantée de leur démarche? Pour la simple raison qu’il s’agit là, et ce malgré l’inhérente faiblesse d’un jugement aussi arbitraire, d’un passage obligé dans leur construction du “phénomène sectaire”.
L’intérêt d’une telle déclaration est double: fixer les “sectes” dans une définition qu’elles sont supposées ne jamais pouvoir quitter (quelle évolution positive attendre d’organisations dont l’“escroquerie” serait l’élément constitutif à l’origine de leur apparition?), et les maintenir à part, dans une sphère qui leur soit propre, afin de leur réserver un traitement que personne n’oserait administrer, “tolérance” oblige, à l’endroit de mouvements reconnus publiquement comme étant bien des mouvements “religieux”, même avec de nombreux défauts. Car ce qu’en temps normal l’on serait certes disposé à entendre et à discuter (je pense notamment au caractère “exclusif” d’une “secte” comme celle des TJ et à l’isolement social dont se plaignent parfois les personnes qui en sont exclues), habillé du costume de la “secte” que la mouvance “anti-sectes” a taillé, l’on ne quitte jamais la sphère du crime contre l’humanité et des attaques les plus sévères portées à l’encontre de la démocratie! Autrement dit, l’on perd ici singulièrement le sens des proportions.
Fort d’une telle idéologie rouleau-compresseur, un “faiseur de sectes” vous fera de la “secte” même sans “secte”, et bien sûr sans autre démonstration que sa propre parole. Sans “secte”, c’est-à-dire même sans la présence de ces caractéristiques mortifères dont on nous dit qu’elles forment le code génétique du “phénomène sectaire”, avec pour moteur la fantasmagorique “manipulation mentale”, mère de toutes les escroqueries, et à commencer par celle, c’est bien connu, qui voudrait nous faire croire qu’une “secte” puisse être une “religion”, c’est dire si la “manipulation” est abjecte! Une “manipulation mentale” présentée comme le centre névralgique du “fonctionnement sectaire” et donc l’objet même de la lutte “anti-sectes” (l’une des principales associations anti-sectes en France en a même fait son intitulé) mais qui paradoxalement, comme le faux délit d’“escroquerie à la religion”, n’a jamais trouvé place dans le code pénal d’aucun pays démocratique. Et puisqu’une nouvelle forme d’expression religieuse a fort peu de chance de faire l’unanimité dès sa première apparition, comme il en a toujours été (parfois pour de bonnes raisons, parfois pour de moins bonnes), l’on aboutit mécaniquement, du point de vue de l’anti-sectarisme d’aujourd’hui, au désert spirituel auquel faisait référence un fameux chasseur de “sectes”, lequel affirme le plus sérieusement du monde qu’il n’existe plus, “depuis 150 ans”, le moindre “nouveau mouvement religieux”!
Quant aux anciens “adeptes”, du moins pour ceux qui ont des comptes à régler, ils n’ont même plus besoin de se plaindre d’avoir été la cible de quoi que ce soit d’illégal, il leur suffit désormais d’invoquer la “secte” pour voir leur statut de victime confirmé sans enquête et bénéficier de la compassion générale, quand ils ne sont pas directement portés par la vox populi vers les cimes canoniques du martyr.
Ce fondement de la doctrine “anti-sectes”, qui ne conçoit la “secte” qu’en terme de “manipulés” et de “manipulateurs”, et sans lequel aucune action particulière à l’endroit des “sectes” n’est justifiable ni nécessaire, est ce que je me propose, au hasard de l’actualité, de discuter ici.

(1) Le mot “islamisme” a été forgé sur le modèle des termes “fondamentalisme” et “intégrisme”, ces derniers n’étant pas des concepts de droit pénal, mais des notions forgées au début du siècle dernier dans des contextes bien particuliers, protestant pour la première, catholique pour la seconde, puis reprises par les sciences sociales pour rendre compte de ce que l’on nomme de manière générique le “retour du religieux”. “Sectarisme” n’est qu’un nouvel avatar de cette filiation passée dans le langage courant. Vouloir faire endosser à l’un ou l’autre de ces “isme” la charge d’une incrimination pénale est tout simplement absurde, dès lors qu’ils n’ont pas les épaules assez solides pour remplir une tâche à laquelle ils n’ont pas été destinés; même s’il est vrai qu’ils sont souvent utilisés pour désigner des comportements peu sympathiques, et parmi lesquels “les illustrations les plus spectaculaires, celles qui nous choquent en raison du recours à la violence politique, viennent de l’aire islamique” (pour le moment du moins). C’est pourtant ce que voudraient certaines personnes, en commençant si possible avec le mot “secte” et ses dérivés, “sectaire” et “sectarisme”, ou avec celui de “fondamentalisme”, qui a aujourd’hui également bon dos, et qui représentent d’ores et déjà dans l'esprit de beaucoup un délit au plein sens du terme. Malheureusement pour ces personnes, le droit se nourrit de faits, non de catégories approximatives.
(2) C’est la voie que d’aucuns proposent en définissant la “secte” de cette manière: “Personne morale à but philosophique, spirituel ou religieux dont les organes ou les représentants commettent, pour son compte, des infractions pénales en tant qu'auteurs ou complices”. Un telle définition a pour originalité de ne pas mettre l’accent sur les délits, comme le fait l’UNADFI en définissant la “secte” au travers de la “manipulation mentale”, ou de la “sujétion psychologique”, mais sur les “personnes morales”, la “secte” étant ici conçue, et c’est là la seule restriction qu’apporte cette définition, comme une organisation à but “philosophique, spirituel ou religieux”; ce que réfute l’UNADFI, qui met également en accusation, à l’aide du mot “secte”, des mouvements qui ne revendiquent aucune dimension “religieuse” ou “spirituelle”, à l’image de courants thérapeutiques.
(3) C’est-à-dire, plus concrètement, contre un nombre bien choisi d’organisations, de mouvements, de courants de pensée, de pratiques, que les acteurs de la lutte contre les “sectes” ont décidé d'appeler “secte” ou de qualifier de “sectaire”, et dont les critères de sélection sont aussi arbitraires que le choix de rassembler ces noms-là dans les limites d’une action particulière.
(4) Martin Dupont m’a fait savoir que le problème du terrorisme ”islamiste” était traité à un tout autre niveau, dans la confidentialité et la discrétion la plus totale. Il faut dire qu’ici les fauteurs de troubles sont autrement plus agressifs que les TJ ou que les disciples du révérend Moon, et demandent un personnel et des moyens autrement plus sophistiqués qu’une poignée de bénévoles, retraités et autres franc-maçons improvisés sur le tard “spécialistes” en tératologie religieuse. Au contraire des “sectes” où les Pieds Nickelés de l’UNADFI font parfaitement l’affaire, dès lors qu’ils n’y a qu’eux pour s’intéresser sérieusement à un tel “problème”.
(5) “La France a choisi d’aménager certaines des dispositions de son droit pénal et de sa procédure pénale afin de tenir compte des spécificités de cette forme de violence extrême. (...) Le dispositif français repose aujourd’hui sur un cadre juridique spécifique complété par une organisation judiciaire spécialisée. (...) Les bases de la législation antiterroriste en France ont été posées par la loi du 9 septembre 1986. Elle repose, d’une part, sur la définition d’infractions à caractère terroriste, d'autre part, sur la mise en place de règles procédurales spécifiques. (...) Dans le cadre de la réforme du code pénal, les infractions terroristes ont été incriminées en tant que telles et soumises à des peines aggravées. (...) Le code pénal définit l’acte terroriste comme un acte se rattachant à “une entreprise individuelle ou collective ayant pour but de troubler gravement l’ordre public par l'intimidation ou la terreur”. Il recouvre deux catégories d’infractions: d’une part, des infractions existantes commises en relation avec une entreprise à caractère terroriste. Il s’agit donc d’infractions de droit commun commises dans des circonstances particulière qui leur confèrent un caractère spécifique; d’autre part, plusieurs infractions définies de manière autonome, sans référence à une infraction existante. (...) La qualification d’actes de terrorisme a pour effet d’aggraver les peines encourues (...).” Sur le site du Sénat français.
(6) Ce qui pose la question de savoir ce qu’est concrètement une “secte” si ce n’est les personnes qui la composent. Car si les “adeptes” ne sont ici que des “victimes” à la merci de la “secte” à laquelle ils ont “adhéré par la tromperie”, alors ce que l’on nomme “secte” ne représente bien souvent pas grand-chose. Une personne comme Raël serait-elle à elle seule la “secte” qui manipule ses “adeptes”? Cette conception qui veut que la “secte” soit d’un côté et les “adeptes” de l’autre, soigneusement démarqués pourrait-on croire, a été très bien exprimée par Roger Gonnet, lorsque celui-ci affirme: “(...) si quelque groupe a pu être ainsi mal étiqueté (c’est-à-dire qualifié indûment de “secte”), il pourra toujours prouver sa bonne foi à ses adeptes et dans la presse.”
(7) Dans les griefs qui s’abattent sur les “sectes”, tous les registres se côtoient, le plus souvent d’ailleurs de manière fort contradictoire. Ainsi Mr Roulet, préfet et actuel président de la MIVILUDES, déclarait, alors qu’il remettait la Légion d’honneur à Mathieu Cossu, saluer l’action que ce dernier mobilise depuis près de dix ans en faveur des victimes “du pire des obscurantismes” (propos recueillis par Martin Dupont, présent lors de la cérémonie). Etrange formulation, quand on sait que l’anti-sectarisme se nourrit de l’idée que les “sectes” sont des “escroqueries” dévouées tout entières à l’enrichissement de leurs “gourous”, on comprend mal ce que l’“obscurantisme” vient faire ici (et à plus forte raison dans la bouche du président de la MIVILUDES, organe de l’Etat français, lequel ne revendique aucune “compétence qualitative” dans le domaine de la religion). L’“escroquerie” serait-elle une forme d’infraction “obscurantiste”, tout comme la “manipulation mentale” qui serait selon Mr Roulet et l’UNADFI le “moteur” des “sectes”? En réalité, il s'agit là d’un jugement de valeurs, quand bien même les acteurs de la lutte contre les “sectes” se défendent toujours d’en poser, un jugement sur des façons de vivre qu’aucune loi n’interdit, mais qui sont néanmoins condamnées sous le chef d’inculpation d’“abus d'irrationalité”. Mr Roulet ne fréquenterait-il pas la même loge d’adorateurs de la Raison que Mme Picard?


