Naissance d’un blog
Les pages qui suivent sont nées le 6 janvier 2004, au moment où l’émission ‘C dans l’air’, sur France 5, s’achevait, et dont le titre ce soir-là était, de manière à me laisser quelque peu songeur, “Les sectes font de la résistance”. Songeur certes je l'ai été, mais durant un court instant seulement. Je revins en effet brutalement à moi au moment où Yves Calvi, animateur de l'émission et grand adepte des formules qui rassemblent en trois mots tout compris l'ensemble des volumes d'une encyclopédie universelle, s'est fait fort de nous dire ce qu’est une “secte”.
Une “secte”, dira-t-il en substance, la mine grave, est une organisation qui, sous couvert de spiritualité, exploite les personnes qui en deviennent les “adeptes”, but inavoué des “sectes” et raison même de leur existence. Voilà en quelques mots bien sentis où en est actuellement la recherche en matière de “sectes” selon Yves Calvi, lequel n'hésite pas en endosser, le temps d'une émission, le costume du docteur en science comparée des religions. Se trouvant d'ailleurs fort bien dans ses nouveaux vêtements, il ira même jusqu’à lancer au seul invité qui tentait vainement ce soir-là de nuancer ses propos, en guise de remise à l’ordre et d’un air soupçonneux: “Vous feriez-vous le défenseur des sectes?”
Disons-le tout de go, la construction dramatico-romantique de la “secte” comme entité à la puissance d'endoctrinement quasi surnaturelle est d'une absurdité sans pareil, et représente peut-être l’une des plus grandes escroqueries du 20ème siècle – car s’il doit vraiment y avoir escroquerie en la matière, c’est à n’en pas douter là qu’elle réside en grande partie. Si absurde d’ailleurs que l'on se demande comment une personne de quelque instruction est capable, dans une émission de surcroît qui se veut intelligente, de s'abandonner tout entière à de tels poncifs. Car si tous les mouvements que l'on nomme aujourd’hui “sectes” ne sont en effet rien d'autre que des machinations destinées à mettre en péril le porte-monnaie et la santé psychique de leurs malheureux adhérents, de telle sorte que l’on se croie obligé de les combattre jusqu'à ce qu'il n'en reste rien (c'est le présupposé qui découle du titre qu'Yves Calvi et ses collaborateurs ont jugé pertinent de donner à leur émission), alors l'on peut légitimement se demander s'il existe encore des mouvements “religieux” en dehors des grandes traditions que l’Histoire nous a léguées.
Et quant à savoir comment ces dernières sont parvenues à passer de leur état primitif de “sectes”, c'est-à-dire, selon sa définition actuelle, de “pseudo-religions” configurées pour s'enrichir sur le dos de la crédulité humaine, à celui, nobelisable, d’“authentiques religions”, passant d'un bon et comme par magie au-dessus du fossé béant qui sépare ces deux catégories antinomiques (la religion et ce qui n’aurait rien à voir avec elle), le numéro de ‘C dans l'air’ du 6 janvier 2004 choisissait prudemment d'abandonner de tels mystères aux spécialistes de l'évolution, lesquels, pourtant, nous enseignent que la “nature ne fait pas de sauts”.
Deux questions parmi les nombreuses que laisse en suspens la théorie du complot que défend Yves Calvi et auxquelles il n’a pas jugé bon d’apporter le moindre début de réponse. Pas plus d’ailleurs que la majorité des intervenants qu’il avait choisi d’inviter ce soir-là dans son émission, non pour débattre de la réalité “criminogène du phénomène sectaire”, laquelle attend toujours d’être démontrée, mais bien plutôt de la façon - ridicule et illusoire - dont on en viendra à bout.


