La burqa et le bidet
La burqa et le bidet
26 juin 2009
La France est confrontée à un nouveau «phénomène» de connivence «sectaire», le port de la burqa (ou du niqab). Un «phénomène» qui se développerait de manière inquiétante au point qu'une cinquantaine de députés demande aujourd’hui qu'une commission d'enquête parlementaire se saisisse du sujet. Un thème d’actualité soumis aux polémistes de «On refait le monde» (17 juin 2009) sur RTL, lesquels se sont tous entendus pour aller dans le sens d’une interdiction pure et simple du port de la burqa dans les lieux publics, y compris dans la rue. Avec à l'appui de cette intransigeance unanime, un argument développé par Hervé Chabalier, patron de l'agence CAPA: la burqa n’a rien de «religieux», il ne s'agirait que d'une «pure affaire de misogynie, de peur des femmes», laquelle n'a «pas de réalité dans l'histoire musulmane». Car à la différence du voile, il n'y a «pas de prescriptions religieuses sur la burqa», qui «ne correspond à aucune exigence de l'Islam». Une différence d'importance selon Hervé Chabalier, qui doit nous retenir de «tomber dans le piège» de l'atteinte à la liberté de religion, et nous autoriser à interdire la burqa sans le moindre remord.
Etrange discours que celui-ci, lequel, pour tenir le débat sur le port de la burqa en dehors du champ religieux, ne trouve rien de mieux à faire que condamner la burqa pour cause de «non-religiosité» (on parle bien de «religion» en disant cela, non?), ceci, comble du paradoxe, au nom même de l’Islam !
On le sait pour l’entendre régulièrement, la religion est affaire personnelle, elle concerne le for intérieur des gens et se trouve par conséquent soumise à la subjectivité des consciences (et c'est justement parce que la foi est affaire intime que d’aucuns voudraient que son expression ne sorte jamais du cadre domestique). A partir de là, libre à chacun de considérer comme «religieux» ce que bon lui semble. Qu’importe que la burqa soit ou non expressément mentionnée dans le Coran, qu’importe qu’il s’agisse d’une invention récente liée à un courant minoritaire de l'Islam, dès lors que la foi est affaire personnelle, une affaire d’interprétation, avec toutes les contradictions que cela peut comporter, l'argument qu’utilise Hervé Chabalier est irrecevable (faut-il croire également qu’il existe une frontière entièrement étanche entre pratiques «culturelles» et pratiques «cultuelles»?). Il est aussi peu solide que celui qui consisterait à dire que parce que le port de la burqa peut être considéré comme touchant à une pratique «religieuse», l'Etat n'a pas à s'en mêler. Mais Hervé Chabalier insiste, il veut bien voir dans la rue des foulards portés sur la tête au nom du Prophète, puisque c'est CELA, selon lui, que «l'Islam préconise», mais pas de burqa. Je serais pour ma part curieux de savoir, après avoir entendu cela, si Mr Chabalier applique le même raisonnement au domaine de l’art, et s’il refuse au bidet de Duchamp la qualité d’oeuvre d’art sous prétexte qu’avant lui, bien avant lui, l’art était exclusivement fait d’objets ouvragés!
Soyons sérieux quelques instants. Affirmer que la burqa doit être interdite parce qu'elle empêche d’identifier la personne qui s’en trouve revêtue me semble amplement suffisant. Ce n'est en tout cas pas à Hervé Chabalier, pas plus d'ailleurs qu'à la «République qui est assez forte pour dire niet», de dire aux gens ce qu'ils peuvent considérer comme relevant de leurs croyances et ce qu’ils doivent scrupuleusement tenir hors de celles-ci. Ou la République doit-elle aussi enseigner aux individus ce qu'ils sont en droit de considérer comme relevant du domaine de l’art, une catégorie hautement subjective, à l’égal de la «religion»? Le Bidet de Duchamp est-il une oeuvre d’art? Si l'on peut répondre par l’affirmative à cette interrogation, alors l'on doit bien pouvoir trouver une petite place à la burqa dans le domaine de la «religion». La seule question est de savoir si cette fameuse burqa se heurte à «l'ordre public» et aux lois que les Français se sont données. Et si oui, alors il faut l'interdire. «Religion» ou pas.
LES FAISEURS DE SECTES
QUELQUES CONSIDERATIONS SUR L’ANTI-SECTARISME D’AUJOURD’HUI




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