(Entretien par voie de mail, avril-mai 2005)
Après avoir découvert le site prevensectes par le biais d’un sujet télévisé diffusé par la Télévision Suisse Romande, et n’avoir reçu aucune réponse de Sylvie Freymond, laquelle apparaissait, en qualité de spécialiste ès “sectes”, dans le reportage précité, c’est Roger Gonnet, ancien Scientologue aujourd’hui reconverti dans la lutte contre les “sectes”, qui s’est finalement dévoué. Bien qu’au terme de cet exercice nos divergences sur la question des “sectes” restent entières, je tiens néanmoins à le remercier sincèrement d’avoir su se montrer avec patience ouvert au dialogue, ce qui n’est malheureusement que trop rarement le cas dans les milieux anti-sectes, rendant son effort plus appréciable encore.
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Pour qui se demanderait peut-être pour quelle raison une “secte” serait d’une certaine façon destinée à mettre à mal les personnes qui lui tombent sous la main, disons-le tout de suite, la question est mal posée. Pour Roger Gonnet en effet (et là-dessus l’on ne peut qu’être en accord avec lui), une organisation qui se dit “religieuse” ou “spirituelle” n’est en rien “dangereuse” pour la raison qu’elle forme une “secte”. “Secte” n’est bien sûr qu’un mot qui n’appelle en lui-même aucun comportement particulier. C’est bien plutôt l’inverse qui prévaut: une organisation est une “secte” pour la raison qu’elle est “dangereuse”. C’est en effet d’abord parce que l’on est parvenu à saisir la “nature criminogène” d’une organisation que l’on est en droit ensuite, que dis-je, en devoir de lui réserver cette étiquette infamante. C’est dans cette perspective que le mot “secte” prend aux yeux de Roger Gonnet tout son sens. Investi négativement comme il l’est actuellement, il permet par son moyen, comme un signal qui prévient d’un danger, de mettre en garde le tout-venant contre les “arnaques” avérées d’un certain nombre d’organisations qui se profilent actuellement sur le terrain de la spiritualité et de la croyance. Le travail des associations anti-sectes est donc d’abord un travail de prévention, lequel consiste, d’une certaine manière, à séparer le bon grain de l’ivraie, c’est-à-dire, et si l’on se réfère au vocabulaire utilisé par les acteurs de la lutte contre les “sectes”, à distinguer soigneusement les “authentiques religions”, parfaitement légitimes malgré tous les défauts qu’on peut leur trouver, des “escroqueries” qui fleurissent actuellement à tout-va sur le vaste marché de la foi et de la spiritualité. Prises ensemble, ces organisations forment ce que l’on appelle communément le “phénomène sectaire”, un “phénomène” dont l’Express, dans son numéro du 1er juillet 1999, parle en ces termes: “(...) la France découvre l’étendue de la pieuvre sectaire, sa puissance et sa nuisance. Il faut encore inventer les moyens de la combattre et décupler la volonté publique de mener cette guerre.”
Mener une “guerre” contre les “sectes”, leur faire entendre raison en les éliminant! La solution peut sembler brutale, mais elle est logique. En effet, dès lors que l’on postule que le tort majeur des “sectes” est moins d’être sujettes à certaines “dérives” que de carrément tromper sur la marchandise, que reste-t-il d’autre à faire que d’appeler à la mise à pied de l’ensemble de la catégorie? Que garder de mouvements qui se veulent “religieux” et “spirituels” mais qui “en réalité” n’auraient rien de “religieux” ni de “spirituels”? Il ne viendrait certainement pas à l’esprit d’une personne sensée de “combattre” l’Islam et d’appeler la “puissance publique” à lui déclarer la “guerre” sous prétexte que la lecture du Coran inspire à certains de ses adhérents des dérangements ô combien meurtriers. Car indépendamment des exactions qu’une “véritable religion” peut motiver, l’on peut être certain - ou presque - qu’il y aura toujours quelque chose de bon à en retirer. Mais pour les “sectes”, c’est autre chose. Elles n’ont rien de religieux. Mais alors rien. “La liberté et le respect des personnes, affirme à qui veut bien l’entendre l’UNADFI, ne peuvent être des prétextes pour abandonner les individus sans information et sans défense à des organisations spécialisées dans la mise sous dépendance et dont les objectifs réels sont très éloignés de leurs thèmes de séduction”.
A y regarder d’un peu plus près, l’on comprend mieux pour quelle raison les associations de lutte contre les “sectes” ne se limitent pas à la dénonciation des méfaits qu’elles observent dans l’espace religieux, mais mettent aussi tellement d’énergie à nous convaincre que “secte” et “religion” sont deux catégories antinomiques. Il en va tout simplement de la solidité et de la pérennité de l’oeuvre à laquelle elles se consacrent.
En effet, pour rendre défendable la thèse sur laquelle elles sont assises, les associations anti-sectes ne peuvent se satisfaire de conclure, banalement, que les mouvements qu’elles désignent comme étant des “sectes” ont pour seul tort d’être d’être capables de provoquer des dégâts et de nuire à autrui. Car même si mis bout à bout l’ensemble des comportements délictueux de ces mouvements permettaient d’atteindre la lune et d’en revenir (mais on en n’est pas encore là, et de loin), cela ne permettra jamais, sur la base de ce seul élément, de réduire les “sectes” à une définition délictueuse et d'inciter les pouvoirs publics à agir de façon spécifique à leur endroit, dans la mesure où, bien évidemment, il n’y a dans ce seul fait rien qui leur soit propre, rien qui sorte du cadre “normal” des convictions religieuses, lesquelles ont de tous temps soufflé le chaud et le froid. De ce point de vue, les “sectes” du 20ème siècle n’ont rien inventé qui n’ait pas déjà été observé à d’innombrables reprises avant elles, pas plus d’ailleurs qu’elles n’ont aujourd’hui le monopole de la déraison et de la déviance. A moins de croire qu’il soit nécessaire d’entrer dans l’une d’entre elles pour se rendre coupable d’exactions au nom des convictions auxquelles on adhère? C’est la raison pour laquelle les anti-sectes sont contraints, afin de rendre crédible leur entreprise (laquelle repose, répétons-le, sur l’idée que les organisations qu’ils nomment “sectes” ont ceci de commun et de spécifique qu’elles représentent une menace particulière pour nos sociétés, particulière par son intensité, particulière par sa nouveauté, particulière par sa perversité) de trouver autre chose de plus original et de plus fatal que le potentiel de nuisance qui sommeillerait en chacune d’elles, même si celui-ci a certes été illustré par de fameux et cruels exemples au cours du siècle dernier.
C’est ainsi que le discours anti-sectes s’appuie moins sur les méfaits réels des “sectes” et sanctionnés par la justice - en réalité peu nombreux - que sur le meilleur - et le seul - reproche qu’on ait trouvé jusqu’à présent à leur adresser pour les envoyer comme un bouquet d'asperges à l’échafaud et lancer la campagne d’hystérie collective qui va avec, à savoir que nous n’aurions plus affaire ici à de “véritables” mouvements religieux, avec peut-être des défauts à corriger certes, mais pas seulement, mais à d'authentiques entreprises criminelles, “multinationales tentaculaires” pour les plus connues, lesquelles seraient “spécialisées”, nous disait l’UNADFI, dans la “mise sous dépendance”. Au fond, ça n’est pas tellement parce que les Témoins de Jéhovah se refusent encore à consommer du sang, à voter ou alors parce qu’ils ont des convictions “apocalyptiques” (un drôle de reproche en vérité) que leurs contempteurs font tout pour leur voir refuser l’accès à l’exercice des droits démocratiques d’expression et de réunion, mais parce qu’il s’agirait là en priorité, nous dit-on, d’une organisation à la logique purement pécuniaire, laquelle s’enrichirait, sous couvert de “religion”, en puisant dans les poches et les sacs à main des personnes “sous dépendance” qui en deviennent les “adeptes”.
Cet archétype de la “secte-fausse-religion” (ou “secte-piège”) à la puissance d’endoctrinement quasi surnaturelle, article premier de tout bon chasseur de “sectes”, et sans avoir à se fatiguer à démontrer concrètement, au cas par cas, de quelle manière chaque «secte» parvient à mettre en oeuvre de manière efficace ses “manipulations”, les convaincus de la “menace sectaire” l’alimentent et le diffusent au moyen de formules toutes faites, lesquelles, sous couvert d’objectivité et de connaissance érudite de la sphère religieuse, sont d’une ingénuité parfaite. C’est ainsi que l’on peut lire sur le site prevensectes, trônant fièrement sur la page d’accueil de cette “référence” en la matière, une citation de Max Bouderlique, lequel affirme sentencieusement qu’“il n’est de croyances authentiques que de croyances ouvertes”, liant le degré d’“authenticité” d’une croyance, et plus largement d’un mouvement religieux, à son degré d’“ouverture”. Nul besoin de connaître la signification exacte que l’auteur de cette petite phrase donne à ce dernier terme, très à la mode et d’une grande plasticité sémantique, pour percevoir l’aura de sainteté qu’il revêt dans son esprit, et le bénéfice stratégique qu’il compte en retirer. Il s’agit en l'occurrence pour lui de défendre une idée angélique très répandue dans les milieux anti-sectes, laquelle veut en gros qu’une “vraie” religion, “authentique” disent-ils, soit par définition entièrement consacrée à l’amour désintéressé du prochain, dans un esprit d’universalité qui ne fera jamais rien qui puissent heurter les convictions des uns et des autres. C’est à la suite de tels préalables (mais on pourrait en citer bien d’autres, tous plus “scientifiques” les uns que les autres), visions simplifiées de la religion et d’une parfaite gratuité, qu’ils peuvent tout à loisir conclure que les “sectes”, le plus souvent de petits mouvements qui n’ont que peu à voir avec l’idéal oecuménique, ne véhiculent pas d’“authentiques” formes d’expression religieuse, qu’elles ne sont même que “supercherie” et “manipulation mentale”, et qu’il est donc du devoir des gens raisonnables de les combattre. Ce faisant, ils les gardent à leur main sans s’épuiser, dans une sphère à part, afin de leur réserver un traitement que personne n’oserait administrer, “tolérance” oblige, à l’endroit d’un mouvement reconnu publiquement comme étant bien un mouvement “religieux”. C’est ainsi que l’on juge à l’heure actuelle parfaitement normal de montrer à la télévision un père et une mère, anciens Témoins de Jéhovah et dont la fille, majeure, n’a pas quitté le mouvement, exprimer leur sentiment à l’égard de leurs anciens coreligionnaires en les insultant à la sortie d’une de leurs réunions (c’est ce que l’on a pu voir sur France 2 dans un numéro de “Ca se discute”). Il est devenu aujourd’hui tellement évident pour tout le monde que les personnes qui ont fait partie d’une “secte” ne peuvent par la suite qu’avoir de justes motifs d’être en colère que l’on ne se gêne même plus d’agir ainsi devant des millions de téléspectateurs, et de diffuser, dans un programme qui se veut intelligent, un tel spectacle! L’on n’oserait imaginer quelle audience recevraient des gens qui s’autoriseraient à insulter les musulmans de leur quartier au sortir de la prière du vendredi (et de tels gens, malheureusement, l’on en trouve également)! Plus délicat en effet de faire passer son message vengeur et de décharger publiquement sa haine sur les représentants d’une grande religion, quand bien même l’on a des raisons valables d’être en colère, que sur une “secte” quelconque dont on nous répète inlassablement depuis trente ans que la “manipulation mentale” est son mode d’action naturel!
C’est donc au moyen de définitions parfaitement arbitraires de la “religion”, définitions plus proches du voeux pieux que de l’observation rigoureuse, que les garants de la doctrine officielle parviennent à consigner les “sectes” dans une catégorie à part, une catégorie qui ne laisse guère d’espoir de rédemption à ceux qui ont eu le malheur d’y entrer. Roger Gonnet le dit de cette façon: “Je vais vous dire ce que je pense: tout ce que vous tentez ici c’est de me faire dire (...) qu’il n’existerait pas de différences entre des religions honnêtes et des escroqueries inventées par des Claude Vorilhons, des Lafayettes Ronalds Hubbards, des Suns Yungs Moons et autres escrocs manifestes qui profitent de la crédulité des gens”. “Des escroqueries inventées” par quelque “gourou”, à la différence des “vraies” religions, comme ils aiment à le dire avec solennité, qui elles seraient le fuit sacré et immaculé du pur désintéressement de leurs fondateurs, lesquels, dans l’esprit d’un Roger Gonnet, semblent bien plus divins qu’humains!
Mais s’il est vrai que les “sectes” n’ont rien à voir avec la “religion”, alors l’on peut légitimement se demander s’il existe encore des mouvements religieux en dehors des grandes traditions historiques. Car à moins de croire que l’on ne trouve actuellement plus que ces dernières de disponibles sur le marché de la croyance, ce que l’on aurait bien du mal à expliquer, l’on peut raisonnablement penser qu’il est encore de l’ordre du possible d’identifier de nouvelles formes d’expression religieuse, contemporaines et qui, bien que ne présentant peut-être pas que des qualités, ne sont pas pour autant ces entreprises criminelles que l’on a pris l’habitude de vilipender sous le terme général de “sectes”. C’est la question que j’ai posée à Roger Gonnet. Voici sa réponse: “Pas certain qu’il y en ait vraiment: la très large majorité des gens qui créent des groupes religieux depuis 150 ans le font pour acquérir du pouvoir...ou le garder”. En d’autres termes, s’agissant de notre engagement religieux, et ce depuis la seconde moitié du 19ème siècle environ, nous n’avons plus guère le choix. Soit on se fait sa petite cuisine tout seul dans son coin (et là on peut même croire aux extra-terrestres si ça nous amuse, personne n’y trouvera rien à redire), soit on intègre une église ou une grande religion. Le reste, tout le reste, c’est l’affaire des spécialistes de l’éradication! Et quant à savoir comment l’on en est arrivé à un tel désert, et sous quelle impulsion “depuis 150 ans” (et d’où sort-il ce chiffre de 150 ans?) toutes les nouvelles formes d’expression religieuse pratiquent à l’unisson la “manipulation mentale” à des fins d’“escroquerie”, c’est le silence complet. C’est le genre de questions qui ne travaillent pas les anti-sectes comme Roger Gonnet. Eux, tout ce qu’ils nous disent, c’est que les “sectes” doivent rendre les armes!
Si la réponse est évidemment absurde, là encore, elle coule de source: si tous les mouvements que l’on retrouve épinglés dans les listes des spécialistes improvisés du “phénomène sectaire” ne sont pas “religieux”, alors en effet, il ne reste rien que nous ne connaissions déjà depuis fort longtemps. L’on pourrait encore demander à Mr Gonnet si les “sectes” de l’Antiquité et du Moyen-Age, non-conformismes et autres mouvements de protestation religieuse, Arianisme, Montanisme, Donatisme, Valdésisme et autre Catharisme, n’avaient elles aussi rien à voir avec le religieux et le spirituel, dans la mesure où, précisera-t-il à ma demande, elles n’étaient “pas meilleures” que celles d’aujourd’hui. Mais Roger Gonnet nous réserve le meilleur pour la fin.
En bon disciple de la doctrine anti-sectes qu’il est, Roger Gonnet se sert du mot “secte” et de ses dérivés comme d’un placard dans lequel il range tout ce que le religieux produit selon lui de plus répréhensible et de plus néfaste. N’ignorant pas le lourd passé de nos églises, qui ont elles-aussi bien des choses à se reprocher, Roger Gonnet en arrive tout naturellement à une conclusion qui, pour être surprenante, n’en n’est pas moins attendue. “La Chrétienté, je le cite mot à mot, a été la pire des sectes criminelles de toute l’humanité (...). C’est désormais à peu près une religion soucieuse de l’homme et de l’amour”. Voilà où conduit le raisonnement anti-sectes! Nos églises ne formeraient que depuis peu de “véritables religions” affirme avec le plus grand sérieux Roger Gonnet, pour la seule raison qu’il les juge actuellement, selon ses critères à lui, “à peu près” fréquentables! Certains, à n’en pas douter, apprécieront à sa juste valeur une telle assertion.
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En parvenant à imposer leur idéal hollywoodien de la “secte-piège”, véritable monstre marin à l’influence tentaculaire, les anti-sectes ont rendu l’opinion publique singulièrement aveugle à deux évidences. La première, c’est qu’une “secte” peut très bien poser certains problèmes au regard des pratiques qu’elle développe, et dans le même temps avoir tout autant de mérites à faire valoir que nos grandes religions, lesquelles, faut-il le rappeler, ne sont pas plus naturellement et entièrement tournées vers la charité et les bonnes oeuvres (et ne le seront jamais) que les “sectes” ne le sont en direction du vice et de la déviance. Pour le dire autrement, qu’une “secte” pose problème ne signifie pas nécessairement, et on en est loin!, qu’il s’agit d’une “soi-disant-religion-qui-n’est-en-vérité-pas-une-religion-parce-qu’elle-met-à-mal-l'intégrité-physique-et-mentale-des-personnes-qui-tombent-dans-ses-filets”.
La seconde évidence, et non des moindres, c’est qu’une “secte”, aussi “sectaire” soit elle, n’est jamais une entité entièrement figée dans l’ambre de l'éternité. Tout comme les grandes religions, ces dernières, il faudrait tout de même s’en souvenir, n’étant pas venues au monde telles que nous les voyons aujourd’hui, nos “sectes” ont une histoire, elles-aussi évoluent au contact d’un environnement qui ne peut manquer de leur faire sentir ses effets. Le raisonnement anti-sectes veut à toute force nous faire croire, et l’on sait pourquoi, que les problèmes que posent les “sectes” sont inscrits dans leurs “nature” profonde, posant la “nocivité” qu’il leur attribue comme une composante irréductible de leur fonctionnement. Alors qu’en fait l’immense majorité des difficultés que l’on peut rencontrer avec elles sont contingentes et circonstancielles au même titre que les absurdités qui naissent régulièrement dans le giron des grandes confessions. En d’autres termes, former une “secte” n’a rien d’une fatalité! C’est ainsi que le refus des Témoins de Jéhovah que nous évoquions tantôt de consommer du sang ne relève plus à l’heure actuelle du même degré d’urgence qu’il y a peut-être seulement dix ans, et finira à n’en pas douter par trouver sa solution, au vu notamment de l’évolution des techniques médicales qui leur offrent aujourd’hui déjà une plus grande marge de manoeuvre qu’auparavant.
Les personnes bien intentionnées qui fréquentent le milieux “anti-sectes” donnent la triste impression de se sentir totalement démunies sans le secours de cette idée puérile (et peut-être rassurante pour eux, sachant que l’on a souvent affaire ici à des personnes dont les convictions religieuses ne sont pas étrangères à l’aversion que leur inspirent les “sectes”) qui veut que les délits dont elles se préoccupent soient les fruits de “fausses religions” dont la “véritable” vocation est de réduire les plus faibles à l’état d'esclavage (les définitions sont les armes préférées des anti-sectes, définition de la “religion”, définition de la “secte”. C’est à coups de définition qu’ils tentent d’assommer leurs adversaires). S’autoriser à penser qu’une “secte” puisse ne pas avoir que des défauts, et qu’il est même de l’ordre du possible qu’elle ait bien des mérites à comptabiliser à son crédit, c’est nécessairement, dans leur discours de fin du monde, lui laisser le champ libre pour extorquer, mutiler et violer à foison sans avoir de compte à rendre à quiconque, une “secte” nourrissant nécessairement, paraît-il, ce genre de tentations criminelles. Rendre aux “sectes” une part de leur dignité reviendrait en effet de facto à “abandonner” tout nu les individus “sans information et sans défense”. Et les abandonner, qui plus est, à de véritables machines à endoctriner! Sans ces associations de preux chevaliers armés de leur idéologie déterministe, nos institutions et les mécanismes légaux de tous les jours n’auraient aucun effet. Sans eux, veulent-ils nous faire accroire, et l’épouvantail qu’ils ont construit, les “sectes” resteraient telles quelles, en stand-by complet (“si les sectes cessent leurs conneries, affirme Roger Gonnet avec une pointe de fierté non dissimulée, ce sera essentiellement parce que NOUS - et il prend soin de mettre le “nous” en majuscules - les anti-sectes, et les politiques à notre suite, aurons agi!”). Indispensable à leurs yeux éplorés d’agiter une menace clairement identifiée, coordonnée, permanente et circonscrite à une seule catégorie sociale pour mener à bien leur sacerdoce! Ce qu’encore une fois l’on comprend sans peine quand ont sait que le seul remède qu’ils proposent pour pacifier le champ religieux d'aujourd'hui, entreprise aussi noble qu’utopique, c’est de le nettoyer de la présence des “sectes”!
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Au fond, si les Roger Gonnet et consorts avaient réellement pour soucis premier de défendre la “famille et les individus” contre toutes les atteintes qui sévissent sur le vaste marché de la foi et de la spiritualité (et ça ne date pas de 150 ans), ils n’auraient aucune raison de limiter leurs efforts aux seules “sectes”. Qu’a-t-on en effet à gagner à se voir meurtrir par une grande religion plutôt que par l’une ou l’autre de ces organisations qu’ils pointent d’un doigt accusateur? Il va de soi que l’Eglise catholique s’est bien donnée pour mission de véhiculer un message que l’on peut raisonnablement qualifier de “religieux”. Mais toute “religieuse” que soit sa sainte mission, cela ne l’a jamais empêché de mettre à mal bien des corps et des esprits.
Nos anti-sectes ignorent peut-être que le religieux est un domaine d’activité peu différent des autres, un domaine où, malgré tous les beaux discours dont il se nourrit, le risque zéro n’existe pas plus qu’ailleurs. Car ils semblent en vérité bien plus s’être donné pour consigne de liquider tout ce qui ne correspond pas à leur propre rapport au religieux, ou à l’idée naïve qu’ils se font de la religion, idée peut-être charmante et pleine de bons sentiments mais qui demanderait assurément à être déniaisée, que de s’occuper sans distinction de tout ce qui nuit à autrui au nom de la foi et du sacré. Et s’agissant de notre “bonne” Eglise catholique, enfin devenue une “véritable religion” selon Roger Gonnet, l’on peut être certain qu’elle sera toujours à même de provoquer ces errements et ces dégâts que l’on voudrait tant voir appartenir définitivement au passé. Avec ou sans certificat d’authenticité dûment délivré par nos docteurs en science comparée des religions, que cela soit dit.
21 mai 2005
Notes
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J’ai proposé aux auteurs du site prevensectes de rebaptiser leur enseigne par quelque chose comme prevenderivesreligieusesetspirituelles (c’est un peu long certes, mais au moins l’idée est là...), histoire d’éviter les malentendus et les amalgames. Proposition rejetée.