27 décembre 2005
Je reproduis ici les maigres réponses que Mathieu Cossu, premier secrétaire du site prevensectes, a bien voulu apporter à mes interrogations. Le dialogue, par voie de mail (décembre 2005), a en effet vite tourné court, Mr Cossu n’ayant plus rien à dire au bout de deux interventions seulement. Dommage car, je dois l’avouer, le langage qu’il tient est pour moi difficile à déchiffrer; et ça n’est pas les malheureuses lignes qu’il a eu l’énergie et la bonté de rédiger à mon attention, fort maladroitement d’ailleurs, qui éclaireront les larges zones d’ombre qui entourent le discours et l’action “anti-sectes” auxquels se consacre, avec la foi du croyant, le chevalier au ruban rouge Mathieu Cossu.

“Bonjour,
J’aimerais savoir une chose: quel est le but de votre action, quels résultats cherchez-vous à obtenir? Avez-vous pour ambition de mettre un terme à l’existence de l’ensemble des mouvements que vous critiquez, ce qui fait pas mal de monde si j’en crois le “rapport Guyard”, lequel relevait, me semble-t-il, 172 appellations “sectaires”, ou plus modestement de faire en sorte que celles-ci modifient certains aspects de leurs pratiques ou de leur croyances? Une question simple à laquelle, j’en suis convaincu, vous pouvez répondre sans que cela ne vous prenne trop de temps.
Merci d’avance et meilleures salutations.”
“Bonjour,
Le but de mon action: aider les victimes de groupes qui leur ont fait du mal, groupes dont certains ont été qualifiés de sectes et faire de la prévention contre ces mêmes groupes. J’ajoute que je ne suis financé par personne et ce que j’essaie de faire est totalement gratuit.
Cordialement.”
“Merci pour cette réponse. Tous les groupes dont vous vous préoccupez ne sont donc pas des “sectes”? Cela je l’ignorais, je dois bien le reconnaître. Mais j’ose encore préciser le sens de ma question, qui portait moins sur les victimes que sur les “sectes”. S’agissant de l’action de prévention que vous menez, est-ce de dire “attention, il y a des groupes, parmi le grand nombre de nouveaux mouvements religieux, qui peuvent être ou sont dangereux”, ou plus radicalement “n’entrez pas dans une secte”? Et quelles solutions proposez-vous, en dehors de faire de la prévention, à ce que d’aucuns nomment le “phénomène sectaire”? Réformer les “sectes” ou faire en sorte qu’elles cessent leurs activités? Un numéro de l’émission ‘C dans l’air’, sur France 5, portait le titre: “Les sectes font de la résistance” (un numéro auquel participait lui-même Mr Cossu, ce que j’ignorais à ce moment-là. Ce n’est que plus tard, après avoir vu une photo de mon interlocuteur sur le site “polémique-sectes”, que j’ai reconnu le personnage), laissant entendre que les “sectes” doivent disparaître. Est-ce également votre position? Merci.”
“Bonjour,
Je n’assimile pas les nouveaux mouvements religieux et ceux que les rapports parlementaires ont inscrits sur les listes de sectes. Une secte n’est pas une religion, ni ancienne ni nouvelle (1). Il peut y avoir des dérives à caractère sectaire dans des religions. La prévention consiste à mettre en ligne des articles décrivant des dérives et des témoignages de ceux qui ont eu à les subir. Je ne lutte pas contre les sectes ou qui que ce soit car vouloir supprimer des dangers venant de groupes ou ayant d’autres origines n’est qu’une utopie que je ne cultive pas. Mon souhait? Que chacun exerce son esprit critique et que, lorsque quelque chose lui paraît trop beau pour être vrai, qu’il se dise que c’est probablement trop beau pour être vrai.
Cordialement.”
“Merci pour ces réponses. Mais pardonnez-moi, je nage encore dans le flou. Raison pour laquelle j’ose encore vous questionner une dernière fois.
Ce qui me laisse perplexe dans votre discours (quand bien même je comprends parfaitement les motivations à l’origine de votre action), c’est l’opportunité d’affirmer qu’il existe des “dérives” précisément “sectaires” (“il peut y avoir des dérives à caractère sectaire dans des religions” dites-vous). Pour quelle raison en effet toutes les “dérives” que l’on déplore dans le domaine de la foi et de la spiritualité seraient-elles forcément de “nature” ou de connivence “sectaire”? Les “sectes” auraient-elles inventé à elles seules les “dérives” à caractère religieux pour que vous leur accordiez la paternité de tous les maux qui sévissent sur le vaste marché de la foi et de la spiritualité? Mais encore, ces “dérives” que vous qualifiez de “sectaires”, et ceci même lorsqu’elles prennent forme dans de grandes religions, seraient-elles constitutives à l’ensemble des “sectes”, comme le propre d’une catégorie qui ne révélerait sa spécificité que sous le prisme du délit et de la déviance? Est-il raisonnable de dire que les “sectes” sont les dépositaires attitrées de toutes les aberrations qui ont depuis toujours pris racine sur le terreau de la croyance religieuse, donnant à penser que seules les grandes religions sont en mesure de répondre “raisonnablement” aux questions que l’humanité se posent depuis la nuit des temps, et ceci alors même qu’elles sont elles-aussi à l’origine de nombreux dégâts? Cela me semble aussi incompréhensible que d’affirmer qu’il existe des dérives typiquement “ecclésiales”, ou alors “musulmanes”, faisant croire, en disant cela, que la présence des églises et de l’Islam conduit inéluctablement à la mise en oeuvre d’un certain type de débordements.
Le jour, par exemple, où les Témoins de Jéhovah ne poseront plus les problèmes que vous déplorez actuellement, le jour où ce mouvement ne se fera plus l’auteur des “dérives sectaires” que vous critiquez, quelle genre d’organisation formeront-ils à ce moment-là s’il ne s’agit pas d’un mouvement “religieux”, comme vous l’affirmez (“une secte n’est pas une religion” dites-vous)? Toujours une “secte”, mais une “secte” sans “dérives sectaires”, ce qui serait assez original? Ou une “église” peut-être? Une “religion” alors?”
“Bonsoir,
J’ai passé assez de temps à vous répondre et je n’en ai plus envie. Si je continue, on n’en finira jamais. Vous êtes beaucoup trop fort pour mes modestes neurones. Je me suis prêté à votre jeu un moment, je ne désire plus poursuivre. Cordialement.”
“Eh bien, je ne m’attendais pas à une telle fin de non-recevoir. Et je suis forcément déçu, vous le comprendrez certainement. Pourquoi dites-vous que vous vous êtes prêté à un “jeu”? Quel “jeu”? Ou voyez-vous un “jeu” dans les questions que je vous pose? Et pour quelle raison vous sentez-vous obligé d’affirmer que je suis “trop fort” pour vos “modestes neurones”? Vous ne trouvez pas cela un peu puéril de la part d’une personne qui prétend faire oeuvre d’information? Je n’ai rien contre vous croyez-moi. Et je suis sûr que vous pouvez encore trouver une petite minute pour me répondre. D’ailleurs c’est bien simple, vous auriez parfaitement pu le faire durant le temps que vous a demandé la rédaction de cette petite justification peu convaincante. Je ne vous demande rien d’impossible: me dire s’il existe quoi que ce soit de tangible qui permette raisonnablement de ramener toutes les “dérives” à composante spirituelle et religieuse à la catégorie de la “secte”. C’est tout. Allez, faites un dernier effort et, promis, je ne vous questionnerai plus. En plus, pour vous remercier de votre aimable collaboration, je peux même vous envoyer un peu de chocolat si vous le désirez. Un bon chocolat suisse que vous aurez certainement plaisir à déguster durant les fêtes de fin d’année. C’est bientôt Noël qui plus est! Merci d’avance.”

Depuis, plus rien, silence radio. Peut-être Mr Cossu déteste-t-il autant le chocolat suisse que les “sectes”?
(1) Un collaborateur au site prevensectes m’a fait gentiment remarquer récemment (fin décembre 2006) que je n’avais pas saisi l’“esprit” qui anime les réponses de Mr Cossu, et en particulier son affirmation qui veut qu’une “secte” ne soit “pas une religion”, celui-ci n’ayant, paraît-il, pas de temps à perdre en “vaines polémiques”. Je suis pourtant bien allé puiser l’“esprit” qui anime ses réponses sur le site même de Mr Cossu, où il est dit notamment, à la rubrique “qu’est-ce qu’une secte”, que si les “sectes placent leurs objectifs sous l’égide du sentiment religieux”, il ne s’agit ici que d’un moyen de “protéger (...) sous un rideau de fumée (la fumée, quelque chose d’évanescent... d’aussi évanescent que l’authenticité des convictions religieuses dont se réclament les “sectes”?) la banale exploitation de l’homme par l’homme (...)”, la différence étant que les “confessions”, ou les “religions”, “qu’elles soient largement répandues ou minoritaires” (minoritaires, mais lesquelles? Car l’on pourrait très bien attendre des antis, qui savent si bien dresser des listes et s’y emploient avec tant d’ardeur, qu’ils en dressent une, à côté de celle des “sectes qui ne sont pas des religions”, qui fasse état des “véritables” mouvements “religieux”) “se refusent à utiliser des méthodes d’endoctrinement destructives (cela veut-il dire qu’il y a des méthodes d'endoctrinement “non-destructives”? Celles dont se servent les “religions” par exemple?) et récusent l’emploi des méthodes de manipulation (“méthodes” que tout le monde connaît et peut facilement mettre en oeuvre c’est évident, la différence étant que les uns s’y “refusent”, par honnêteté, les autres non). “Moralité: ne pas confondre secte et religion”! Et pour qui aime la poésie et s’intéresse à la “nature du phénomène sectaire”, le site prevensectes propose ceci.
Notes
> Page de bienvenue > Dernières notes > Archive > Fiche personnelle