N° 1 –Décembre 2006
Edité par José Luis Goyena et Alain Laurent
« D’où le seul sentiment, chez (les gens de l’Etat), qui fasse l’unanimité de tous les partis et dans tous les pays : la haine farouche qu’ils nourrissent pour ce qu’ils nomment avec horreur : « l’individualisme ». Ce mot désigne pour eux le cauchemar suprême, le soupçon qu’il subsiste quelque part un fragment de l’esprit humain qui échapperait à la sphère politique, au collectif, au communautaire, au domaine public : le leur. »
Jean-François Revel, Le Regain démocratique (1992), p.50
« Il n’y a aucun espoir pour le monde sans que et jusqu à ce que nous formulions et défendions publiquement un véritable code moral de l’individualisme, fondé sur le droit inaliénable de l’homme de vivre pour lui-même. Ni pour agresser ou servir ses frères, mais pour être indépendant d’eux dans ses actions et ses motivations. Ni pour les sacrifier à lui-même ou se sacrifier à eux dans l’abnégation de soi – mais pour coopérer avec eux dans un libre échange entre égaux, chacun selon son droit légitime de rechercher son propre avantage, et jamais dans un esprit quelconque de service altruiste de n’importe qui pour n’importe qui. »
Ayn Rand, Lettre à Tom Girdler, 12 juillet
Au sommaire :
1. Qui est le nouvel individualiste ?
2. Du côté d’Ayn Rand (Etats-Unis et France)
3. L’individualisme dans l’actualité littéraire et éditoriale : sur
l’individualisme libéral ; l’anti-individualisme.
4. Lectures américaines : Charles Murray et Alvaro Vargas Llosa.
Qui est le Nouvel Individualiste ?
Si chaque être humain est par nature individué, est-il pour autant un individu au plein sens du terme – un être pleinement individualisé ? Rien n’est moins sûr mais rien n’est en même temps plus aisément repérable et à portée de qui se propose de le devenir : une tâche cependant jamais achevée , et toujours risquée.
L’individu véritablement accompli use de son libre arbitre en s’autodéterminant rationnellement, sans confondre sa subjectivité avec le réel. Fort et fier d’être responsable de soi et de marcher debout tout seul sans tuteur, ni coach ni béquilles, il entend avant tout se décider par lui-même. Il tient à son intimité et son quant-à-soi, tirant sa force d’âme et son identité seulement d’une vie intérieure exigeante. Il sait qu’il faut être dur avec soi-même pour connaître l’estime de soi, que rien ne lui est dû et n’est jamais acquis. Ses choix ne dépendent pas de l’approbation des autres et il n’hésite pas à faire cavalier seul si nécessaire. Exclusif propriétaire de soi, il n’appartient pas mais s’appartient. Ce n’est ni un animal social, ni un produit social et encore moins une construction sociale. Pas davantage le maillon d’une chaîne, le membre d’un groupe tribal, le fragment d’un tout ou la petite cellule fonctionnelle d’un organisme social. Ni isolé ni replié sur lui-même, il ne se veut pas consensuel et convivial à tout prix.
Le nouvel individualiste n’est personne d’autre, dans les circonstances actuelles, que cet individu à part entière, déterminé à réaffirmer sa souveraineté morale sur soi sans se laisser faire et sacrifier par les machinations renouvelées de la tyrannie du collectif et du grégaire. C’est pourquoi il exècre par dessus tout le nouvel…ordre moral à double visage – classiquement puritain (familialiste, hygiéniste…) et celui de la bondieuserie sociale (la fabrication égalitariste de « droits à » aux frais des autres…) – et les fameuses « valeurs féminines » (lesquelles répugnent aux libres individues féminines : bienvenue aux « nouvelles individualistes » !) qui le soutiennent : cette douceâtrie maternaliste qui infantilise, cette compassion dévoyée pour tous ceux qui violent le droit des autres et se posent en victimes abusives. Il n’aime pas davantage le pseudo-antiracisme, le multiculturalisme, l’immigrationnisme, les repentances et l’idolâtrie de l’ « Autre » - bref, tout ce qui procède de la culpabilisation anti-occidentale et de la haine de soi. Ni non plus la reconfessionnalisation islamisée de la société ou l’extravagant couplage de l’autocensure et de l’hypertolérance relativiste. Et les nouvelles minorités tyranniques ne trouvent pas plus grâce à ses yeux que la vieille tyrannies de la majorité. Grands-prêtres d’un intérêt général écrasant les intérêts particuliers, régulateurs du lien social, ingénieurs sociaux de la « discrimination positive » et de la solidarité forcée, néo-collectivistes de la retribalisation à grands renforts d’identités communautaires et entrepreneurs de bonheur public qui savent mieux que les intéressés ce qui est bon pour eux : tous ceux-là sont ses bêtes noires. Pour faire bonne mesure, il abhorre le néo-esclavagisme fiscal « citoyen » aux fins de redistribution autant que le gérontocratique principe de précaution. Et il a en horreur l’anti-américanisme primaire comme toute idée de gouvernement mondial…
Son individualisme rationnel et libéral n’a donc rien à voir avec un narcissisme subjectiviste et puéril, ni l’égoïsme primitif des prédateurs, ni le repli frileux d’un autarcique « chacun chez soi », ni encore la coquille vide et le conformisme du prétendu « individualisme démocratique » de masse – ces simulacres qui caractérisent l’époque. S’il est le premier à respecter la liberté individuelle de tous ceux qui respectent la sienne, l’usage qu’il fait de cette liberté pour son propre compte procède de l’adhésion à une hiérarchie objective des valeurs privilégiant propriété et responsabilité de soi comme l’indépendance critique de l’esprit. Et s’il renoue avec un « rugged individualism » où l’on entend d’abord vivre pour soi, il s’engage volontiers pour défendre là où elle est bafouée la liberté de tout autre individu lui-même respectueux de la liberté des autres. Et ne demande pas mieux que pratiquer un coopération volontaire et contractuelle sans laquelle il n’aurait guère de plaisir à vivre. Mais comme il n’attend plus grand chose de l’évolution d’une société française (européenne) peuplée de morts-vivants et que, foncièrement sceptique (ou réaliste), il n’espère guère que dans un lendemain qui chanterait puisse advenir un monde harmonieux seulement composé de libres individus respectueux du vrai droit des autres, ce mécréant et mal-pensant se propose au mieux de contribuer à l’avènement d’une informelle confédération d’individualistes bien trempés conjuguant leurs efforts pour préserver leur souveraineté autant contre la mentalité grégaire et les idéologies collectivistes de tous poils que contre les intrusions arbitraires et excessives de l’Etat.
C’est donc à ce « nouvel individualiste » ainsi campé que Le Nouvel Individualiste compte désormais à rythme bimestriel donner la parole. En axant principalement au moins au début son propos sur la recension critique d’écrits (livres, articles…) en relation avec la liberté de l’individu à quelque titre que ce soit.
Du côté d’Ayn Rand …
Par son œuvre (We the living, 1936; The Fountainhead, 1943; Atlas Shrugged, 1957; The virtue of selfishness, 1964…) comme par son rayonnement personnel, Ayn Rand (1905-1982) aura apporté une contribution majeure et décisive à la (re)conversion de millions d’Américains au primat de l’indépendance individuelle et aux vertus de la liberté d’échanger fondée sur le droit de propriété privée. Mais lui accorder ici d’emblée une attention privilégiée ne revient par autant à lui vouer un culte béat et cautionner certains aspects discutables de son comportement volontiers dogmatique ou autoritaire, de sa démarche (la légèreté de ses références philosophiques) et de ses conceptions « objectivistes » (son rejet de l’hédonisme ou du nominalisme). Ce sera donc sans jamais oublier les impératifs de l’esprit critique que la bienveillance du Nouvel Individualiste s’exercera à son égard.
…aux Etats-Unis…parution
ANSWERS
(New american library, novembre 2005)
Est regroupé dans ce volume le meilleur des réponses d’Ayn Rand aux interviews ou questions d’auditeurs de conférences entre 1962 et 1981, ventilé en quatre sections - politique et économie, éthique, métaphysique et épistémologie, esthétique et art. Dans cet ensemble inédit pour le public, on retrouve sans surprise ses fortes et célèbres convictions mais sur un mode cursif et « live » : le « rational self-interest » versus le « self-sacrifice » et l’altruisme, la détestation pour les liberals et le collectivisme du Welfare State comme pour les anarchistes « libertariens ». Et c’est au nom de l’ « individualisme » fondé sur la base épistémologique et métaphysique de la raison qu’elle y exprime son aversion (pas forcément justifiée au demeurant…) pour Kant (un « destructeur de l’individualisme », pp. 167-176 : mais l’a-t-elle réellement et soigneusement lu de première main ?) et Nietszche (un apologiste des instincts et un ennemi du libre marché : peut-on vraiment le réduire à cela ?).
Plus surprenants sont les désaccords vigoureusement énoncés avec des personnalités qui lui sont proches. Milton Friedman ? « Il n’est pas favorable au capitalisme. C’est un misérable éclectique ». Ludwig von Mises ? « Il essaie de substituer l’économie à la philosophie. C’est une impasse ». Les politiques conservateurs ne sont pas davantage épargnés. Barry Goldwater est renvoyé dans les cordes : « C’est un partisan de l’économie mixte », trop attaché aux traditions et à la religion. Quant à Reagan, elle ne lui pardonne pas, à plusieurs reprises, d’être opposé à la liberté individuelle d’avortement…
Sacrée bonne femme – et jusqu’à la fin!
A.L.
La nouvelle qu’on n’attendait plus : Atlas Shrugged – bientôt, le film !
En association avec John Aglialoro qui en avait depuis longtemps acquis les droits d’adaptation au cinéma, deux randiens – Karen et Howard Baldwin (« The Baldwin Entertainment Group ») – viennent d’annoncer qu’ils disposent enfin d’un montage financier fiable pour entreprendre le tournage d’Atlas Shrugged en 2007, soit très exactement pour le cinquantième anniversaire de la parution du best-seller d’Ayn Rand. Leur partenaire technique et artistique sera le Lionsgate Studio (producteur de Crash). Le film sera tourné en trois épisodes correspondant aux trois parties du roman, le premier d’entre eux nécessitant un investissement d’un minimum de quarante millions de dollars. Le casting commence à être arrêté : Angelina Jolie (rien de moins !) tiendra le rôle de Danny Taggart, et Brad Pitt est sur les rangs pour un rôle masculin (Rearden ? John Galt lui-même, bien qu’il n’apparaisse vraiment qu’à la fin ?).
Lancement réussi de The New Individualist…
Depuis un an et demi, sous la direction de Ed Hudgins et avec Robert Bidinotto comme rédacteur en chef, le bulletin de The Objectivist Center (le think tank fondé par David Kelley d’ailleurs devenu The Atlas Society) a fait peau neuve tout en se rebaptisant The New Individualist. En couleurs, doté d’une consistante pagination (36 pages), traitant de sujets variés et brûlants (il a été l’un des rares journaux américains à soutenir, au nom du « free speech », la publication des dessins danois de Mahomet), il rencontre le plus vif succès et prouve qu’en dépit d’internet la presse papier de qualité conserve un grand avenir outre-Atlantique. L’heureuse substitution d’ « individualiste » à « objectiviste » dans le titre donne à coup sûr une image intellectuelle plus ouverte et dynamique au courant randien.
[Il n’échappera à personne que l’initiative du présent et francophone Nouvel Individualiste se fait en écho, quoi que de manière autonome, à ce lancement réussi…]
mais aussi en France !
Présence d’Ayn Rand dans les livres et la presse
* Dans Alerte rouge sur l’Amérique (Lattès, 2006), Florin Aftalion relate aux pages 119/120 le témoignage d’Ayn Rand en septembre 1947 devant le HUAC (House Un-american Activities Committee) sur l’infiltration communiste à Hollywood.
* La logique du libéralisme de Jacques de Guénin (Institut Charles Coquelin, 2006) ne comporte pas moins de six références à Ayn Rand et son œuvre (pp. 17, 50, 51, 57, 86 et 118), allant de citations mises en exergue des chapitres à un petit rappel bibliographique final.
* Le chapitre 6 du Libéralisme américain d’Alain Laurent (Les Belles Lettres, 2006) est largement consacré au rappel des points forts de l’itinéraire et la pensée d’Ayn Rand (Cf. pp. 188 à 201 et 205 à 207).
* En rendant compte du précédent ouvrage dans Le Figaro Littéraire du 13 avril 2006, le critique Jacques de Saint-Victor a insisté sur l’importance d’Ayn Rand outre-Atlantique.
* Lors du départ d’Alan Greenspan à la retraite, le journaliste Eric Leser a à deux reprise dans Le Monde souligné l’importance capitale d’Ayn Rand dans la trajectoire de celui qui a été le plus influent président de la Fed, la Banque centrale américaine. D’abord le 26 octobre 2005 en rappelant que Greenspan « fréquentait assidûment le salon de l’écrivain russe [ !??] philosophe et théoricienne du libéralisme, Ayn Rand. Elle l’a profondément influencé. » ; puis en se paraphrasant pour une part le 31 janvier 2006 mais aussi en ajoutant qu’elle était « une anticommuniste farouche » et surtout que « la philosophe est adepte du darwinisme social [ce que est parfaitement grotesque – NDLR], hostile à toute forme de charité ou d’aide aux plus faibles [pure calomnie : elle était en faveur de la charité privée et volontaire – NDLR]. Elle prône l’individualisme et la poursuite de l’intérêt personnel.[exact !] Favorable à la disparition de l’Etat, elle est l’icône des ultraconservateurs américains » [encore une fois, tout faux et absurde : elle voulait le « limited government » cher aux libertariens et était haïe des conservateurs car athée – NDLR].
* Dans sa Chronique des Belles Lettres du 5 mai 2006 et pour définir le vrai racisme et en montrer l’abjection, Michel Desgranges s’est longuement référé à ce qu’en avait dit Ayn Rand dans La Vertu d’Egoïsme ; il précisait en outre que la lecture de cet ouvrage « permet une première approche de sa pensée qui exalte l’individu et ses mérites propres face à la tyrannie du collectif (clan, tribu, race) »…
Varia
* Publiée aux Belles Lettres en 1993 à un peu plus de deux mille exemplaires dans la collection « Iconoclastes », la traduction française de La vertu d’égoïsme est épuisée depuis l’été dernier (2006).
* Sous le titre Le Rebelle, la célèbre adaptation au cinéma de The Fountainhead réalisée par King Vidor en 1949 vient une fois encore d’être programmée par une chaîne de télévision : cette fois-ci sur TCM, le 27 août dernier.
* Les chances de voir paraître un jour prochain Atlas Shrugged traduit en français s’amenuisent : un détenteur américain des droits de traduction s’est récemment manifesté, sans vouloir donner suite au courageux travail déjà entrepris en France par quelques jeunes passionnés…
* Le 30 mars 2006, le « Young Adults Team » de France Etats-Unis Paris a accueilli Alain Laurent pour une conférence intitulée « Qui est Ayn Rand ? ».
L’Individualisme dans l’actualité littéraire et éditoriale
Réédition et traduction de classiques de l’individualisme
• Paru au printemps 2005 dans la « Bibliothèque classique de la Liberté » (Les Belles Lettres), le recueil de textes d’Yves Guyot - par ailleurs auteur de La Démocratie individualiste (1907) - intitulé La Tyrannie collectiviste comprend en particulier le Livre IV de La Tyrannie socialiste (1894) : « L’individualisme et le socialisme ». Pour l’auteur, « dans une société individualiste, l’homme n’est plus en moyen mais une fin » (p.266) ; « ce qui distingue l’individualiste du socialiste, c’est que si le premier veut que l’Etat ait peu de fonctions, mais nettement déterminées, il veut qu’il les remplisse bien, tandis que le second veut que l’Etat se charge de tout, mais ne fasse rien. (p.272)…
* Dans la même collection paraît fin novembre 2006 en traduction française Morale et politique dans l’Europe moderne de Michael Oakeshott, l’un des plus importants philosophes britanniques du XX° siècle. Thèse centrale : « L’histoire des morales européennes modernes manifeste deux dispositions morales ou deux morales distinctes et opposées : la morale de l’individualisme et la morale du collectivisme. » Toute la deuxième partie de l’ouvrage est consacrée à l’exposition de la « Théorie politique de l’individualisme », pour laquelle l’auteur exprime une forte préférence implicite.
* A signaler aussi la parution de textes inédits du philosophe de l’individualisme aristocratique et libertaire Georges Palante aux Editions Coda (rentrée 2006) : Chroniques complètes 1 (1911-1923).
Sur l’individualisme libéral
Le fait est assez rare par ces temps de dominance idéologique de l’anti-individualisme et de l’anti-libéralisme : plusieurs auteurs plutôt situés à gauche viennent avec insistance de se réclamer positivement de l’ « individualisme libéral » dans leurs ouvrages.
* Pierre-André Taguieff, dans La République enlisée (Ed. des Syrtes, 2005), se propose ainsi de « défendre l’individualisme libéral en tant que fondement du pluralisme bien compris, tout en montrant qu’il prend sa plus haute signification dans la conception républicaine de l’Etat, impliquant une citoyenneté active… » (p.21): une interprétation assurément discutable, que rachètent cependant quelques autres références où le même « individualisme libéral » est opposé au communautarisme (p.139) et à la « fusion des individus dans le groupe ethnique » (p. 170).
* Le plus récent Il faut aimer la politique (La Martinière, 2006) de Christian Delacampagne prend d’emblée « l’individualisme libéral, philosophie de l’idéal démocratique » (p.11) comme repère privilégié ; plus loin, celui-ci est très heureusement et plus précisément défini : « l’individualisme libéral, qui accorde à chaque homme le droit de vivre sa vie aussi librement qu’il le désire pourvu qu’il n’empiète pas sur la liberté de son voisin » (p. 41) – un genre de vie que l’auteur voit lui aussi gravement menacé par l’islamisme entendu au sens le plus large…
* L’insistance mainte fois réaffirmée de l’économiste Pascal Salin à se réclamer de l’individualisme libéral dans ses livres et articles est saluée dans la contribution d’Alain Laurent (« Libéralisme et individualisme ») aux mélanges qui lui sont consacrés sous le titre L’Homme libre (Les Belles Lettres, novembre 2006). Dans le même ordre d’idées, il convient de relever l’apport de Mathieu Laine dont La Grande nurserie (Lattès, 2006) contient une excellente illustration de ce qu’est vraiment l’individualisme : « L’individualisme, ce n’est donc pas la prise de parole d’un grand méchant loup qui vivrait en chacun de nous (…) En terme de système, l’individualisme correspond au respect des droits fondamentaux des individus. Des « vrais droits », des « vrais » droits de l’homme, de ces droits-libertés indispensables à son épanouissement et à la construction d’un environnement tourné vers une conception pacifique et ordonnée de l’échange. Il n’est donc pas la maladie contemporaine mais son remède (…) Rejeter d’un bloc l’individu et l’individualisme témoigne donc d’une mauvaise compréhension du mal contemporain. » (pp. 33/34)
* On déplorera en revanche l’absence de toute référence à l’individualisme libéral dans le livre d’Alain-Gérard Slama, Le Siècle de Monsieur Pétain (Perrin, 2005), pourtant peu avare de louanges envers ce qu’il nomme tour à tour l’ « individualisme républicain », l’ « individualisme des Lumières », l’ « individualisme universaliste », l’ « individualisme démocratique » et enfin l’ « individualisme universaliste républicain », qu’il oppose avec pertinence à un communautarisme liberticide et déferlant.
Une théorie individualiste des Lumières
Afin de fonder l’implacable critique d’une tradition soutenue de rejet des Lumières qu’il développe au long des presque six cents pages des Anti-Lumières (Fayard, 2006), le célèbre historien israélien Zeev Sternhell prend appui sur un paradigme qui valorise avec vigueur l’ « individualisme » explicitement et en bonne part invoqué en corrélation avec le rationalisme et la référence au droit naturel des individus pour spécifier les Lumières et leur système de valeurs. Contre ce mouvement libéral d’émancipation civile (tolérance), politique (démocratie, pluralisme) et intellectuelle (sécularisation, liberté d’expression, libre examen critique) illustré par Locke, Voltaire et Kant – l’auteur y adjoint étrangement…Rousseau, s’est presque aussitôt dressé un courant de pensée amorcé par Vico, Burke (enfin considéré pour ce qu’il est : un conservateur réactionnaire !) et Herder (le père du relativisme culturel), puis continué par de Maistre, Carlyle, Taine, Renan, Maurras, Spengler, Croce et enfin Isaïah Berlin (avec lequel Zernhell a manifestement un compte à régler) et les néo-conservateurs américains (injustement confondus avec les paléo-conservateurs). Leur dénominateur commun : en finir avec le rationalisme laïque et l’universalisme individualiste pour en revenir à la pluralité des communautés organiques (des « camisoles de force »), la relativité des valeurs, la suprématie des traditions, avec aboutissement au nationalisme.
Un ouvrage salubre, formidablement nourri de références aux textes, qui remet bien en perspective la séculaire opposition entre ce que Karl Popper – curieusement passé ici sous silence - nommait « société ouverte » (individualiste) et « société close » (holiste). Mais qui souffre gravement néanmoins de la non prise en compte de toute l’idéologie étatiste et collectiviste de gauche parmi les ennemis des Lumières…
Anti-individualisme : trop-plein au musée des horreurs !
La haine de la souveraineté individuelle est si répandue qu’en collecter les si multiples expressions et en pointer le caractère scélérat s’apparenterait à un travail de Sisyphe. Avant d’en relever cependant quelques unes prises au hasard des lectures, signalons l’extrême intérêt du livre d’André Lapied, La loi du plus faible – Généalogie du politiquement correct (Les Belles Lettres, 2006) qui, justement, repère dans le massif anti-individualisme contemporain le véritable fondement d’un « politiquement correct » caractérisé par le communautarisme et l’égalitarisme.
* Dans le genre, le long article de J.-L. Andréani (« France solidaire et France libérale ») paru dans Le Monde du 16 juin 2006 a été un chef-d’œuvre – un chef-d’oeuvre de falsification. Tout d’abord, l’auteur hallucine : il croit pouvoir assister à « la montée d’une véritable idéologie de l’individualisme » et au règne de l’ « individu-roi » dans la société française (un poncife intellectualo-médiatique totalement invalidé par une réalité tissée de conformisme et de social-solidarisme…). Puis il avance que « la victoire des idées néo-libérales, à partir des années 80, a donné à l’individualisme une justification politique et économique » : délirant, compte tenu de l’étatisme ambiant mais aussi du fait que l’authentique cause individualiste n’a pas attendu les années 80 pour s’exposer en pensée consistante et cohérente. Enfin, l’individualisme est une fois de plus présenté en ennemi intrinsèque de l’entraide, alors qu’il l’est seulement de la solidarité forcée, étatisée et transformée en pratique sacrificielle. Mais un journaliste qui termine son papier en se lamentant sur « la cohésion du corps social » - notion typiquement pétainiste comme la « solidarité nationale » - peut-il comprendre et admettre cela ?
* A qui croirait que l’anti-individualisme est l’apanage de la gauche étatiste ou de l’extrême-droite, le premier numéro (avril 2006) de 205O ,la revue de la Fondation pour l’Innovation Politique (émanation de l’UMP, dirigée par Jérôme Monod, le « penseur » de Chirac…) apporte un cinglant démenti. L’ « innovation politique » s’y ramène à une réhabilitation des « communautés » et des « corps intermédiaires » pour bouter hors de France « le fantasme de l’individu-citoyen (qui) a débouché sur la réalité d’un individu dépolitisé, refermé sur son moi étriqué et récusant toute forme d’appartenance politique » (Fr. Huguenin, dans la présentation de ce numéro). Le dossier s’en prend à l’anti-communautarisme, critiquant ceux qui disent « C’est la faute aux communautés : voici l’ennemi » et prêchant « la méfiance vis-à-vis de l’individualisme » (p.14). Non content de vanter le retour au fait communautaire (« Récuser les communautés, c’est récuser les points d’ancrage qui donnent à la vie commune un sens ») et de vouloir tout recentrer sur « les groupes auxquels j’appartiens », Huguenin invoque les communautariens nord-américains (Sandel, Taylor, Mac Intyre… : tous notoirement et viscéralement hostiles à la souveraineté individuelle). Et il achève son propos en reprenant à son compte l’imposture du « libéralisme » incarné dans John Rawls !
Que le projet de cette Fondation voulant redonner une doctrine à la droite étatiste soit de liquider l’indépendance individuelle est attesté par la présence au sommaire de M. Maffesoli, le philosophe patenté du tribalisme – et l’absence de tout penseur individualiste. Moyennant quoi, on nous propose un très révélateur bréviaire de néo-collectivisme sociologique
PSYCHANALYSE DE L’ANTI-LIBERALISME
Les Français ont-ils raison d’avoir peur ?
Sous la direction de Christian Stoffaës
Editions Saint Simon
Institut d’Histoire de l’Industrie - 2006
Psychanalyse de l’anti-individualisme ? C’est ce qu’on est conduit à penser à la lecture de la…Psychanalyse de l’antilibéralisme (Ed. Saint-Simon, octobre 2006) publié sous la direction de Christian Stoffaës. Résultat d’une phobie ou acte manqué, toujours est-il que dans l’index final où l’on trouve « centre des démocrates sociaux », « prolétariat » et « utopistes » avec une occurrence seulement et dont tout le monde connaît le prodigieux intérêt, brille par son absence l’entrée « individualisme » alors que ce terme figure dix fois (1) dans cet ouvrage collectif (dont deux fois sous la plume de J.-F. Revel !). Accessoirement s’y confirme aussi l’allergie d’A. Madelin à employer le mot « individu » (comme Guyot, Mises, Popper ou Revel…), auquel il préfère systématiquement « personne » - un marqueur sémantique apprécié de Mounier, J. Delors et autres. Comme on découvre par ailleurs dans ce recueil d’énormes contre-vérités proférées par Dominique Schnapper et M. Canto-Sperber (« L’Etat-providence est à la fois la condition et la conséquence du libéralisme », p.185 ; « L’Etat-providence procède d’un approfondissement de l’idée libérale », p.192), il faut en conclure que tout cela ne contribue guère à la promotion de l’individualisme libéral – exception faite de quelques contributions dont celles de J.-J. Rosa ou Revel (naturellement).
A.L.
Que voici un livre au titre alléchant ! Avant même d’en lire les premières lignes, je me trouvais dans un état d’agréable expectative, espérant glaner enfin quelques idées susceptibles de m’orienter dans les méandres du psychisme de la grande cohorte anti-libérale de ce pays.
Je m’attendais à ce que ces illustres professeurs formulent dans cet ouvrage des hypothèses qui nous aideraient à comprendre les mécanismes psychiques au travail parmi l’establishment politique et culturel et au cœur de cette pensée qui tourne en rond : quelles sont les forces inconscientes qui gouvernent notre arrogance tricolore ? Quelles sont les craintes fantasmatiques qui font naître l’individualisme, que l’on confond un peu rapidement avec le narcissisme pathologique ? Pourquoi est-on plus disposé à croire le mensonge plutôt que la vérité ? Quelles sont les raisons qui expliquent cette collusion entre gouvernants et gouvernés afin que rien ne change ? Pourquoi cette négation de la réalité (schizophrénie) a-t-elle plus d’importance dans notre pays que l’ouverture, la négociation et la reconnaissance de la réalité (santé psychique) ? Voici quelques-uns des thèmes d’une liste non exhaustive dont l’approche a besoin de chercheurs rompus à la psychanalyse et à l’histoire des idées, et pas uniquement à l’économie. Il faut reconnaître, à la décharge des auteurs, que la France, à la différence des pays anglo-saxons, ne s’est jamais, peu ou prou, inscrite dans cette tradition de recherche.
Je rejoins complètement A. Laurent dans son point de vue exposé dans le paragraphe précèdent et J.F. Revel, dans sa contribution remarquablement lucide, comme toujours. Force est de constater que le seul intérêt du livre réside dans son titre.
Remarque : Je voudrais citer de mémoire, et à titre d’exemple, quelques contributions contemporaines sur l’application de la méthodologie psychanalytique à la société.
Binion, R. : Introduction à la psychohistoire, PUF, Paris, 1982 – The psychohistory Review : studies of Motivation in history and culture, Sangamon State University, États-Unis – Lloyd de Mause : The history of childhood, The psychohistory Press, 1974 – Lloyd De Mause : The emotional Life of Nations, Karnac, London, New York Frosh, S. : The Politics of Psychoanalysis, The Mac Millan Press, Londres Erickson, E. : Adolescence et crise, Champs, Flammarion – Kernberg, O. : Ideology, Conflict and Leadership, Yale University Press, New Haven et Londres Bion, W. : Recherches sur les petits groupes, PUF, Paris – Waelder, R. : Progress and Revolution, IUP, 1967 – Les travaux de Franco Fornari, dont quelques-uns ont publiés dans leur traduction française aux éditions PUF Klein, M. : Envie et Gratitude, Gallimard… et, naturellement, Freud, S. : Malaise dans la civilisation, Psychologie des Foules et analyse du moi, L’avenir d’une illusion… liste non exhaustive.
J.L.G.
LECTURES AMERICAINES
Le suicide intellectuel
(In our hands. A plan
to replace the Welfare State, AEI, 2006)
de Charles Murray
Auteur des souvent pertinents Losing ground (1984), In pursuit of happiness and good government (1988), What it means to be a libertarian (1997) et du plus controversé The Bell curve (1994), Charles Murray est désormais un senior fellow du très néo-conservateur American Enterprise Institute. On pourrait donc s’attendre à ce que son nouveau livre publié sous les auspices de ce Think tank de réputation plutôt anti-étatiste poursuive son œuvre de critique radicale mi-libertarienne mi-conservatrice du principe et des effets pervers du Welfare State. Mais s’il s’agit bien de remplacer celui-ci, c’est en fait pour lui substituer un…super Etat-providence, une sorte de société-providence encore plus destructrice de la responsabilité individuelle. Autant dire que l’auteur y renonce à toutes ses convictions antérieures et fait fi de celles de tous les individualistes rationnels, libéraux ou libertariens.
Constatant l’échec de l’interventionnisme et des programmes d’assistance du Welfare State classique mais aussi de la Negative Income Tax de Milton Friedman justement accusé d’être un « work disincentive » et de pousser au « drop out », l’auteur considère qu’on ne saurait pour autant laisser tous les individus prendre la responsabilité de leur propre vie. Trop risqué, nombre d’entre eux étant tenus pour incapables de s’en charger ou voués à être victimes du libre marché. La solution de Ch. Murray est d’écarter toute idée d’auto-organisation ou de « workfare » pour proposer un compromis historique aux partisans et clients du Welfare State : remplacer tous les programmes bureaucratiques de transfert de revenus par l’attribution à chaque Américain de plus de 21 ans et durant toute sa vie d’une somme annuelle de 10 000 dollars devant lui permettre de satisfaire tous les besoins courants de l’existence. Les avantages attendus sont nombreux : la pauvreté et la criminalité disparaissent, les femmes retournent au foyer et font plus d’enfants, et toutes les catastrophes générées par la maudite « sécularisation » ne sont plus qu’un mauvais souvenir !
Le seul ennui est que la distribution automatique de cette allocation universelle chère en France à l’ineffable dame de charité Christine Boutin ou « manne providentielle » (comme disait si bien Robert Nozick) par…l’Etat doit bien être financée par l’impôt extorqué aux individus productifs définitivement promus esclaves fiscaux. Et que les bénéficiaires de la bonne aubaine qui cesseront de travailler pour vivre aux dépens des autres se trouveront dans la même situation de dépendance, d’assistance et d’irresponsabilité que sous l’Etat-providence traditionnel. Avec l’ordre moral évangelico-paternaliste en plus, offert par le « conservatisme compassionnel »…
A.L.
Un nouveau livre du Prix Nobel James Buchanan
De cet éminent économiste et penseur de l’Ecole du « Public choice » qui a toujours vigoureusement privilégié une approche individualiste expressément revendiquée dans toute son œuvre, les Edward Elgar Publications ont cette année fait paraître un nouvel opus : Why I, too, am not a conservative – The normative vision of Classical individualism . La primauté conférée à la liberté de l’individu y constitue le critère distinctif du libéralisme classique par opposition au conservatisme : cela méritera qu’on y revienne dans une prochaine livraison du Nouvel Individualiste (attention : pour 128 pages en volume relié, le prix est malheureusement dissuasif – presque 70 $ !).
Un Vargas Llosa peut en cacher un autre !
Le mythe du Ché déboulonné
(The Ché Guevara Myth and the Futur of Liberty)
Alvaro Vargas Losa
The Independent Institute, CA 2005
Qui ne connaît, en France, Mario Vargas Llosa, le grand romancier libéral péruvien qui tint tête à Alberto Fujimori lors de l’élection présidentielle de 1990 ? En revanche, son fils, le libertarien Alvaro Vargas Llosa, l’une des têtes pensantes les plus brillantes du continent sud-américain, est à peine connu dans l’Hexagone. Mieux, il est lu par la seule élite des libéraux et des individualistes. Au risque de répéter ce qu’on ne sait que trop, l’establishment littéraire, politique et intellectuel de ce pays nourrit, dans sa très large majorité, une sympathie sans bornes pour toute entreprise collectiviste, socialo-communiste et anti-américaine. Toute référence à l’individu produit chez la plupart des membres de cet establishment l’excitation exacerbée d’un aphrodisiaque : il leur suffit des premières syllabes du mot individu pour que s’orchestre immédiatement une formidable levée de boucliers contre « l’égoïsme néo ou ultra-libéral », à laquelle s’ajoute la bénédiction spirituelle qu’accorde à cette croisade toutes les grenouilles de bénitier en quête de nouveaux sarrasins. C’est en réaction à cette cécité volontaire de l’intelligentsia et des foules d’ici et d’ailleurs qu’Alvaro Vargas Llosa a entrepris de dépoussiérer l’un des mythes majeurs de notre époque : Ché Guevara, qui, aux dires de Sartre, cette icône stalinienne, représentait « l’homme le plus complet de notre ère ».
The Ché Guevara Myth and the future of liberty, publié cette année par The Independant Institute de Californie, n’est pas une biographie du Ché, mais un essai sur le mythe qui, depuis plus de quarante ans, s’est emparé de l’Amérique latine et de l’esprit de tous les insatisfaits du monde. Alvaro Vargas Llosa nous rappelle, exemples à l’appui, que l’image du Ché présenté comme héraut de la rébellion est non seulement exhibée par des milliers de mécontents dans le monde, mais aussi par des personnalités médiatiques, dont le niveau de réflexion sur elles-mêmes et sur le monde est depuis longtemps descendu bien au-dessous de zéro. Citons, à titre d’exemple, quelques perles de confusion mentale avancée :
- en guise de protestation contre la Syrie, responsable de l’assassinat du Premier ministre Rafik Harari, des manifestants libanais arborent au pied du tombeau de ce dernier l’image du Ché.
- Thierry Henri fit son apparition dans une fête organisée par la FIFA vêtu d’un t-shirt noir et rouge portant l’effigie du nouveau « saint » révolutionnaire. Cette gloire du football tricolore avait été précédée en la matière par Diego Maradona, grand adepte devant l’éternel de substances illicites, qui, lors de sa cure de désintoxication dans le « goulag tropical », eut un rapt d’amour pour Fidel Castro et sa révolution. Pour pérenniser cet amour, il se fit tatouer l’effigie du Ché sur le bras droit.
- À Stavropol, en Russie du Sud, des manifestants qui dénonçaient le paiement cash des œuvres sociales envahirent la place centrale de la ville en arborant des drapeaux avec le portrait du Ché.
- Dans les camps de réfugiés de Dheisheh, dans la bande de Gaza, des affiches avec l’image du Ché recouvraient des murs où, par ailleurs, on célébrait l’Intifada.
- Leung Kwok-hung, rebelle élu par le Congrès législatif de Hong-Kong, défie Pékin en arborant un t-shirt du Ché.
- Autre cas, peut-être le plus « sérieux » s’il n’était aussi le plus pitoyable : lors de la cérémonie des Oscars, Carlos Santana et Antonio Banderas interprétèrent la chanson du Diario en Motocicleta (Carnets de voyage). Le premier portait un t-shirt du Ché et un crucifix. Dès lors, on ne peut que s’étonner de cette alliance de la croix et du rédempteur des pauvres, et se demander, sans arrière-pensée aucune, si elle constitue un message à l’attention du Pape en vue d’une future canonisation du Ché.
- Pour terminer cette énumération loin d’être exhaustive, tant les exemples sont légion, citons les Palmes académiques post-mortem. En 1997, la Faculté des sciences sociales de l’Université de Buenos Aires inaugure, à l’initiative d’un écrivain, d’un théologien, d’un avocat et d’un historien, la chaire Ché Guevara, avec l’aval du recteur de l’Université de l’époque, ex-membre du Parti communiste argentin devenu, comme tout « destalinisé » qui ne parvient pas à faire le deuil du léninisme, fervent admirateur de Gramsci. Le pays du Ché allait encore battre un autre record de servitude volontaire : cinquante mille étudiants réunis dans la Faculté de droit de Buenos Aires acclamèrent le líder máximo de la révolution cubaine, Fidel Castro, qui, en visite dans le pays du Ché, ne put s’empêcher de verser des larmes de crocodile pour son ancien compagnon d’armes. Personne, à l’exception des rescapés de la dernière aventure du Ché, ne semble se souvenir de la façon dont le comandante supremo, en collusion avec les Soviétiques, avait lâché dans la forêt bolivienne ce Robin Hood mélancolique et aux abois, souffrant d’asthme, qui avait été trahi par ces mêmes paysans qu’il s’était mis en tête de libérer.
Le mythe du Ché, qui va de pair avec le mensonge le plus éhonté, doit être soigneusement distingué de la fonction que les hommes, tout au long de leur histoire, ont attribué au mythe, à savoir les aider à penser face aux abîmes de l’inconnu. Dans le cas du Ché, nous sommes dans le cas de figure inverse : le mythe, loin de venir en étayage de la pensée, est absorbé par le mensonge au service de la propagande. Pour perpétuer ce mensonge, le « mythe » du Ché a eu besoin de sa propre iconographie. À cet égard, nous ne pouvons que lui rendre hommage, dans la mesure où la figure du Ché a éclipsé celle de tous ses contemporains de même acabit. Qui, aujourd’hui encore, ose défendre Lénine ou Mao, Pol Pot, Staline ou Enver Hodja ? On ne trouve plus guère que quelques prêtres et séminaristes du trotskisme pour s’y risquer, parmi lesquels son assassin, Ramon Mercader, qui, sitôt libéré des geôles mexicaines, s’envola pour La Havane où il fut nommé Inspecteur général des prisons avant de recevoir, à sa mort, les honneurs militaires digne d’un général. Aujourd’hui, sous l’extraordinaire pression d’un monde qui change, l’iconographie révolutionnaire a dû abandonner le lyrisme héroïque pour pénétrer de plain pied sur le marché capitaliste. Avec les t-shirts bon marché (made in China, cela va sans dire), les lignes de vêtements, le légendaire béret, les affiches, la photo prise par Alberto Korda et, last but not least, les vacances cubaines avec cigares et prostitution à la clé, The Ché store est né. Non seulement tout ce merchandising a inondé le marché pour adolescents et adultes en mal de maturité, mais il a aussi colonisé le peu d’espace mental dont ces individus disposaient.
Alvaro Vargas Llosa nous invite à passer de l’autre côté de l’image « guevarienne ». Dans son exemplaire entreprise de démystification, il s’attaque aux différentes périodes de la vie du révolutionnaire, et démontre que le Ché fut loin d’être le noble rebelle défenseur de la veuve et l’orphelin que la légende a immortalisé. Guevara fut une machine à tuer (a killing machine), un idéologue de la pure étoffe stalinienne, un économiste pitoyable et un grand organisateur de défaites.
Fasciné par sa propre mort
« Il est fort possible, déclare Alvaro Vargas Llosa, que Guevara ait été amoureux de sa propre mort, mais il l’a été bien plus de celle des autres. » Nul besoin d’allonger le Ché sur un divan de psychanalyste pour découvrir à quel point sa « fascination » pour la mort gouvernait son héroïsme, sa souffrance et sa personnalité toute entière. Constat que Nasser tira, non sans étonnement et perplexité, à l’issue de ses premiers entretiens avec lui.
Dès sa petite enfance, Ernesto Guevara de la Serna (plus tard le Ché) vécut avec une épée de Damoclès suspendue au-dessus de la tête. Les crises d’asthme répétées dont il souffrait lui firent toucher les limites du supportable et le préparèrent à un face-à-face constant avec la mort. Les différents biographes, citant les témoignages de ses compagnons d’armes, font état de la situation désespérée du Ché qui simultanément devait, en plein combat, faire face aux balles de l’ennemi, à ses crises d’asthme et parfois à ses blessures. Il est fort possible que le combat contre cette maladie précoce qui jamais ne le quitta façonna une bonne partie de la dureté de son caractère. L’attachement inconditionnel à sa mère et la distance avec son père ont joué un rôle prépondérant dans son développement, auxquels s’ajoute une révolte adolescente sur toile de fond d’idéologie communiste confuse héritée de la branche maternelle : le cocktail explosif était prêt, et le détonateur fut Fidel Castro. La guérilla va lui donner l’occasion de mettre à l’épreuve cette combinaison singulière de courage personnel, de fascination pour la mort et de haine, qui se condensera dans une pulsion de tuer.
Les lettres à sa mère, sa fidèle confidente, parlent déjà, en 1954, du divertissement que lui occasionnent les bombes sur le Guatemala de J. Arbenz : « elles rompaient enfin la monotonie de ma vie ». Le 28 janvier 1957, peu de temps après avoir débarqué sur l’île, il donne de ses nouvelles à sa première femme : « Je suis ici, dans la forêt cubaine, vivant et assoiffé de sang » (Aquí, en la selva cubana, vivo y sediento de sangre, publié in « Ernesto : Memorias del Ché Guevara en la Sierra Maestra »).
Certains biographes datent de janvier 1957 le premier assassinat perpétré par le Ché sur la personne d’Eutimio Guerra, simplement « soupçonné » de transmettre des renseignements à l’ennemi. « J’ai mis fin au problème avec un pistolet de calibre 32, du côté droit de sa tête… Désormais, tout ce qu’il a m’appartient. » (Diario de la Sierra Maestra) Plus tard, ce sera le tour d’Aristido, un paysan qui ne veut plus suivre la guérilla. Après l’avoir tué, Guevara se demande, dans un fugace instant de doute, « s’il était coupable au point de mériter la mort ». On se croirait devant les truculents dialogues des westerns spaghetti, à ceci près qu’il ne s’agit nullement de fiction. Guevara ne vacille pas non plus lorsqu’il liquide Echevarría, le frère de l’un de ses proches camarades, pour des crimes non spécifiés. Mais, impassible, le Ché déclare encore qu’il « devait payer ce prix ». Il lui arrivait également de simuler des exécutions, torture psychologique par excellence.
Le festin le plus sanguinaire de son histoire commencera après la chute de Batista, lorsque Castro le nomme à la tête de La Cabaña, une ancienne forteresse militaire du XVIIIème siècle transformée en caserne et en prison militaire. La Cabaña avait abrité les tortionnaires de Batista qui s’y étaient livrés à toutes sortes d’atrocités. Lorsque Castro entre triomphalement à La Havane le 1er janvier1959, il nomme le Ché à la tête d’une Comisión Depuradora (Comité d’épuration). On fusille à tour de bras et sans jugement nuit et jour. Le Ché recommandait à ses subordonnés de se laisser guider par leur conviction, comme lui-même l’avait fait dans la Sierra Maestra. Cette conviction se fondait sur le point de départ suivant. Face aux opposants qui étaient tous des assassins, les guérilleros se devaient d’agir comme des révolutionnaires et appliquer l’une des principales consignes du Ché : « face au doute : fusiller ».
Naturellement, Guevara n’a jamais annulé une seule condamnation. On estime entre 200 et 500 les exécutions qu’il a ordonnées à la tête du Comité d’épuration, et à 2000 l’ensemble des exécutions perpétrées sous sa responsabilité.
L’idéologue stalinien
Lorsque Fidel Castro et le noyau dur des compagnons de la Sierra Maestra élaborent l’organisation politique de Cuba, deux organisations de premier plan se trouvent placées sous la supervision du Ché : le G2, une copie de la Tchéka, sous les ordres de Ramiro Valdez, un lieutenant du Ché, et le G6 sous la direction de Guevara lui-même qui se charge de l’endoctrinement idéologique des forces armées. Lorsque des centaines de cubains sont faits prisonniers après l’échec de la Baie des Cochons, en 1961, Guevara déclarera à l’ambassadeur soviétique Sergei Koudriavtsev : « les contre-révolutionnaires ne relèveront plus la tête ». En d’autres termes, la nouvelle vague d’exécutions allait décourager ceux qui auraient eu l’intention de revenir. L’état totalitaire qui s’esquissait peu à peu finissait par prendre forme. Manquaient les camps de travail. Le Ché y pourvoira. Il met sur pied le camp de Guanacahibes, où, très vite, seront incarcérés ceux qui refusaient d’adhérer à cette autre désastreuse invention « guévarienne » : le travail volontaire. Aux quarante heures de travail hebdomadaires consacrées par les citoyens au titre de l’effort révolutionnaire, s’ajoutaient les samedis à la milice et le dimanche à « ah !…ces merveilleux dimanches rouges ! », comme l’écrit avec humour Carlos Alberto Montaner dans son remarquable livre sur Cuba. Quel était le but de Guevara, sinon d’atteindre cette perfection maladive que visent tous les illuminés désireux de façonner monde à leur image ? Créer « un homme nouveau », un homme qui se donne corps et âme à la révolution, qui renonce à son individualité et ne pense et n’agit que pour la révolution, le collectivisme et « l’avenir radieux ». Bref, le révolutionnaire se doit d’être un saint… Guevara rend transparent ce que la propagande bolchevique avait soigneusement enveloppé dans les années 1930. Car le stakhanovisme, cette incitation à se surpasser dans le travail et à dépasser ses propres limites pour la révolution, se présentait dans la propagande stalinienne sous la forme d’une prise de conscience initiée par le travailleur lui-même. La conscience, pour reprendre la vulgate marxiste, lui venait, comme à tout bon prolétaire conscient de son exploitation, de l’intérieur de lui-même. Alors que dans l’idéologie guévarienne (encore plus léniniste que celle forgée par Lénine himself), les masses ne savaient pas ce qui était bon pour elles, et elles avaient besoin que les fonctionnaires de la révolution lui inculquent par la force la manière de penser et de vivre. Tout individu qui refusait l’étatisation de sa vie se voyait offrir un aller simple pour le camp de Guanacahibes sous encadrement de « pédagogues » de haut vol. À ces hommes déportés dans cette Sibérie tropicale suivront tous les mécontents du « fidélisme » qui, à leur manière, refusaient la machine totalitaire : témoins de Jéhovah, homosexuels, malades du sida, catholiques, prêtres afro-cubains, délinquants, opposants politiques, défenseurs des droits de l’homme. Fort de cette expérience, le camp modèle de Guanacahibes ouvrira vite des annexes, sous la surveillance, cette fois, des Unités militaires d’aide à la production (Unidades Militares de Ayuda a la Producción). Conduits de force, brutalisés, violés, traumatisés à vie, sans parler de ceux et celles qui n’en reviendront jamais, ces hommes et ces femmes ont été oubliés de tous, notamment d’une Europe prompte à condamner « l’horreur » de Guantanamo, alors qu’elle ferme pudiquement les yeux sur les camps qui pullulent à quelques kilomètres de la base américaine.
Dans son livre, Alvaro Vargas Llosa nous montre aussi comment Guevara s’est révélé être le plus puissant moteur de la soviétisation de la révolution cubaine. Jamais, dans sa jeunesse, Ernesto Guevara n’avait eu de formation comme membre du Parti communiste. De tempérament plutôt bohème, vaguement anarchique, il n’avait que des idées plutôt floues sur le socialisme qu’il affirmera au fil des ans et de ses voyages. Lorsque la police mexicaine arrête le groupe de Castro qui préparait l’invasion de Cuba, Guevara est le seul à se dire communiste. Les autres membres de l’expédition ne se caractérisent nullement par leur anti-américanisme : certains sont des patriotes qui veulent libérer leur pays de la dictature « batistienne » et de la corruption régnante, les uns sont des démocrates sincères, les autres des gens « sans idéologie ». Carlos Franqui, compagnon de Fidel mort en exil, ou Hubert Matos, qui passa vingt ans de sa vie dans les geôles castristes, pour ne citer que ceux qui connurent la révolution de l’intérieur, ont écrit des ouvrages plus qu’éclairants sur la composition sociale et idéologique de l’équipe du Granma, ainsi que sur le virage communiste du castrisme.
Pendant la guerre contre l’armée de Batista, le Ché est un des plus fervents partisans du contact avec le Partido Socialista Popular (Parti communiste) dont la tête pensante, Carlos Rafael Rodríguez, sera un artisan de la conversion du régime et de Fidel Castro lui-même au communisme. Les deux biographes (Anderson et Castañeda) affirment que lors de sa visite au Costa Rica, le Ché parcourt les interminables plantations de l’United Fruit Company qui suscitent en lui un commentaire acide. Dans une lettre à sa famille, il écrit ainsi : « J’ai vu le coté terrible de ces pieuvres capitalistes. J’ai juré et pleuré devant le portrait du camarade Staline de ne pas trouver de répit jusqu’à voir ces pieuvres capitalistes annihilées ».
Au pouvoir, le stalinien va encore plus loin dans sa haine de l’Amérique. Lors de la visite à Cuba de Anastas Mikoyan, Vice-premier ministre soviétique, il participe aux négociations qui signeront la conversion de Cuba en pôle à tête nucléaire russe. En août 1962, il signe à Yalta un accord avec Khrustchev, qui prévoit l’installation par l’Union soviétique de quarante-deux missiles, dont la moitié à têtes nucléaires, et de leurs bases de lancement. L’accord prévoit en outre le stationnement d’un contingent de 42 000 soldats soviétiques dans l’île. Un pas de plus, et Guevara convainc les bureaucrates du Kremlin d’accepter que la marine de guerre soviétique escorte les navires russes. En d’autres termes, si le gouvernement américain soupçonnait la véritable nature de la cargaison des navires russes et ordonnait leur pilonnage, Moscou devait être prêt à riposter et à en découdre, et à se lancer dans une guerre ouverte avec les États-Unis. La guerre, comme on le sait, fut évitée de justesse grâce à la fermeté de Kennedy et au bon sens de Kroutchev. Le césarisme blessé de Castro qui voulait que les Russes attaquent d’abord les États-Unis doit être mis sur le compte de la folle irresponsabilité des gouvernants fanatiques qui préfèrent la destruction du monde plutôt que de renoncer aux dictats de leur incommensurable ego.
Le stratège révolutionnaire : grand organisateur de défaites
Le Ché, déçu par les Russes, va se rapprocher des Chinois. En 1965, à Alger, il accusera directement les Soviétiques d’adopter la « loi de la valeur », c’est-à-dire de verser dans le capitalisme. Ce fut la goutte d’eau que fit déborder le vase. Quel embarras pour Castro qui recevait une aide colossale de l’Union soviétique, pour tous les fidèles de Moscou et pour les Russes eux-mêmes, accusés de tourner le dos à la révolution ! Peu à peu s’écroulaient une à une les grandes idéalisations guévariennes ; l’histoire était capricieuse, elle était sourde à son évangélisme révolutionnaire, elle suivait une route qui échappait à son fanatisme. Le Ché décidera, avec l’appui de Fidel Castro, de se lancer à la conquête du tiers-monde. Mais son incursion au Congo et dans les anciennes colonies portugaises se soldent par un désastre. La corruption d’un Laurent Kabila ne l’aide en rien : le personnage suscite plutôt la méfiance des troupes et transforme l’armée en groupes de pilleurs. En 1965, c’est Mobutu qui s’installera au pouvoir, et sa tyrannie durera des années. À chaque nouvel échec de la stratégie des Cubains, et de Guevara en particulier, se succèdent des années de dictature : Chili, Argentine, Uruguay, auxquels se sont ajoutés bien d’autres pays latino-américains. Mais les tenants de l’idéologie révolutionnaire continuent à tout mettre sur le dos de l’impérialisme yanki.
Guevara finit sa vie dans la forêt bolivienne, cherchant à réaliser son rêve de transformer de la cordillère des Andes en nouvelle Sierra Maestra. Son objectif était d’entrer en contact avec les guérilleros opérant en Argentine, mais ces derniers furent vite liquidés par des forces militaires très bien entraînées.
En Bolivie, il fut lâché par Fidel, qui n’envoie jamais de renforts, par le Parti communiste bolivien qui aspire à diriger la lutte tout en restant inféodé aux Russes, par les Russes, qui n’attendent qu’une occasion pour se débarrasser d’un arrogant qui donne des leçons de révolution à tout le monde, par les paysans boliviens, enfin, qui, méfiants, le dénoncèrent tantôt pour se protéger tantôt pour toucher les récompenses offertes par le gouvernement. Il est mort seul. Avec lui meurt aussi sa théorie du Foco révolutionnaire, ce noyau armé qui crée les conditions de la lutte dans les campagnes, organise une armée et façonne ensuite le Parti communiste qui prendra les villes. En bref, l’expérience cubaine érigée en modèle et reproduite. Ce fut un bain de jouvence pour blanquisme, mais avec quarante de fièvre.
L’économiste
Alvaro Vargas Llosa nous rappelle aussi que le Ché fut l’économiste à la tête du Banco nacional de Cuba, de l’Institut de la réforme agraire en 1959, et du Ministère de l’industrie en 1961. Résultat ? Une catastrophe : production de sucre en chute libre, échec de l’industrialisation, début du rationnement. Avant la dictature de Batista, Cuba était l’un des quatre pays à l’économie la plus florissante d’Amérique latine. Quant à l’économie mondiale, le Ché en avait aussi sa propre vision. En 1962, dans la conférence qui se tint en Uruguay, il déclare devant une assemblée d’économistes du monde entier qu’en 1980, les revenus per capita des Cubains dépasseraient ceux des États-Unis.
Cet ouvrage d’Alvaro Vargas Llosa, aussi court que rafraîchissant, a le mérite de nous montrer à quel point le mythe du Ché ne put prendre corps que par les idéalisations insensées, les mensonges et la manipulation produits par l’esprit collectiviste. Les deux autres études qui composent cet essai abordent l’héritage individualiste en Amérique latine. J’espère les développer à l’appui de son livre « Rumbo a la libertad ». Alvaro Vargas Llosa est également le co-auteur du très caustique et salubre « Manual del perfecto idiota latinoamericano » (Manuel du parfait idiot latino-américain), « The Manufacturing of Poverty », écrits en collaboration avec C. A. Montaner et P. A. Mendoza. Alvaro Vargas Llosa collabore à différents journaux en Amérique latine, en Europe et aux États-Unis. Il est également l’auteur de romans et d’essais.
J.L.G.
Ce court essai de soixante-dix-sept pages ne consacre à Ché Guevara qu’un premier chapitre de vingt-deux pages. Le livre comprend deux autres chapitres : Latin American Liberalism - A Mirage ? et The Individualist Legacy in Latin America. Pour une étude sur la vie et l’engagement de Ché Guevara, on peut se rapporter aux différentes biographies. Celles qui ont retenu mon attention sont celles de Jon Lee Anderson et de Jorge Castañeda. Anderson, John Lee : Ché Guevara, una vida revolucionaria, traduit en espagnol par Daniel Zadunaisky, Barcelona, Emecé, 1997 (titre original Che Guevara , a revolutionary life). Castañeda, Jorge G. : La vida en rojo, una biografía del Ché Guevara, Madrid, Alfaguara, 1997. Les œuvres écrites par Guevara lui-même ont été éditées à plusieurs reprises et sont toujours disponibles.
Montaner, C.A. : Viaje al corazón de Cuba, Plaza y Janés, Barcelona, 1999. En ce que concerne le travail volontaire, il faut garder à l’esprit q