THE INVISIBLE HEART
AN ECONOMIC ROMANCE
De Russell Roberts
(THE MIT PRESS, Massachussetts, 2002)
(Le Coeur invisible. Un roman économique)
« Capitalism involves struggle, but it has an invisible heart beating at its core that transforms people’s live. » (Le capitalisme implique la lutte, mais en son sein bat un cœur invisible qui transforme la vie des gens.) R. Roberts, p. 170
Milton Friedman, prix Nobel d’Économie, récemment décédé, disait de ce livre qu’il constituait « une passionnante histoire d’amour qui enseigne, en plus, une somme impressionnante de principes de bonne économie ».
La lecture de The Invisible Heart, an economic romance, nous plonge avec humour et bon sens dans un dialogue où se côtoient avec allégresse économie et politique, philosophie et littérature, via la rencontre de deux professeurs de l’Edward School de Washington : le premier, Sam Gordon, libéral (au sens français du terme et non dans son acception anglo-saxonne) (1), qui enseigne l’économie, et Laura Silver, professeur de littérature gagnée aux idées sociales démocrates.
Sam évolue avec naturel dans cette atmosphère libérale et capitaliste qui s’impose à lui comme une évidence. Pour lui, la régulation imposée par le gouvernement est tout simplement nocive, la liberté économique représente le fondement du développement de l’humanité, et la réussite en affaires constitue une vertu (ce qui rejoint les propos d’Alan Greenspan citant Ayn Rand : « le capitalisme est moral »). Dans ses cours, Laura enseigne Dickens et Tennyson, alors que Sam interroge un sujet qui la laisse plus que perplexe : « pourquoi le capitalisme est-il profitable aux pauvres ? »
Au fil des pages, la discussion laisse place au dialogue, qui s’accompagne, de façon assez prévisible, d’une tendre sympathie amoureuse. La présentation de Sam à la famille de Laura, dignes représentants de l’establishment « démocrate » de Washington, donne prétexte à une âpre discussion entre Andrew, le frère de Laura, et Sam. Il s’agit probablement là des pages les plus réussies du roman, aux accents qu’on devine, pour part, autobiographiques.
En parallèle de l’histoire de Sam et de Laura, des événements viennent alimenter les échanges de nos deux protagonistes : la rencontre d’Erica Baldwin, fonctionnaire qui tente de réunir des preuves contre Charles Krauss, PDG d’une entreprise pharmaceutique vouée à la délocalisation ( 2 )
En filigrane, et sans déflorer la suite de l’intrigue, se dessine ce thème qui nous est cher de la responsabilité individuelle, qu’une métaphore aquatique vient bien illustrer : « Souviens-toi, seul le poisson mort nage avec le courant. » (Remember, only a dead fish swims with the tide.)
Une bibliographie à la fin du roman d’Adam Smith à Milton Friedmann, en passant par Bastiat, Hayek, Nozick, Maimonides nous permet de vérifier le bien fondé des thèses avancées par Sam Gordon et ancre plus encore, si besoin était, cette romance économique à la frontière de deux genres littéraires.
Une fois le livre refermé, me vint l’idée saugrenue que la lecture de The Invisible Heart serait bénéfique à nos lycéens et nos étudiants, qu’elle leur permettrait d’étoffer leurs maigres connaissances en économie et en philosophie. Quelle idée ! me reprit immédiatement, dans ma tête, une petite voix mêlant arrogance ministérielle et opiniâtreté syndicale : ce livre ne passera pas !
Si ce roman ne dérangera nullement le monde littéraire et ses prix, il a le mérite de venir secouer nos certitudes en matière économique, et d’interroger l’histoire des idées et la responsabilité de l’individu.
1 Cf. le livre d’Alain Laurent : Le libéralisme Américain. Histoire d’un détournement, Paris : Les Belles Lettres, 2006.
2 Le dirigeant de cette entreprise s’y voit pourvu de tous les travers que la gauche militante prête généralement à ces individus.
J.L.G.