*  Du vivifiant journal Il faut prendre le temps de vivre, (Le Seuil, janvier 2007) que Robert Redeker a tenu jour après jour pendant son temps de rélégation pour cause de trop grande liberté d’esprit et d’expression exercée contre le théocratisme exterminateur, à retenir avant tout ce à quoi il attribue les condamnations fielleuses de son propos venues du droit-de-l’hommisme idéologiquement dominant dans les « associations » et les salles des profs : « La liberté, celle de l’individu, est, partout et toujours, insupportable (…) Ma liberté dérange…tout simplement parce qu’elle renvoie à l’irréductible, à l’objet absolu de la crainte, au danger social, l’individu » (p.91). On ne saurait mieux dire.

	* Dans La Tyrannie de la pénitence (Grasset, septembre 2006), l’excellent Pascal Bruckner ne se contente pas de dire vertement tout ce qu’il faut en effet dire contre « les athlètes de la contrition », « la posture évangélique type : l’auto-accusation », « la caste pénitentielle », « la police du langage » et « la haine de soi ». Ni de s’en prendre au « despotisme des minorités, rétives à l’assimilation si celle-ci ne s’accompagne pas d’un statut d’extraterritorialité » ou à l’entreprise islamolâtrique visant à « faire de l’islam un objet intouchable sous peine de racisme ». En affirmant qu’ «un individu n’existe en tant que tel que lorsque sa singularité l’emporte sur sa nationalité, sa couleur de peau, son appartenance » (p.170) et que contre le multiculturalisme doit prévaloir « le droit d’exister à titre de personne privée, de devenir quelqu’un d’autre qui ne se déduit pas de ses racines, mais imprime à sa vie le sens qu’il souhaite lui donner » (p.172), il expose l’essence même du nouvel individualisme ici défendu.
	Lorsque ailleurs dans ce livre bien senti il reproche à l’ « individualisme démocratique tout à sa passion de l’égalité » de « (répugner) à la grandeur » (p.126) en se livrant à la désacralisation posthume des grands hommes », il ne fait que justement pointer la dégradation d’un pseudo-« individualisme » trivialisé par sa massification alors que l’héroïsme moral individuel est une vertu individualiste par excellence. Cela vaut aussi quand il affirme en critiquant l’avachissement des actuels Européens : « Le refus du conflit armé est directement lié au développement de l’individualisme et au déclin du nationalisme » ; mais avec quelques bémols : ce tribalisme qu’était le nationalisme engageait dans des conflits sacrificiels absurdes, et l’individualisme contemporain en question, de type pacifiste et laxiste, est la contrefaçon du véritable individualisme qui se nourrit du sens individuel aigu de l’honneur et de la résolution non-sacrificielle de combattre pour défendre une liberté individuelle exigeante.
	Au crédit, encore et enfin, de Bruckner : « La raison occidentale est cette 

aventure unique de l’autoréflexion qui ne laisse debout aucune idole, bat en brèche les 

traditions et l’autorité » (p.49) : tout l’individualisme rationnel est là ! 

A.L. La cause de l’1dividu dans quelques livres récents