Edité par José Luis Goyena et Alain Laurent
 
 
 










































Edité par José Luis Goyena et Alain Laurent

Edition Flash - Supplément au N° 5

 Juin 2008


OPA
(Opération politique d’Arraisonnement)
sur le libéralisme


Les véritables héritiers de la belle tradition du libéralisme politique, l’autre nom de la démocratie, sont à gauche (Royal, Le Point, 27 mars 2008)
Je suis libéral et socialiste (…) La gauche doit se réapproprier avec fierté le mot et la chose [il s’agit du « libéralisme »] (Delanoë, Le Nouvel Observateur, 22 mai 2008)

	Chez les leaders socialistes (il faut ajouter la contribution de Manuels Vals dans son tout récent livre Pour en finir avec le vieux socialisme, Robert Laffont), le nouveau mot d’ordre est : « Plus libéral que moi, tu meurs ! ». Hommage tardif du vice à la vertu ? Peut-être. Mais  conversion au vrai libéralisme, certainement pas. Du haut de sa naïve arrogance, Royal enrôle Tocqueville dans ce pseudo-libéralisme gauchisé – ignorant le fait que nul plus que Tocqueville était anti-socialiste : cf. son célèbre discours de parlementaire contre le « le droit au travail » en 1848 (depuis l’intervention de Delanoë, la poitevine Bécassine a d’ailleurs reviré de bord sur Canal+ le 25 mai, jugeant « totalement incompatibles » socialisme et libéralisme et la réhabilitation du mot « libéralisme » impossible…). Dans De l’audace ! (R. Laffont, 2008), Delanoë fausse à la fois le sens du « libéralisme politique » abusivement séparé de la dimension économique et identifié à la « justice sociale » solidariste, -  et du « libéralisme économique », soumis à la régulation étatique et sans aucun renoncement au fanatisme de l’impôt « citoyen » et de la dépense publique. Le camarade Parisplagiste proclame son attachement à une pleine « liberté individuelle » : mais on ne trouve nulle trace d’un ralliement aux libertés individuelles élémentaires de choisir son temps de travail, l’école de ses enfants, le moment de sa retraite, son assurance-santé. Par contre, c’est l’avalanche de nouveaux « droits à », de droits-créance sur les autres. 
	On n’assiste donc nullement au triomphe des idées libérales à gauche, mais à une opération de récupération-édulcoration-perversion purement formelle du terme « libéralisme »,   gauchisé. Cela dans le droit fil des thèses défendues par des intellectuels socialisants pour qui il n’est de « vrai » libéralisme qu’à gauche. Les deux offensives ne sont pas sans lien.


	Monique Canto-Sperber : Le libéralisme et la gauche (Pluriel, 2008)
	La directrice de Normale Sup vient à nouveau encore de frapper, ainsi devenue une multirécidiviste dans un ouvrage au contenu qui n’a rien d’ « inédit » contrairement à ce que prétend la couverture. Si encore la dame bornait son propos à plaider pour un vigoureux aggiornamento d’un socialisme à la française confit dans ses archaïsmes marxistes afin qu’il accepte quelques idées libérales, il n’y aurait qu’à applaudir : l’avènement d’une social-démocratie évoluée semblable à ce qu’on trouve partout ailleurs en Europe ne serait pas un luxe. Mais son objectif est tout autre : elle prétend redéfinir la « pensée libérale » promue synonyme de socialisme démocratique. Et n’y parvient qu’en alignant preuves d’ignorance et parti-pris falsificateurs. Exemples : les libéraux seraient partisans d’une « gouvernance mondiale » (p.77) et d’une « action forte de l’Etat » (p.25) – dernière nouvelle !; que le libéralisme exige des règles communes est présenté comme une innovation canto-sperberienne sans précédent : mais qu’a dit d’autre Hayek ?; à la fin du XIX° siècle, les « libéraux républicains » auraient inventé l’Etat providence : tiens, on ne connaissait pas cette contribution d’Yves Guyot, archétype du libéral républicain – mais pour Canto-Sperber, il s’agit de…Renouvier et L. Bourgeois (p.276), dont on se demande où peut se tenir le « libéralisme ». Et puis, il y a les incohérences : le « libéralisme économique » accepté dans les mots (miracle !) mais anéanti dans les faits tant il est « régulé » (comprendre : réglementé et fiscalisé), ou encore le fait de d’abord présenter le « libéralisme social » comme seule véritable incarnation de la pensée libérale (le reste étant répudié comme « ultra ») puis d’ensuite parler de la tradition libérale classique (Say, Constant, Bastiat…) en termes d’ « orthodoxie libérale » (p.246), ce qui désigne logiquement le « libéralisme social » et plus encore le « socialisme libéral » en déviances hétérodoxes. Et n’insistons pas sur cette galéjade : « Un socialisme assumant le libéralisme défend la liberté individuelle sous tous ses aspects » (p.246) : tous ses aspects, vraiment (voir plus haut déjà avec Delanoë) ?

	Serge Audier : Le colloque Walter Lippman – Aux origines
	du néo-libéralisme (Le Bord de l’eau, 2008)
	L’OPA a un second agent en la personne d’un autre philosophe, Serge Audier, mais dans une version plus informée en même temps que plus vicieuse et venimeuse encore que la précédente. Tout en reprochant aux gauchistes de l’altermondialisme de ne pas comprendre que le « néo-libéralisme » modèle colloque Walter Lippman de 1938 était social-étatiste donc de gauche dans son orientation majoritaire (exact en partie), sa véritable cible est comme pour Canto-Sperber le pseudo « ultra-libéralisme » qui aurait trahi ces bonnes dispositions originelles. Au fil des pages de ce qui n’est essentiellement qu’une compilation de textes publiés à l’époque (c’est parfois utile, en particulier pour les Actes du colloque) et qui témoigne d’un acharnement dans l’art d’enfoncer des portes déjà ouvertes par d’autres et d’ignorer leurs travaux pionniers (le livre de Vincent Valentin, Les conceptions néo-libérales du droit, paru en 2002 chez Economica, n’est pas cité une seule fois !), c’est un festival de malhonnêtetés intellectuelles qui s’offre à nous : ainsi, le meilleur spécialiste de Hayek en France serait…Gilles Dostalier et non pas Philippe Nemo ; et Röpke ne réussit à être présenté en quasi socialiste qu’au prix d’une occultation totale de son opus majeur, Au-delà de l’offre et de la demande, où sont vigoureusement dénoncés le « socialisme fiscal » et « l’Etat providence socialiste » : en effet gênant pour la thèse défendue. Le reste est à l’avenant. 
	S. Audier publie en parallèle La pensée anti-68 – Essai sur les origines d’une restauration intellectuelle (La Découverte, 2008), dont des dizaines de pages sont consacrées à résumer le livre précédent et sa détestation de la tradition libérale classique. Tandis que Revel y est réduit à l’état de « pamphlétaire », il est cocasse de voir reproché à P. Manent de taire ce qui ne lui convient pas et à L. Ferry d’accumuler des lieux communs : exercices auxquels Audier excelle si bien. 
	Que le véritable libéralisme, celui qui va de Turgot à Hayek en passant par Constant, Bastiat et Mises, soit ainsi actuellement exposé à une opération inédite d’occultation accompagnée d’une récupération du mot mis au service du social-étatisme solidariste sous prétexte de « liberté positive », c’est ce qui devient patent lorsqu’on découvre qu’Audier a juste auparavant publié deux ouvrages révélant ses tropismes idéologiques : Le socialisme libéral (La Découverte, 2006) et Léon Bourgeois, refonder la solidarité (Michalon, 2007). Et plus encore quand lit sa conclusion du livre consacré au colloque Walter Lippmann : « Parce que le libéralisme ne se réduit pas à l’apologie de l’omniprésence du marché et d’un individualisme asocial…, parce qu’il offre, au contraire, des outils pour contrebalancer ces tendances et pour mettre en cause ou critiquer les groupes et les individus qui prospèrent sur des situations de domination et d’inégalité, il devrait faire partie pleinement, avec d’autres héritages doctrinaux, du patrimoine de la gauche. » Bienvenue au club, camarade Audier : mais à condition de renoncer à faire du libéralisme une sorte de néo-collectivisme soft, rappelant la falsification opérée par les liberals américains – dont le grand Frank Meyer disait déjà en 1962 dans In defense of freedom qu’ils ont inventé ce monstre, le « collectivist liberalism ». 
	Mais, puisqu’il est question des liberals, voici justement une lecture américaine décoiffante : Liberal fascism, de Jonah Goldberg (Doubleday, 2007), qui met en évidence la fascination que ces faussaires mais vrais collectivistes ont toujours éprouvée pour les idées totalitaires, de…Mussolini à la « politique de reconnaissance » multiculturaliste ! 




		De vraies lectures libérales pour l’été !
	Pendant que s’agitent les charlatans en libéralisme, l’édition nous offre une belle floraison de livres sur les vrais libéraux historiques :
° Lire Bastiat – Science sociale et libéralisme, de Robert Leroux (Hermann, 2008) : très érudit mais insuffisamment critique sur la « scientificité » de Bastiat ; n’aurait-on échappé au « socialisme scientifique » que pour succomber à un aussi douteux libéralisme « scientifique » ?
° Tocqueville, de Lucien Jaume (Fayard, 2008) : l’auteur souligne heureusement les ambiguïtés tocqueviliennes au sujet de la « logique du collectif » ainsi que l’approche plus aristocratique que démocratique de l’auteur des Démocratie en Amérique…
° Liberté et paternalisme chez John Stuart Mill, de Ridha Chaïbi (L’Harmattan, 2008) : assez fouillé, très honnête sur la tension finale entre socialisme et laissez-faire (enfin quelqu’un qui connaît le français et écrit correctement « laisseZ-faire », ça change des Canto-Sperber et Audier !) ; seul très léger regret : l’omission du  si éclairant John Stuart Mill and Harriet Taylor de Hayek dans les sources bibliographiques.
	Du côté des « Autrichiens », beaucoup d’actualité aussi :
° Carl Menger entre Aristote et Hayek – Aux sources de l’économie moderne, de Gilles Campagnolo (CNRS Editions, 2008) : une belle érudition qui comble une énorme béance éditoriale, fort sévère pour les « néo-Autrichiens » de l’ « école austro-américaine » contemporaine ; l’auteur prépare une traduction française des ouvrages majeurs de Menger : enfin !
° L’Ecole autrichienne – Marché et créativité entrepreneuriale, de Jesus Huerta de Soto (Institut Charles Coquelin, 2008) : très accueillant, lui, aux « Austro-américains » (Rothbard) mais quel règlement de comptes avec l’Ecole de Chicago et les néo-classiques ! Indispensable pour véritablement comprendre ce qu’est le subjectivisme « autrichien ».
° L‘homme, l’économie et l’Etat, de Murray Rothbard (Institut Charles Coquelin, 2007) : un classique, dont paraissent déjà les tomes I et II. 




	Dernières nouvelles éditoriales
° C’est le Spencer – Un évolutionniste contre l’étatisme d’Yvan Blot (Les Belles lettres, 2007) qui a obtenu le Prix du livre libéral 2007 décerné le 24 avril 2008 par l’ALEPS.
° SCOOPS : deux projets de poids pour remettre les idées en place au sujet du libéralisme sont en cours de réalisation
	+ un Dictionnaire du libéralisme préparé par Mathieu Laine (et multiples contributeurs) pour les Editions Larousse, à paraître à la rentrée 2009
	+  une Anthologie de la pensée libérale préparée par Alain Laurent et Vincent Valentin (avec le concours de quelques amis) pour la collection « Bouquins » chez les Editions Robert Laffont, à paraître au début de 2010

							Alain Laurent

	NB. José Luis Goyena et Alain Laurent vous donnent maintenant rendez-vous dans quelques mois pour un n° 6 du Nouvel 1dividualiste spécial Ayn Rand…  
           
http://livepage.apple.com/shapeimage_2_link_0