Un bilan, un avenir
Un bilan, un avenir
Les Législatives viennent tout juste de se terminer. La “vague bleue” n’a pas eue lieu comme prévue. Bien sûr, l’UMP a une majorité confortable, Nicolas Sarkozy va pouvoir entamer ses “réformes”. Bonnes ou mauvaises, les promesses de campagne passeront comme une lettre à la poste. Avec plus de 200 députés, le PS pourra protester, se faire entendre, et donc s’opposer aux réformes les plus impopulaires. Jusque là, rien de bien nouveau dans cette Cinquième République.
Ce qui a été nouveau, c’est l’inversion - très nette - de la tendance entre les deux tours de l’élection. C’est à se demander si, avec une semaine de plus, l’UMP n’aurait pas perdu sa majorité. À droite, les militants et dirigeants locaux tentent de comprendre comment les choses ont pu basculer en si pu de temps. Jean-Louis Borloo est pointé du doigt : son “aveu” sur la TVA sociale, coincé par un Laurent Fabius au sommet de son art, aurait fait basculer de nombreux électeurs. Car, derrière cette augmentation de la TVA, l’ancien Premier Ministre a pointé du doigt l’incohérence du discours de Sarkozy : “tout vouloir faire pour le pouvoir d’achat” impose le contraire d’une augmentation de la TVA. Avec un minimum de connaissance économique, on sait que se sont les plus démunis qui ont la plus forte propension à consommer. Certainement pas ceux qui paient l’Impôt Sur la Fortune. Quand on voit le poids de la TVA sur le prix d’un ordinateur, on comprend vite que l’écart de prix gène plus ceux qui ont le porte-feuille restreint que ceux qui l’ont trop plein. Favoriser les seconds (baisse de l’impôt sur le revenu et barrière fiscale, déduction d’emprunt) en faisant payer les premiers (par le biais de la TVA et des franchises médicales) ne revient pas à favoriser la consommation, mais plutôt à la freiner. Au mieux, elle ne bougera pas d’un hiatus.
En pointant cette incohérence, Laurent Fabius a démontré à ses détracteurs qu’il aurait été un bon candidat à la présidentielle. Car Ségolène n’a jamais réussi à piéger Nicolas Sarkozy. Si la TVA sociale n’était pas encore sur le feu, les franchises médicales étaient bien inscrites dans le programme du candidat de l’UMP. Dès lors, pourquoi ne pas mettre ceci en avant lors du débat ? Pourquoi nous sortir une “colère saine” plutôt qu’une franchise médicale anti-sociale ? Pourquoi ne pas demander des précisions sur le contrat de travail unique plutôt que de s’enfermer dans une agression stérile du candidat opposé ? Pourquoi poser une question dont on ne connaît pas la réponse (la part du nucléaire dans la consommation française d’électricité) plutôt que de mettre en avant le côté anti-social du programme du candidat de la droite ?
Pourquoi ? Cette fois-ci, on ne peut pas se cacher derrière le “talent de Sarkozy” puisque les questions portent sur des actions de Ségolène et ce qu’elle aurait pu ou dû faire. L’exemple de Laurent Fabius nous offre la réponse : l’expérience. En effet, si Sarkozy n’est pas un homme politique aguerrit, son adversaire l’était encore moins. Manque de préparation, manque de pratique, peur du débat : l’inexpérience a tranché les Présidentielles. L’expérience a sauvé les meubles des Législatives. Dans cinq ans, les dernières personnes d’expériences de gauche arriveront à la fin de leur carrière. Il faudra compter sur elles pour l’emporter. Propulser une nouvelle fois un “bleu en campagne nationale” sera fatal. Les “jeunes lions” (expression inventée par Montebourg pour évoquer sa génération) devront se contenter d’être ministre. S’ils ne l’acceptent pas, Nicolas Sarkozy a de beaux jours devant lui, l’Élysée restera bleu encore cinq ou dix ans. Voire plus. La gauche devra espérer sur l’émergence d’un homme-providence ultra charismatique, ou sur une division de la droite (lorsque le Tout Puissant NS partira) pour connaître à nouveau le pouvoir. D’ici là, la France ressemblera aux États-Unis...
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jeudi 21 juin 2007