Mon choix pour les Présidentielles 2007
Mon choix pour les Présidentielles 2007
Nous sommes désormais à un mois, jour pour jour, du premier tour de l’élection présidentielle. Un mois, c’est long, mais les opinions sont déjà faites pour certains d’entre nous. D’autres doutes encore. Et ils ont raison : le choc de 2002 requiert - d’apparence - un vote utile. Pourquoi voter pour un Besancenot ou un De Villiers ? Ils n’ont aucune chance.
Pourtant, cette élection est bien différente. En 2002, nous avions tous envie de voir Lionel Jospin au second tour contre Jacques Chirac, et les voir se départager. Leur envoyer un message d’avertissement “doit faire mieux”, oui. En éliminer un des deux en faveur de Le Pen, non ! En 2007, les choses ont changé : nous sommes nombreux à ne pas vouloir de Ségolène Royal ou de Nicolas Sarkozy, tout deux émissaires d’une américanisation de la politique ne s’attachant qu’aux sondages et autres enquêtes d’opinions. Annoncé de trop longue date, le duel paraît lisse tant il s’annonce consensuel. Tout cela manque de conviction profonde. Laurent Fabius l’avait dit : ce n’est pas Dieu BVA ou dame Sofres qui doivent décider pour le peuple français. Un Jaurès ou un Blum ne plaisait pas à tous et s’en moquaient. Dans la politique comme dans l’art, ce n’est pas la consensualité qui fait l’histoire, ce n’est pas le fade qui marque les esprits. Pas plus que les stéréotypes : l’extrême gauche n’est plus que l’ombre d’elle-même, embourbée dans ses débats internes dont personne ne se soucie et encadrée par des leaders qui ne pensent qu’au score qu’il réaliseront afin de négocier leurs électeurs pour le second tour comme l’on négocie un kilo de pomme de terre.
Jean-Marie Le Pen et Philippe De Villiers sont dangereux. Surtout le premier. Le 12 mars, il était interrogé par PPDA à 20h. Je l’ai écouté. Et sa nouvelle façon de parler, sa mue en candidat respectable, fait peur tant il réussit à être crédible. Bien entendu, le premier analyste politique en herbe relèvera la distance qu’il y a entre ses discours devant les militants FN et ses interviews en presse nationale. Mais tout néophyte se sentirait perdu entre ce qu’il a entendu dire sur Le Pen (= racisme) et ce qu’il entend en direct. Alors, avant d’exprimer mon choix personnel pour cette présidentielle, je voudrais vous inviter à vous battre contre cette eau empoisonnée qui dort. Il ne s’agit pas de diaboliser le Front National, mais uniquement de le prendre pour ce qu’il est : un parti d’extrême droite qui a une histoire négationiste et raciste. Son président a encore déclaré aujourd’hui : “Je n’ai pas changé dans mes convictions”... On aurait aimé.
Il est l’heure de vous révéler maintenant mon choix. L’hésitation fut longue, mon explication risque de l’être également. Je vais tout de même tenter d’être clair et concis. Je voterais soit pour José Bové, soit pour François Bayrou. Je n’arbitrerais pas, je n’exprimerais pas mon choix définitif jusqu’à ce que je sois personnellement dans l’urne, car j’hésiterais moi-même jusqu’au dernier instant. Je vais tout de même expliquer le pourquoi de ces deux préférences.
- François Bayrou est un homme de droite. Longtemps, j’ai faillit pencher en sa faveur car il représentait un positionnement qui aurait bousculé la gauche comme la droite. Son programme est beaucoup tourné sur l’enseignement, l’une des conditions principales de l’avenir, où se fonde l’humanité de chacun. Et il a ses chances pour passer le premier tour et gagner l’élection présidentielle. Seulement voilà : à regarder de plus près son programme, l’on s’aperçoit qu’il est tout de même marqué très à droite. Le symbole en est la réduction de l’ISF, qui serait réduit à néant (ou tout comme) !!!! Mais ce n’est pas le seul point qui pose problème. Les restrictions budgétaires qu’il prévoit ralentiront la croissance. Enfin, l’ultra libéral Alain Madelin l’a conseillé pour son programme ! Autant dire qu’il y a danger. Cependant, reste que s’il applique toutes les propositions sociales qu’il promet aujourd’hui, il sera plus à gauche qu’une Ségolène Royal (cette dernière n’appliquera pas le quart de ses propositions sociales pour lesquelles elle reste d’ailleurs très floue dans les délais d’applications par exemple). Les propositions qu’il fait pour changer l’enseignement (sans le réformer une Xème fois) sont également nouvelles. On sent qu’il croit au pouvoir de l’amélioration de l’homme par l’éducation et son programme donne la part belle à cette valeur fondamentale porteuse d’espoir. Enfin, son idée de gouvernement d’union nationale peut être utile dans un contexte politique où la réforme constitutionnelle devient urgente. Voter Bayrou non pas pour lui donner le pouvoir, mais pour changer le pouvoir.
- José Bové est, lui, un véritable homme de gauche, représentatif du courant altermondialiste dans lequel nombreux d’entre nous, hommes et femmes de gauche sans parti, nous reconnaissons. Heureusement d’ailleurs, il sera de la partie pour représenter cette tendance (après une bataille difficile pour les parrainages lors de laquelle des intellectuels et artistes comme Juliette Binoche et Robert Guédigian sont intervenus). Revalorisations des salaires et des minima sociaux, pas de retraite en dessous du SMIC, CDI comme contrat d’embauche unique, une croissance intelligente et utile afin de préserver l’environnement, une revalorisation des services publics et l’arrêt de leur privatisation (La Poste pour bientôt si rien n’est fait), 1 % du PIB consacré à la culture, 7 % pour l’éducation, garantir l’indépendance des médias, réforme constitutionnelle pour une VIème République. J’en passe et des meilleures. Sur le site Internet de sa campagne, vous pourrez trouver l’ensemble des propositions ainsi que les financements prévus. Non, José Bové n’est pas seulement un out-sider qui encombre le débat (comme j’ai pu l’entendre) : c’est surtout quelqu’un qui est porteur d’une conception du monde, et qui est entouré d’une véritable ferveur populaire. Sa campagne est réalisée par des collectifs, des associations, des intellectuels vraiment de gauche, tous engagés pour défendre leurs idées, et non pour le seul objectif du pouvoir ! La chose la plus triste dans cette élection est que ceux qui feront les plus gros scores sont ceux qui se présentent uniquement par soif de pouvoir. Les Français sont-ils tous borgne ? Je veux croire que non, je veux croire que nous seront tous capable, ensemble, d’oser voter pour nos idées. Et de le pouvoir, sans avoir la menace de se retrouver au second tour seul, avec deux candidats qui sont ceux des médias (Sarkozy/Royal) ou de l’extrémisme (LePen).
Au jour d’aujourd’hui, je ne sais pas encore pour qui voter au premier tour. Si j’avais la certitude de pouvoir voter en faveur de François Bayrou lors du second (afin de ne pas avoir à choisir entre Ségolène la Démago et Sarko le Jojo), je choisirais sans hésiter José Bové, dont les idéaux sont plus conformes aux miens, les valeurs qu’il défend plus généreuses et progressistes. Mais nous n’en savons rien. Et même si demain les sondages donnent François Bayrou assuré de second tour, le risque sera que de nombreuses personnes raisonnent comme nous et attendent ce fameux second tour afin de voter en sa faveur. Et donc de le voir éliminer.
Parce que je ne veux pas avoir à choisir entre Ségolène et Nico, parce que je ne veux pas non plus choisir entre stratégie et idéaux, je ne rendrais pas d’arbitrage entre ces deux candidats, et j’hésiterai moi-même jusqu’à l’isoloir. Cependant, j’invite tous ceux qui m’ont toujours fait confiance à choisir entre ces deux candidats pour porter nos idées et nos valeurs dans les plus hautes instances de la République. Deux choix, deux options valables et sincères qui, bien qu’elles ne soient pas en accord, portent toutes deux en elles des propositions originales et indépendantes des systèmes de partis (altermondialisme ou gouvernement d’union nationale). Ce choix, mon choix, notre choix, est réfléchi. Il fait preuve d’une volonté d’indépendance de l’esprit face à des médias qui cherchent à nous imposer le duel Sarko-Ségo depuis plus d’un an. Prouvons et défendons notre libre-arbitre ! Après tout, nous l’avons déjà fait lors du référendum européen. La leçon ne leur a pas suffit : au lieu de nous informer, les médias continuent de vouloir décider à notre place.
Bové-Bayrou : le choix de la sincérité, de l’indépendance et de l’intelligence.
Qui des Douze ?
jeudi 22 mars 2007