Le film est sombre et violent, très réussi, visuellement superbe.
Dans l’après seconde guerre mondiale, dans les bidonvilles d’Osaka, les personnages, corps fiévreux, se débattent, gesticulent, et s’accrochent tant bien que mal à leur place parmi les “zonards”. La montée dramatique - insultes, affrontements, meurtres, viols - prépare à la fin : des corps sont broyés par le chemin de fer dont les arches de béton surplombent et écrasent le miséreux et crasseux bidonville ; certaines cabanes de bois aux fenêtres de papier partent dans les flammes, sous la furie destructrice de ces gens usés, battus par la vie qui se mentent et se volent sans vergogne.
— le monde industriel :
La photographie, en couleur, magnifique, fait ressortir les tonalités bleus, métalliques et foncées des entrepôts et des usines en une qualité graphique exceptionnelle, presque en deux dimensions sur l’arrière plan de l’écran : un plan magnifique sur le réseau de fermes d’un entrepôt sans vêture occupe tout l’espace de l’écran , des plans répétés montrent un coucher de soleil derrière des cheminées d’usine et cristallisent la peur d’un personnage sur le devenir de ce Japon sous tutelle américaine, le nécessaire retour à l’Empire et la guerre imminente contre les Soviets. Le monde industriel, à l’arrière plan, est inaccessible aux personnages qui se trouvent sans-emplois socialement corrects et vivent de la prostitution, du vol, du trafic de sang qu’ils collectent auprès de chômeurs, ou d’ouvriers sous-payés “racolés” à la sortie des usines.
— les bidonvilles :
Dans le monde intérieur des bidonvilles, les visages, filmés souvent de très près, perlés de sueur, exhalent la vie elle-même donnée sans concession, dans le seul but de survivre, et de survivre aux autres s’il le faut.
Les vues sur les rues des bidonvilles où brocanteurs et chiffonniers errent et où les truands se poursuivent confinent au documentaire : pour le moindre sou, on s’acquitte de tâches répugnantes ; sans morale aucune que la seule volonté de survivre, dans l’impossibilité de s’échapper du gang, on tue, viole, prostitue.
L’espace intérieur est, quant à lui, réservé à une sorte de vie sociale et familiale : le partage autour d’un repas de riz et d’alcool tient lieu d’échanges verbaux souvent violents. Les couleurs de cet entassement horizontal de cabanes de bois sont beaucoup plus chaudes (des bruns, des jaunes), surtout à l’intérieur des cabanes, jusqu’à brûler littéralement la pellicule dans la scène finale.
— le viaduc de chemin de fer
Le viaduc de chemin de fer coupe et surplombe les bidonvilles, en passant très haut au dessus, dans le ciel. Il s’agit quasiment d’une abstraction car on n’entend jamais le train passer jusqu’à la scène où Kateshi (il y a quelque chose d’un James Dean chez Isao Saski interprétant Kateshi, adolescent perdu, ne sachant incarner un destin individuel) et Shin, le leader du gang, se battent et se font écraser.
— le centre-ville
On voit également des rues dans la ville d’Osaka de nuit, ce qui permet de situer ces bidonvilles à proximité d’un centre riche, et de montrer la structure des gangs dont un grand patron est aperçu dès le début du film.
La tombe du Soleil (L’enterrement du Soleil), Nagisa Oshima, 1960, Japon
dimanche 25 novembre 2007
Taiyo no hakaba
Réalisation
Nagisa Oshima
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Scénario
Toshirô Ishido
Nagisa Oshima
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Photographie
Takashi Kawamata
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Acteurs
Masahiko Tsugawa
Kayoko Honoo
Isao Sasaki
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Musique
Riichiro Manabe
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Genre
Drame
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Date
1960
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Durée
87 ‘
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Pays
Japon
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Couleur
Couleur
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