Nous sommes partis le 21 septembre de Lisbonne, direction Porto Santo. Après avoir descendu tout le Portugal au moteur, nous avons été cueillis par un bon force 7 en sortant du Tage alors que nous pensions n’avoir qu’un petit force 5... La faute aux effets thermiques de la côte qui n’étaient pas prévus par les fichiers météo!
Du coup, le début du trajet a été assez mouvementé, humide et stressant! Et comme souvent, c’est à ce moment que nous avons perdu une pièce de notre régulateur d’allure (la pale immergée) et que le pilote a donné quelques signes de faiblesse... Inquiétant lorsqu’il reste 450 miles à faire sans pilote! Heureusement le pilote est revenu à lui après quelques tripotages et il n’a pratiquement pas laché la barre jusqu’à l’arrivée!
Cette étape nous a permis de profiter de l’effet “machine à laver”, Bellegaff étant ballotté par moments dans tous les sens, la mer venant parfois d’une autre direction que le vent... Et dans ces moments, le voyage prend une grosse dimension mentale, il faut tenir, assumer aussi son choix et ce mode de transport bien peu confortable!
Heureusement la mer s’est calmée le deuxième jour et à part quelques moments chauds sur la fin, les conditions ont tout de même été assez agréables (c’est le capitaine qui parle...).
Cette traversée nous a réservé quelques bonnes surprise : après avoir rapidement perdu de vue le voilier avec lequel nous étions parti, nous l’avons retrouvé 48h plus tard en plein océan! Quel bonheur de se parler par la VHF, prendre des nouvelles, savoir qu’eux aussi en ont bavé même si leur bateau pèse deux fois le nôtre!! Et la troisième nuit, à 5h du matin, Cat sur le pont et le capitaine au dodo, la VHF se met à fonctionner, un cargo nous appelle!! “This is motor vessel Manfred Durantd, i’m calling the sailing ship position 33°00N / 18°00W, do you copy?” Branle bas de combat sur Bellegaff, on nous attaque??!! Ouf non, pas de route de collision, juste un énorme porte conteneur tout proche de nous qui voulait taper la discut!! Des moments comme ça, ça a l’air de rien pour des terriens mais quand on est au large, ça fait vraiment chaud au coeur, même à 5h du mat!!
Nous sommes arrivés fourbus à Porto Santo mais vraiment heureux de toucher terre! En discutant avec les autres équipages, notamment les jeunes, on se rend compte que l’on trouve tous que ces traversées sont plus difficiles que l’on pensait! Certains vont même passer l’hivers au Canaries sans aller jusqu’aux antilles! On vous rassure, on continue mais il y a une grosse négociation qui commence pour la traversée retour!
Notre escale à Porto Santo a duré trois jours. C’est une île relativement petite, aride et complètement pelée! Mais le petit truc en plus, c’est une plage de huit kilomètres de long, une plage de sable fin, une plage s’étalant au bord d’une mer calme au possible, le rêve! Et en plus, chose qui ne nous était pas arrivée depuis le départ, l’eau est à 23°C!! C’est pas beautiful ça??
Nous avons également sacrifié à l’attraction touristique de l’île : le tour de Porto Santo en bus décapotable! On peut dire maintenant qu’on “a fait” Porto Santo, tellement ce mode de visite est expéditif! Et on s’est vraiment sentis jeunes pendant le trajet (en ajoutant nos âges ont devait atteindre la moyenne d’âge des passagers...)!
Nous avons également eu la surprise de retrouver un couple qui avait participé à notre formation médicale, il y a 3 mois, à Paris! Il s’étaient enchaînés 8 jours de navigation depuis Valence en Espagne, dans des conditions parfois “rock’n roll”...! On les a malheureusement laissé à Porto Santo mais on est sûr qu’on les retrouvera plus tard, au hasard des mouillages!
On commence d’ailleurs à se faire un petit réseau avec les autres bateaux de voyage qui réalisent pour l’instant le même parcours que nous jusqu’au Cap Vert (ensuite, certains descendront vers le Brésil, d’autre continueront vers Panama et d’autres enfin rentreront en Europe!...). On trouve une sorte de communauté, il est très facile d’entrer en contact avec les gens de quelque nationalité qu’il soient, on bavarde sur les quais, on échange les bons plans, les météo... Bref, on retrouve les rapports humains qui nous manquaient tellement au début du voyage!