No licence to play
 
Il aura fallu des dizaines d’heures, à constituer le dossier de renouvellement de notre licence d’entrepreneur de spectacles, obtenue sans peine en 2003, périmée depuis 2006. D’innombrables photocopies, coups de fil, courriers, à l’Urssaf, aux Congés Spectacles, au Garp, à la SACD... Des semaines à attendre, à espérer une réponse positive. Et la réponse enfin. Négative.
 
Refus : pour non régularité de la compagnie vis-à-vis des organismes sociaux. Concrètement ça veut dire qu’on n’a pas le droit de faire ce qu’on fait : du théâtre amateur. La compagnie est tout à fait en règle s’agissant de la rémunération des professionnels avec qui elle travaille (musicien, éclairagiste...). Mais nous z’autres, les d’ADA de base, qui avons tous un métier par ailleurs, et qui jouons en amateurs, c’est-à-dire bénévolement, sommes hors-la-loi. Ce que nous faisons, c’est du travail clandestin, de la concurrence déloyale aux professionnels, une activité commerciale illicite - puisqu’il y a une recette, via la billetterie. Le fait que cette recette soit entièrement consommée par la rémunération des professionnels, comme ce fut le cas pour Domino, n’entre pas en ligne de compte. Nous devons obligatoirement être TOUS rémunérés pour avoir le droit de jouer dans des théâtres à entrée payante. Dont acte.
 
La solution est simple, et nous aurions dû y songer plus tôt : nous allons nous payer nous-mêmes. Alimenter mois après mois, avec nos petits sous à nous, issus de nos vrais métiers, le compte de la compagnie, pour pouvoir nous verser des salaires au moment des représentations. Evidemment, l’opération a un coût, assez considérable : nous devons sortir le coût global du salaire, charges et traitement comptable compris. A l’arrivée, nous récupérons le salaire net. En gros, pour six dates, nous allons sortir chacun 600 euros, et nous récupérerons chacuns 300 euros sous forme de cachet. Nous aurons donc dépensé chacun 300 euros, pour avoir le droit de jouer.
 
Au passage nous alimentons les caisses sociales du spectacle vivant, et c’est très bien : au moins l’argent que nous dépensons servira-t-il des intérêts auxquels nous sommes sensibles. Mais on ne peut s’empêcher de méditer avec une certaine inquiétude à l’absurdité de la situation faite aux amateurs : cette “catégorie” est en train d’être tout bonnement frappée d’interdit (ah non, me précise-t-on : vous avez le droit de jouer dans le cercle familial et amical, du moment que vous ne faites pas payer l’entrée. En gros, entre le canapé et la table basse du salon, j’ai le droit d’amuser ma petite tribu : merci, la DRAC, merci. C’est trop. Chaque soir, tandis que mon ptit gars déguste sa purée courgettes pommes de terre en ouvrant un oeil assez ébloui sur les chorégraphies bobfossy que j’interprète sur le parquet glissant, je me réjouis de savoir que j’en ai le droit, et que nul ne pourra jamais m’interdire d’expérimenter dans les mêmes conditions une version ultra-contemporaine du lac des cygnes. Ouf).
 
 
 
No licence to play
mardi 23 décembre 2008