Au lendemain de la victoire électorale de l’actuelle majorité, tel politicien triomphant a dit à telle autre, amère en son camp de défaite : 

« Allons, soyez beaux joueurs »

Il fallait encore sourire, et se réjouir d’être minoritaire et d’être défait ? Et bien prenons-le au mot. 

Soyons beaux joueurs, c’est-à-dire beaux : à défaut des joies du pouvoir et de la victoire, vautrons-nous dans celles de la beauté - beauté du chant, de la musique, du fard et du costume, beauté de la scène en somme. 

Et soyons joueurs surtout : jouant nos vies, riant de nous et de ce qui se joue de nous. Le jeu serait encore la (seule ?) réponse possible pour gagner quand même quand on a (tout ?) perdu. 












Soyons beaux joueurs, donc : dignes et debout, malgré les vents mauvais qui portent haut tout ce que nous tenons pour bas, tout bas ; soyons grands, même, juchés sur nos talons de fête qui nous font moins petits sous les lumières du cabaret. Le cabaret c’est pour nous le lieu de la résistance fantasque. 



On se souvient de Broadway, 1966. On se souvient de Bob Fosse, 1972. Deux chefs d’œuvre, une seule filiation, un lieu unique : le Kit Kat Club, chambre d’écho du chaos, repaire des saltimbanques – les défaits, les déviants, qui ne se taisent pas quand s ‘élèvent les cris, qui chantent parmi le bruit des bottes et disent en rimant un peu de la bête immonde qui va toujours croissant. 

Certes nous ne sommes pas dans l’Allemagne des années 30, et les rafles d’aujourd’hui ne sont pas des allers simples pour l’extermination.

Ici c’est la France des années 2000, qui se lève tôt pour travailler toujours plus...













Les bottes battant les quais de gare ou de métro sont celles des Forces de l’Ordre, et le brassard à leur uniforme nous promet la Sécurité. Mais il est permis de dire qu’on n’y sent ni vraiment l’ordre (le juste), ni la sécurité (pour tous), que ces promesses nous font souvent frémir d’effroi et vibrer du désir de faire entendre une autre chanson…

Le Cabaret Beau Joueur ce serait donc ça : un petit repaire de déviants que le monde comme il ne va pas a poussés là – dans une cave de HLM – pour répéter les prémisses d’un spectacle qui serait le spectacle d’une résistance, et la résistance du spectacle. 

L’histoire

Sous l’ampoule nue de la cave, il y a Juliette, maîtresse de cérémonie : une fois sa journée de cours terminée, et ses copies à corriger remisées dans un coin, elle troque ses coups de gueule de prof contre les coups de gueule du metteur en scène. Autour d’elle, d’autres théâtreux du soir :  Katia, la géorgienne, venue sauver sa peau, étudier le français et l’art de tomber amoureuse ; Matthieu, chômeur chronique polyglotte, ratant avec constance ses entretiens d’embauche en dépit de son vieux rêve de devenir un winner du commerce international ; et puis Toine le flic, pas forcément à sa place dans la communauté virile des commissariats...












Ces quatre trentenaires-là ne songent qu’à s’évader un peu de leurs vies diurnes dans l’ivresse du spectacle, quitte à en éprouver aussi les petites misères et les grandes gueules de bois. 
Quand Coline Samsa, une chargée de com à l’enthousiasme revigorant, s’intéresse à leurs bricolages et leur promet la gloire, ils ne sont pas loin de se laisser griser… au risque d’y laisser pas mal de leurs idéaux : il leur faudra décider s’ils veulent être de ce monde – celui de la victoire, de la réussite : le camp des « triomphants » – et à quel prix surtout. Et puis les forces du réel reviendront mettre de l’Ordre – c’est-à-dire du désordre – dans ces vies qui avaient cru pouvoir leur échapper. 


Le genre « cabaret »

En nous inscrivant dans le genre du Cabaret ce n’est pas le divertissement pseudo-érotique que nous retenons : point de porte-jarretelles et d’éventails à  plumes dans notre projet. 

C’est, nous l’avons dit, la dimension politique, brechtienne, qui nous intéresse. 

C’est aussi le genre de la comédie musicale : les passages dialogués alternent avec les chansons, interprétées avec l’appui de musiciens présents dans l’environnement immédiat du plateau. Ce que nous en retenons c’est aussi le dispositif du cabaret-théâtre tel qu’il s’est répandu dans le Paris de l’immédiat après-guerre : un dispositif se déployant dans de petites salles où public et comédiens se touchaient presque. Les spectateurs y sont attablés, peuvent prendre des consommations pendant les entractes.  Les d’ADA répètent...

Le CABARET BEAU JOUEUR
  1.  
  2. Création en cours
  3. Texte :
  4. Judith Bernard
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  6. Songs :
  7. Judith Bernard & Lucile Brandi
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  9. Arrangements :
  10. Piano : Juliette Taffin
  11. Accordéon : Lucie Taffin
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  13. Mise en scène :
  14. Judith Bernard
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  16. Assistée de :
  17. Karine Salnikoff
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  19. Avec :
  20. Judith Bernard
  21. Lucile Brandi
  22. Sophie Fermigier
  23. Antoine Lachand
  24. David Nazarenko
  25. Stéphane Vambre
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