Les Oiseaux des cimes

 




« Un oiseau s'est posé sur le sommet de la montagne. Puis il s'est envolé.
Qu'est-ce que la montagne a perdu ?
Qu'est-ce que la montagne a gagné ? »
Mawlânâ (maître soufi)






Dans les thuriféraies et oxycédraies, se rencontrent assez facilement plusieurs espèces aviaires, qui ne sont cependant pas toutes nécessairement caractéristiques de ces milieux : c'est le cas pour le Pic de Levaillant (Picus vaillantii), l'Alouette lulu (Lullula arborea), la Grive draine (Turdus viscivorus), le Merle noir (Turdus merula), le Rouge-queue de Moussier (Phoenicurus moussieri), la Mésange noire (Parus ater) et le Roitelet triple-bandeau (Regulus ignicapillus), tous sédentaires à ces hautes altitudes.  



Bien plus spécialisé est le Merle à plastron (Turdus torquatus), visiteur exclusivement hivernal, surtout dans le Haut Atlas, originaire des hautes montagnes d'Europe Occidentale, de Scandinavie et d'Écosse, qui se nourrit presque exclusivement à cette saison des graines de Genévriers, dont il participe d'ailleurs à la dissémination et, dans une certaine mesure, à la régénération. Deux espèces de Grives, également hivernantes venues d'Europe, sont souvent visibles dans les mêmes milieux : il s'agit de la Grive musicienne (Turdus philomelos) et de la Grive mauvis (Turdus iliacus). Typique aussi de ces zones montagneuses du Haut Atlas, la Fauvette de l'Atlas (Sylvia deserticola), endémique nord-africaine, surtout visiteuse d'été, qui se répand durant l'hiver vers le sud du pays, atteignant les confins sahariens, notamment la région du Tafilalt (Erg Chebbi par exemple).



 Dans les oxycédraies présteppiques les plus méridionales se rencontre un mélange curieux d'espèces paléarctiques et paléotropicales. Ainsi, aux côtés d'espèces endémiques nord-africaines, comme la Perdix gambra (Alectoris barbara), le Rouge-queue de Moussier (Phoenicurus moussieri) et la Fauvette de l'Atlas (Sylvia deserticola), nidifient aussi d'autres espèces méditerranéennes plutôt européennes, comme la Fauvette à tête noire (Sylvia atricapilla), la Fauvette mélanocéphale (Sylvia melanocephala) et le Traquet oreillard (Oenanthe hispanica), ainsi que d'autres espèces plus propres aux zones sahariennes, comme le Traquet du désert (Oenanthe deserti) et le Traquet à tête blanche (Oenanthe leucopyga).



 C’est dans les xérophytaies que quelques espèces atteignent leur limite altitudinale supérieure de distribution, comme : la Perdrix gambra (Alectoris barbara), l'Engoulevent d'Europe (Caprimulgus europaeus), le Pipit rousseline (Anthus campestris), la Fauvette à lunettes (Sylvia conspicillata), le Rouge-queue de Moussier (Phoenicurus moussieri), la Linotte mélodieuse (Acanthis cannabina) et le Bruant fou (Emberiza cia). Mais les espèces vraiment caractéristiques de ces formations végétales sont surtout l'Alouette hausse-col (Eremophila alpestris atlas), relicte européenne qui a trouvé refuge ici après le retrait de la dernière glaciation, le Traquet de Seebohm (Oenanthe oenanthe seebohmi) et le Roselin à ailes roses (Rhodopechys sanguinea).



 A la faveur des torrents ou asifs de haute montagne, remontent également à très haute altitude : le Troglodyte mignon (Troglodytes troglodytes), le Cincle plongeur (Cinclus cinclus minor) et la Bergeronnette des ruisseaux (Motacilla cinerea). En hiver ou de passage, ou peut encore y rencontrer la Bergeronnette grise (Motacilla alba), le Pipit farlouse (Anthus pratensis) et même le Chevalier guignette (Actitis hypoleucos).



 Dans les plus hauts éboulis rocheux, nidifient encore localement : le Monticole de roches (Monticola saxatilis), exclusivement visiteur d'été, le Rouge-queue noir (Phoenicurus ochruros gibraltariensis) et une autre relicte glaciaire européenne à l'instar de l'Alouette hausse-col, à savoir l'Accenteur alpin (Prunella modularis), que l'on peut rencontrer notamment à la station de sports d'hiver de l'Oukaïmeden. Dans cette même station, ainsi qu'à proximité ou même dans les autres douars de haute montagne, se reproduisent également : le Faucon crécerelle (Falco tinnunculus), la Chouette chevêche (Athene noctua), le Moineau soulcie (Petronia petronia), l'Hirondelle de fenêtre (Delichon urbica), et probablement l'Hirondelle rousseline (Hirundo daurica). 



 Autour des cimes élevées, notamment celles du Toubkal, volent souvent : le Martinet alpin (Tachymarptis melba), l'Hirondelle de rochers (Ptyonoprogne rupestris), le Crave à bec rouge (Pyrrhocorax pyrrhocorax), le Chocard à bec jaune (Pyrrhocorax graculus) et, bien plus rares, le Martinet de Cafrerie (Apus caffer), visiteur d'été très localisé nichant dans les vieux nids d'Hirondelles rousselines, ainsi que l'Aigle royal (Aquila chrysaetos) et le Gypaète barbu (Gypaetus barbatus), pratiquement disparu du Maroc et pour lequel un programme spécial de sauvegarde a été mis sur pied par le Club Alpin Français de Casablanca.


Michel Tarrier & Jean Delacre



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