Pourquoi ?

Depuis quelques années, je regarde les affiches autrement. Je guette leurs premiers signes de vieillissement, ce moment où quelque chose se passe. Ou s'en échappe.

Les enfants (mais pas seulement eux) voient dans les nuages des sculptures en pleine métamorphose, proches en cela des écrivains qui décrivent des mondes parallèles… Les affiches renferment une telle dimension.

Il faut un peu attendre. Resplendissantes de nouveauté, elles ne lâchent rien de leur secret. Mais, très vite, l'attraction initiale passée, elles entament un processus qui les transforme – et qui révèle leur véritable nature. Usures et déchirures peuvent enfin composer des figures qui nous sont à la fois étrangères et familières.

Le Continent éphémère rassemble ainsi les premiers témoignages photographiques de paysages et de créatures qui n'existent pas.

"Qui n'existent pas ?" Ces visions ne sont pas inventées, et elles sont indéniablement liées à notre monde. À chacun de nos mondes, d'ailleurs… Pour preuve, les paysages et créatures que vous verrez ne seront pas nécessairement ceux que j'ai cru photographier…


Comment ?

Tout d’abord, une précision. Ces images sont rigoureusement "authentiques" : ce sont de simples photos, non recadrées, sans trucage ni mise en scène.

Tout jeune, le peintre animalier Robert Hainard m’a impressionné par sa discipline : il ne dessinait que ce qu’il avait vu. Lui commandait-on un sujet, qu’il fallait attendre que le sujet se présente effectivement à ses yeux ! Je m’en suis souvenu à chaque prise de vues : non seulement je n’ai rien touché ni arrangé, mais lorsque quelqu’un le faisait en ma présence, je m’écartais aussitôt… Mon intervention est celle d’un paysagiste : je bouge dans le décor, je choisis l’angle, la focale, l’instant, mais je reste neutre.


Où ?

Le métro est un lieu privilégié : il y a tant d’affiches, partout… L’éclairage est diffus, ce qui limite les reflets, mais de sources variées, ce qui rend difficile le respect des couleurs. J’ai plusieurs fois essayé au Leica, avec différents films, sans bons résultats. Les reflex numériques permettent de modifier la “balance des blancs” pour retrouver les couleurs effectivement vues. Cet argument m’a définitivement convaincu. Une autre caractéristique aurait pu le faire aussi : la possibilité de changer de sensibilité à chaque vue. Une autre encore : ne pas changer de film toutes les 36 poses !


Quoi ?

Je ne photographie rien de volontaire, voilà mon idée fixe. Les griffonnages ne m’intéressent pas en soi. Certains affichistes font des effets, que j’évite tout autant. Ce qui me plaît, c’est l’altération — quand l’affiche originale et sa dégradation (accidentelle ou non) composent ensemble cet autre chose.






 
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