« Ethnomusicologie » : le mot n’est pas très harmonieux... Pourtant, il désigne une discipline des sciences humaines dont il conviendrait d’admirer d’abord l’irrésistible poésie : partir sur les routes, pour chercher “le lieu et la formule”. “Le lieu”, un pays, arrière-pays, paysage, habité par les détenteurs de “la formule”, chant, rythme, ritournelle. C’est aussi simple que cela. Le mouvement premier est celui d’un appel, le chercheur, ou celui qui le deviendra, est d’abord happé par une pure et absolue extériorité, saisi par l’inouï. Et même si la démarche analytique qui s’ensuit est la part la plus visible, et sans nul doute passionnante, du travail, elle est la trace objectivée d’un événement inénarrable, ou indéfiniment narré, celui d’une rencontre où les sujets, “l’un” et “l’autre”, sont traversés par quelque chose de non-subjectif : ce que nous nommons tantôt paysage, tantôt musique, est surtout le grand mouvement d’un devenir, où le chercheur est emporté en même temps que son “terrain”, — hommes et musique, là-même où ils vivent. C’est pourquoi “rythme” est un concept fondateur de ce travail, puisque son étymologie renvoie au flux du devenir. Le rythme est à la fois l’affirmation du devenir, et l’élément le plus autochtone des musiques qu’étudie l’ethnomusicologie, — que l’on pourra aussi bien désigner comme “géomusicologie”, pour sa relation constante à des territoires musicaux.
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