Interview Francophone
 
 
septembre 2006
 
 
IF : Votre discours dans le cadre du Congrès des cadres roumains en France cette année au Palais de Luxembourg concernant votre détermination pour développer votre carierre en France en étant fière de vos origines roumaines et centrafircaines, a touché la majorité des 300 étudiants présents qui vous ont applaudi, certains avec les larmes aux yeux. Qui etes vous Lea et quelle est l’histoire de votre parcours?
Yvette Lea CHEVALIER : Pour le comprendre il faut remonter le temps… Je  suis née en Roumanie dans la ville de Rimnicu-Vilcea, de mère roumaine et de père centrafricain. J’ai quitté la Roumanie en 1979 avec mon père pour aller vivre chez lui en République Centrafricaine. J’ai donc suivi mes études en français, car c’est notre langue officielle, héritage de la colonisation française. Après avoir obtenu mon baccalauréat en 1995, je suis allée à Dakar au Sénégal pour continuer mes études en sciences économiques. C’est dans ce pays que j’ai connu l’ambassadeur de la Roumanie qui m’a aidé à retrouver ma mère puisque n’ayant pas eu de ses nouvelles depuis 1979. Une fois le contact repris (après 17 longues années), j’ai tout plaqué notamment mes études pour la rejoindre en Roumanie. C’était en 1996, je ne connaissais même pas un mot roumain, j’ai donc passé une année à Rimnicu-Valcea pour apprendre le roumain qui me permet de communiquer. Après cette première année, je me suis installée à Bucarest pour tenter de continuer mes études. Pari difficile car il fallait consacrer une année à l’apprentissage du roumain (écrit). C’est pourquoi je me suis retrouvée en France pour non seulement continuer mes études, mais aussi pour me permettre d’être à mis chemin entre mes parents  (rires… pas tout à fait puisque Paris-Bucarest c’est 2h30 de vol alors qu’il faut 6h pour faire Paris-Bangui. Par contre,  de Bucarest à Bangui il faut passer par Paris, d’où le « mi-chemin »).
 
IF : Comment vous définissez vous-même?
Yvette Lea CHEVALIER : Difficile à faire, je pense en un mot, j’essais de mettre en pratique l’éducation que mon père m’a donné, c’est-à-dire mener le dure combat quotidien de la vie et surtout la prendre du bon côté. Rien n’est jamais acquis, tout se mérite, voilà ce qu’il m’a appris.
 
IF : Quelle expérience personnelle ou professionnelle vous a marqué le plus ?
Yvette Lea CHEVALIER : Se retrouver toute seule à Dakar loin de ma famille, de mes amis. Ce fut très marquant parce j’ai appris la « vraie vie » ou il faut assumer tout ce que je faisais. Je pense que c’est à cette époque que j’ai mûri mon sens de responsabilité ….
 
IF : Quelle est votre opinion sur le rôle des cadres bi-culturels dans le développement d’un pays et quel est votre conseil pour ceux qui ne trouvent pas leur « place » dans les pays d’adoption ?
Yvette Lea CHEVALIER : Les cadres bi-culturels ont un rôle déterminant dans le développement d’un pays. Non seulement ils ont un esprit ouvert, mais aussi ils apportent à leur pays d’origine un regard nouveau. Ils peuvent comparer pour un bon esprit de discernement et ils ont une vision beaucoup plus large. Je ne suis pas en train de minimiser le rôle des nationaux qui n’ont jamais quitté leur pays, bien au contraire, une nation a besoin de la contribution de tous pour pouvoir se développer, mais les bi-culturels peuvent apporter quelque chose de différent.  
Pour ceux qui ne trouvent pas leur « place » dans leur pays d’adoption, je n’ai pas de conseil particulier à leur donner. Je pense qu’il faut certes s’intégrer, se « fondre dans la masse » mais surtout en restant soit même. Ne jamais oublier d’où on vient, qui nous sommes cela nous permet d’avoir des repères et de savoir ou on va.
 
IF : Quelle est votre opinion sur le système de recrutement en France ? Mais en Roumanie ou aux Etats-Unis ? Quel serait votre conseil éventuel pour les cadres bi-culturels qui cherche en ce moment un travail en France?
Yvette Lea CHEVALIER : Tout d’abord il faut prendre en compte plusieurs aspects avant de porter un jugement de fond. Chaque pays, la France, les Etats-Unis ou même la Roumanie a ses propres problèmes notamment en matière de chômage. Un pays peut offrir du travail à des étrangers que s’il a un excédant et que la population locale ne parvient pas à répondre à cette demande, (on peut certes émettre des exceptions telles que si l’étranger apporte un plus par rapport à un ressortissant de ce pays…). C’est comme dans toute économie, la loi de l’offre et de la demande prime afin d’avoir un équilibre. Comment un pays producteur du pétrole (par exemple) peut-il exporter ce produit s’il n’arrive pas à faire face à sa demande locale ?  La France a des chômeurs et ce n’est pas un sujet nouveau. On se souvient tous de la crise des banlieux, de l’avortement du CPE etc. Donc, c’est tout à fait normal qu’un pays essaie d’apporter des solutions afin de trouver un équilibre.
Par contre, ce que je ne conçois pas, c’est pouvoir faire de la discrimination à l’intérieure même de sa population locale. Du moment que tout le monde possède la même nationalité, peu importe si on est noir, blanc, jaune ou autre, on ne doit pas faire de la discrimination. C’est pas parce qu’on habite le 16ème arrondissement de Paris ou Neuilly-Sur-Seine qu’on doit avoir plus de chance dans le processus de recrutement par rapport à celui qui habite Sarcelles  ou Aulnay-Sous-Bois. Je pense que c’est à ce niveau qu’il faut aller plus loin qu’un simple jugement de forme.
Pour revenir à un conseil pour les cadres bi-culturels roumains, je dirais qu’on a plus de chance chez nous qu’ailleurs. Pourquoi ? Parce qu’on s’est enrichi du point de vue intellectuel, qu’on a appris beaucoup de chose dans son pays d’adoption et qu’on est capable de porter un regard nouveau et critique sur ce qu’on envisage de faire. La Roumanie est un pays en pleine croissance et cela ne va pas s’arrêter du jour au lendemain, bien au contraire et j’y crois fermement. Les choses bougent à une vitesse hallucinante, alors qu’en France tout est saturé. D’autre part il reste beaucoup de chose à accomplir pour atteindre le niveau « occidental ». Certes on est bien tenté le plus souvent d’avoir une vision à court terme et cette vision se réduit au salaire minimum : en France il est de plus 1000 euro alors qu’en Roumanie il est de moins de 300 euro (pour ne pas caricaturer). C’est en grande partie cette comparaison qui prime dans nos choix. Je ne dis pas qu’il faut rentrer en Roumanie pour travailler gratuitement.  On vit pas que d’amour qu’on porte à son pays, mais nous avons plus d’opportunité chez nous et surtout beaucoup plus de possibilité d’évolution à longue terme qu’ailleurs. Je ne suis pas « Madame Soleil » pour prédire l’avenir, mais je crois à l’avenir de la Roumanie et je suis optimiste. La révolution française ne s’est pas faite en une journée, c’est une très longue histoire. La Chine non plus n’est pas devenue ce qu’elle est actuellement en une seule année. Il y’a de 30 ans, qu’est ce qu’on disait à propos des chinois ? Les pauvres communistes, les pauvres…, la même chose qu’on peut dire aujourd’hui sur nous les Roumains si on voit les choses de l’extérieur. Aujourd’hui ou en la Chine ? Devant la France et l’Angleterre sur le plan économique mondiale et peut être demain elle sera à la première place devant les Etats-Unis.  Si ces deux exemples ne nous suffisent pas à réfléchir sur le devenir de notre pays, personne ne peut le faire à notre place.
 
IF : Quelle est votre vision la plus optimiste sur le future de la Roumanie et sur le rôle des Roumains à l’étranger?
Yvette Lea CHEVALIER : Ma vision la plus optimiste sur le rôle des roumains à l’étranger ? Je dirais que les roumains ont beaucoup apporté à l’étranger, il est grand temps qu’ils apportent autant pour leur propre pays.
La vision réaliste et les barrières éventuelles sont certes des conditions adéquates ou nous pouvons tous travailler pour notre pays avec la même ténacité que nous le faisons ailleurs. Mais ces conditions adéquates que nous critiquons tous, la politique, la situation économique, la corruption etc. qui gangrène la Roumanie, il n’y a que nous qui pouvons en créer, personne ne le fera à notre place. Soyons déjà conscient de ce qu’on est, on ne choisi pas ses parents ni son pays, on l’acquiert d’office à la naissance, que pouvons nous faire d’autre que de l’accepter et d’aller de l’avant ?
 
IF : Il y a des personnes qui trouvent leur modèle de vie dans d’autres personnes, des personnalités disparues ou membres de la famille ou mêmes personnages de livres ou des films.. Quelles sont les personnes qui vous ont guidés dans vos choix ou que vous appréciez tout simplement ?
Yvette Lea CHEVALIER : Tout d’abord mon père. Il a toujours été un exemple pour moi et l’est toujours. Le fait qu’il s’est battu en Roumanie afin de me ramener avec lui en Afrique ou il m’a élevé tout seul, il m’a donné une éducation dont je suis fière aujourd’hui. Dans tous mes choix, je le mets toujours en avant afin de ne pas le décevoir. Si je prends ce chemin, serait-il fier de moi ou pas ? Rassurez vous c’est pas une obsession mais cela me permet de me remettre en question, de faire une autocritique.      
Comme personnalité, je porte une admiration pour Nelson Mandela qui s’est battu pour défendre ses valeurs, son opinion et il l’a fait jusqu’au bout sans baisser les bras et il en est récompensé aujourd’hui. Moralité, il faut toujours croire à ce qu’on fait et aller jusqu’au bout, ne jamais se lasser malgré les difficultés.
 
IF : Qu’est-ce que devriez-vous offrir votre job pour le qualifier comme idéal pour vous ?
Yvette Lea CHEVALIER : La possibilité de pouvoir voyager, d’aller vers les autres, de découvrir d’autres cultures….
 
IF : Qui sont les moments de votre vie que vous considérez les plus importantes et qui réussissent à vous définir le plus ?
Yvette Lea CHEVALIER : Les moments passés avec ma famille, ma grand-mère en Roumanie, mon père et mes frères en Centrafrique, mon mari à Paris…Les voyages, la Martinique chez mon mari, les pays africains (Centrafrique, Sénégal, Cameroun etc.), la Turquie, l’Espagne, l’Angleterre… ce sont des moments privilégiés de ma vie.
 
IF : Qui sont vos amis et qu’est-ce qu’il ont en commun ?
Yvette Lea CHEVALIER : Mes amis sont des gens simples qui aiment tout comme moi  la vie. Ce qu’ils ont en commun c’est l’honnêteté et le sens du partage.
 
IF : Quelles sont vos projets, ambitions pour les futurs 10 ans ?
Yvette Lea CHEVALIER : Mes projets et ambitions pour les futures 10 ans ? Faire des enfants (rires). C’est créer mon entreprise et beaucoup voyager, visiter plus de pays.
 
Fière d’etre roumaine!
PROFILE
Yvette Lea CHEVALIER
Directrice adjointe de l’Institut Culturel Roumain de Paris Professeur de vente l’Académie de Créteil
 
Preferences
 
Auteur / Livre :
Dan Brown, Da Vinci Code
 
Ville/ Région:
Paris
 
Publication :
Septembre 2004 aux éditions JC Lattés
 
Restaurant préféré:
Les restaurants japonais à Paris
 
Modèle de voiture:
Peugeot 207
 
Le gadget préféré:
LMon ordinateur portable
 
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