IF : Les cadres roumains à l¹étranger ont des histoires tellement différentes qu¹il est difficile de classer ou généraliser leurs expériences. Comment etes-vous ou votre famille arrivé en France, et quelle est « l¹histoire de votre début professionnel » ?
Pierre Moscovici : Je suis né en France, d'une mère d'origine polonaise et d'un père roumain arrivé en 1948 dans ce pays. Mes débuts professionnels sont à relier directement aux institutions éducatives que j'ai fréquentées (Ecole d'administration publique en France). Je suis magistrat à la Cour des comptes.
IF : Comment vous définissez vous-même?
Pierre Moscovici : Un homme dévoué au service public.
IF : Quelle expérience personnelle ou professionnelle vous a marqué le plus?
Pierre Moscovici : Ministre des Affaires européennes et membre de la Convention.
IF : Quelle est votre opinion sur le rôle des cadres biculturels dans le développement d¹un pays et quel est votre conseil pour ceux qui ne trouvent pas leur « place » dans les pays d¹adoption ?
Pierre Moscovici : Ils jouent un rôle de trait d'union et favorisent la compréhension entre les cadres de nationalités différentes. Ils améliorent la connaissance des problématiques politiques, économiques et sociales du pays d'origine et sont mieux à même de définir les opportunités de rapprochement politique ou d'investissements financiers dans ce pays.
En raison de particularités historiques, il est essentiel pour les cadres biculturels de passer par des institutions éducatives à fort pouvoir intégrateur, et de nouer des réseaux sociaux denses.
IF : Quelle est votre opinion sur le système de recrutement en France ? Mais en Roumanie ou aux Etats-Unis ? Quel serait votre conseil éventuel pour les cadres biculturels qui cherchent en ce moment un travail en France?
Pierre Moscovici : La procédure de recrutement en France est globalement équitable; la particularité du système réside surtout dans le fait qu'un très grand nombre d'offres d'emploi ne sont jamais publiées - les fameuses "offres cachées". D'où l'importance des réseaux sociaux.
IF : Quelle est votre vision la plus optimiste sur le futur de la Roumanie et sur le rôle des Roumains à l¹étranger ? Et quelle est la vision réaliste et les barrières éventuelles pour que la vision optimiste devienne une réalité ?
Pierre Moscovici : Rôle des roumains à l'étranger: cf. ma réponse à la question 3.
Reste pour la Roumanie à démontrer qu'elle est un pays dans lequel l'environnement politique et juridique des investissements est stable et certain, et qu'elle ne cherche pas à entamer une stratégie de compétition avec l'ouest en se fondant sur le moins-disant politique et social.
IF : Vous avez certainement été en contact avec des cadres biculturels en Europe. Quelle est votre opinion sur leur attitude, leur façon de vivre, de travailler et sur leurs ambitions en général ? Qui admirez vous pour sa réussite à l¹étranger et pourquoi ?
Pierre Moscovici : Ils parviennent souvent à intégrer les règles implicites et les codes de leur pays d'adoption, et savent s'en servir comme ressources dans leur carrière professionnelle. Ils doivent constamment faire preuve de flexibilité pour s'adapter à des conditions de vie nouvelles et réaliser des synthèses originales entre leur culture d'origine et la culture de leur pays d'accueil. Leurs ambitions ne diffèrent pas de celles des cadres nationaux.
IF : Quelle est l¹expérience personnelle qui vous a le plus marqué (positivement ou négativement) en France ou en Europe ?
Pierre Moscovici : Le retour des partis d'extrême droite, et notamment en France la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de l'élection présidentielle de 2002.
IF : Il y a des personnes qui trouvent leur modèle de vie chez d¹autres personnes, des personnalités disparues ou membres de leur famille ou mêmes des personnages de livres ou de films. Quelles sont les personnes qui vous ont guidé dans vos choix ou que vous appréciez tout simplement ?
Pierre Moscovici : J'ai travaillé 16 ans aux côtés de l'ancien Premier ministre Lionel Jospin, qui a été mon mentor en politique.
IF : Qu¹est-ce que votre job devrait vous offrir pour que vous puissiez le qualifier d¹idéal pour vous ?
Pierre Moscovici : L'idéal n'est pas de ce monde.
IF :Quels sont les moments de votre vie que vous considérez les plus importants et qui réussissent à vous définir le plus ?
Pierre Moscovici : Je pense toujours au lendemain.
IF : Qui sont vos amis et qu¹est-ce qu¹ils ont en commun ?
Pierre Moscovici : De vieux amis, qui partagent la fidélité.
IF : Quelles sont vos projets, ambitions pour les futurs dix ans ?
Pierre Moscovici : Retour à la politique nationale, au parlement ou dans un ministère.
IF : Quelle question manque ici pour connaître ce qui compte le plus pour vous ?
Pierre Moscovici : NA.