IF : Après votre discours aux Palais de Luxembourg cette année devant plus de 300 résidents roumains et leaders d’affaires présents à la troisième édition du Congrès des cadres roumains en France, on vous a rencontré dans plusieurs réunions des cadres roumains avec les leaders politiques présents à Paris et on parle de vos actions meme dans le contexte du Sommet de la Francophonie et dans les milieux des journalistes étrangèrs à Paris. Comment êtes-vous arrivée en France et quelle est vore motivation pour réussir votre projet professionnel?
Clara Grigore : La France a toujours constitué pour moi une destination prioritaire, d’un côté parce que depuis petite je côtoyais des personnes issues de milieux francophones et d’un autre côté parce que ma formation orientée plutôt vers l’international, m’a incité à la découvrir.
Ainsi, dans le cadre du programme Socrates-Erasmus, mon dossier a été retenu à la Sorbonne pour achever mes études supérieures démarrés à l’ASE de Bucarest et que j’ai terminé par un DESS en Commerce International.
Après une première expérience dans la Grande Distribution (Coca-Cola et Brasseries Kronenbourg), j’ai postulé pour un poste dans la banque, qui correspondait plus à ma formation. Ma candidature a été retenue par la Société Générale, afin de prendre en charge le marché des Roumains résidant en Europe de l’Ouest.
IF : Comment vous définissez vous-même? Qui est cette personne que vous connaissez depuis votre naissance et est-elle une personne accomplie au plan professionnel et personnel ? Pourquoi ?
Clara Grigore :Comme une personne qui ne regarde jamais en arrière et qui assume toujours ses décisions. Une fille têtue et ambitieuse, mais en recherche permanente de la perfection.
Je ne dirai rien d’original sur les personnes qui ont eu le plus d’influence sur moi en vous disant que ce sont mes parents qui ont constitué mes véritables points de repères autant au niveau professionnel que personnel. Pourtant, de nombreuses personnes ont su mettre leur empreinte sur ma personnalité et d’autres encore le font aujourd’hui, car je pense qu’on évolue constamment à la rencontre des autres.
IF : Quelle expérience personnelle ou professionnelle vous a marqué le plus ?
Clara Grigore : L’arrivée en France a représenté un vrai tournant dans ma vie personnelle et professionnelle.
J’ai découvert un Paris où les cultures du monde se rassemblent à travers leurs différents représentants. J’ai aperçu l’âme française, tellement différente et en même temps tellement proche de l’âme roumaine. J’ai appris à répondre aux exigences professionnelles de cette société. Et enfin, j’ai connu le grand amour.
IF : Quelle est votre opinion sur le rôle des cadres bi-culturels dans le développement d’un pays et quel est votre conseil pour ceux qui ne trouvent pas leur « place » dans les pays d’adoption ?
Clara Grigore : Un bi-national se définit, à mon avis, par deux caractéristiques essentielles : sa capacité de s’adapter à un environnement différent et sa farouche volonté de réussir .
Son rôle c’est de faire connaître sa propre culture tout en intégrant les traits de la culture d’adoption.
Aujourd’hui, je fais partie d’un programme ambitieux de recrutement de cadres bi-nationaux, la Société Générale ayant jugé que cette spécificité était particulièrement bénéfique pour l’entreprise.
On peut penser que cette politique vis-à-vis des bi-nationaux est menée dans d’autres entreprises en France. Les cadres roumains ont donc de nombreuses opportunités à saisir.. S’il y a une chose que j’ai appris des Français c’est « qu’il n’y a jamais des problèmes, mais toujours des solutions »
IF : Quelle est votre opinion sur le système de recrutement en France ? Mais en Roumanie ou aux Etats-unis ? Quel serait votre conseil éventuel pour les cadres bi-culturel qui cherche en ce moment un travail en France ou en Roumanie ?
Clara Grigore : Tout en étant des systèmes de recrutement différents au niveau des procédures, à mon avis le procédé français comme celui anglo-saxon ont le même but : trouver la bonne personne au bon moment pour répondre à un besoin donné.
En Roumanie, on ne peut pas parler d’un système de recrutement unique. Il est à mon sens déterminé par la culture propre à l’entreprise.
La BRD, par exemple, recherche en permanence de cadres dynamiques qui souhaitent intégrer un groupe en plein développement, nous l’avons bien vu lors des différentes éditions du Congrès des Cadres Roumains en France.
IF : Quelle est votre vision la plus optimiste sur le futur de la Roumanie et sur le rôle des Roumains à l’étranger ? Et quelle est la vision réaliste et les barrières éventuelles pour que la vision optimiste devienne une réalité ?
Dans 10 ans la Roumanie sera aux standards de la Grèce d’aujourd’hui.
Pour y parvenir il faut de la rigueur, de l’intégrité et surtout de la volonté.
Les Roumains de l’étranger doivent conserver des liens forts avec leur pays d’origine, défendre leur identité, leur particularisme et qu’ils n’hésitent pas à y investir.
IF : Vous avez certainement été en contact avec des cadres bi-culturels en Europe. Quelle est votre opinion sur leur attitude, leur façon de vivre, travailler et leurs ambitions en général ?
Clara Grigore : Je n’aime pas généraliser, mais je pourrais dire que tous les bi-nationaux sont des gens très curieux qui s’intéressent aux autres cultures et qui n’ont pas peur de prendre des risques.
IF : Il y a des personnes qui trouvent leur modèle de vie dans d’autres personnes, des personnalités disparues ou membres de la famille ou mêmes personnages de livres ou des films.. Quelles sont les personnes qui vous ont guidés dans vos choix ou que vous appréciez tout simplement ?
Clara Grigore : Je n’ai personne comme modèle, en revanche je m’inspire de beaucoup. Toute personne est pour moi une source d’inspiration : artistique, spirituelle, professionnelle ou humaine. Et c’est de cet ensemble que j’ai pu me construire.
IF : Qu’est-ce que devriez vous offrir votre job pour le qualifier comme idéal pour vous ?
Clara Grigore : Un job à géométrie variable avec des thèmes divers, nécessitant de la réactivité, de la réflexion. Il est ponctué de déplacements en France et à l’étrangers avec des interlocuteurs internationaux. Le salaire est élevé mais ce n’est pas la priorité
J’ai eu l’énorme chance d’intégrer une équipe toute nouvelle au sein de la Société Générale ce qui m’a offert l’occasion de pouvoir enrichir tous les jours le cadre de mes missions. Et un tel poste en permanente évolution est également très exigeant.
IF : Qui sont les moments de votre vie que vous considérez les plus importantes et qui réussissent à vous définir le plus ?
Clara Grigore : Les moments les plus importants sont les moments passés avec la famille restée au pays. Généralement, ce sont des moments très émouvants et souvent des instants de remise en question.
IF : Quelle question manque pour connaître ce qui compte le plus de votre personnalité :
Clara Grigore :Faut-il tout donner aux gens qu’on aime ou faut-il s’imposer des limites ?