“Retour vers le futur”
“Retour vers le futur”
Ouf ! Enfin des informations familières ! Dans un monde qui bouge si vite, c'est rassurant.
Après des semaines de mauvaises nouvelles sur l'arsenal nucléaire iranien, sur la difficile situation irakienne, sur les tensions israélo-palestiniennes, sur les luttes fratricides entre prétendants au maïorat de Woluwé-Saint-Lambert, mon moral commençait sérieusement à chanceler... la récente rupture de Paris Hilton avec son fiancé grec n'avait d'ailleurs rien fait pour me donner du baume au coeur. Ce fut donc avec un bonheur intense que ce lundi matin, en ouvrant mon journal, j'ai découvert que tout ne changeait pas tant que ça.
Je m'apprêtais, comme chaque jour, à lire ce qui n'allait pas dans le monde, et à découvrir notamment les derniers rebondissements dans l'affaire Clearstream, ce scandale qui éclabousse les plus hautes autorités de l'Etat en France - qui « éclabousse » ou, selon l'inspiration du journaliste, qui « secoue », qui « fait trembler sur ses bases », qui « crée un électrochoc », qui « provoque un séisme », qui « entraîne une onde de choc », qui « déclenche un véritable tsunami » au sein du gouvernement français. Bref. Qu'allais-je apprendre cette fois-ci ? Que Chirac avait rédigé une note écrite incitant à faire assassiner Sarkozy à l'arme blanche ? Que Dominique de Villepin était en fait un agent du KGB, oublié en France par les autorités russes au moment de la chute de l'URSS, et depuis lors obligé de brouiller les pistes en attendant des instructions de Moscou ? Que Sarkozy travaillait depuis des années pour les services secrets nord-coréens, en très étroite collaboration avec Kim Jong-Il, dont il avait été le témoin de mariage, tout en étant en même temps une taupe du colonel Kadhafi, dont il appréciait le sens de l'humour ravageur, ainsi que la compagnie lors de virées nocturnes pas piquées des vers ? Que Saddam Hussein était à l'origine de toute cette affaire Clearstream, et qu'il continuait à tirer les ficelles dans un petit bureau au sous-sol de l'Elysée, laissant à un de ses sosies le soin de croupir en prison et de répondre aux questions des juges ? Que Jean-Paul II, Yasser Arafat et Elvis Presley avaient tous les trois été assassinés parce qu'ils en savaient trop sur Clearstream ?
Rien de tout cela. Par contre, je suis tombé sur un titre qui m'a stupéfait : « Le ton monte entre Moscou et Washington ». Des tensions entre Moscou et Washington ? J'ai commencé par vérifier la date de publication de mon journal... s'agissait-il d'un exemplaire d'archive ? Ou alors, m'étais-je retrouvé embarqué malgré moi dans une épopée de science-fiction ; une machine à remonter le temps m'aurait-elle déposé en 1960 ? Pas du tout ! Après vérification, mon journal datait bien du « lundi 8 mai 2006 ». « Le ton monte entre Moscou et Washington »... diable !
La guerre froide était donc de retour en 2006 ? Cette nouvelle m'a littéralement subjugué. A tel point que tout s'est très vite embrouillé dans ma tête, et que j'ai été pris d'hallucinations : j'ai vu très distinctement, à la table de mon salon, André Flahaut discuter de questions de défense militaire avec John Fitzgerald Kennedy et Nikita Khroutchev... ensuite, alors que je me dirigeais prestement vers ma salle de bains pour y chercher un gant de toilette frais à me mettre sur le front, j'ai carrément vu Michel Daerden, dans la douche, discuter du budget de la Communauté française avec Staline, Churchill et Roosevelt... puis ce fut le trou noir, et un long tunnel, au bout duquel m'accueillirent, en rangs serrés, Lénine, Ronald Reagan et Paul-Henri Spaak, qui dansaient tous ensemble la carmagnole en chantant « La bonne du curé » ! Le temps de me frotter les yeux, et le spectacle fut encore plus surprenant : Karl Marx dansait la chenille avec Benny B. et Léo Tindemans... ils riaient, ils sautillaient, ils hurlaient à tue-tête : « La guerre froide est de retour ! La guerre froide est de retour ! »
Ma femme m'a trouvé, inconscient et en sueur, quelques heures plus tard... je l'ai d'abord prise pour Leonid Brejnev, puis je me suis ressaisi, et je lui ai expliqué mes hallucinations.
Le temps de reprendre mes esprits, j'ai ensuite décidé, pour me calmer, d'allumer la radio.
Et là, coup de tonnerre : je suis tombé sur une interview de Wilfried Martens, qui parlait de ses mémoires ! Wilfried Martens, dont la voix inimitable n'était plus parvenue à mes oreilles depuis tant d'années ! Je vivais « Matrix 4 » en live. Je sais bien que le dernier gouvernement qu'a dirigé Martens n'est pas si lointain (il n'a même pas quinze ans), mais il s'est passé tant de choses depuis ! La fin de la guerre froide non plus n'est pas si lointaine : quelques années seulement se sont écoulées... mais les Mc Donald's sur la Place Rouge sont là pour nous prouver que les temps ont changé, très fort et très vite !
Voilà pourquoi, à l'avenir, quand le passé récent ressurgira à nouveau dans les médias, j'aimerais qu'on me prévienne.
Ma santé mentale en dépend.