Au début, ils nous disent tous la même chose : on s'engage pour servir et non se servir. On s'engage pour de nobles causes et on se gargarise de grands mots derrière lesquels on se réfugie comme parangon de vertu. Les mots agités et lancés, autant de leurres susceptibles d'alimenter le mirage. Mirages magnifiquement exprimés dans leurs professions de foi. Ils rivalisent d'engagements et annoncent la terre promise. Elle est là, accessible, à portée de mains, à portée de vote. Ils s'engagent pour nous, soucieux qu'ils sont du développement de leur territoire et du bien être de leurs concitoyens. D'un revers de manche, ils balayent les pratiques anciennes, celles des autocrates voués aux gémonies, lesquels, seuls, décidaient de l'avenir de leurs concitoyens. Travail en équipe, délégation de pouvoir, participation citoyenne deviennent les slogans annonciateurs de pratiques nouvelles. La terra incognita se profile à l'horizon. La rupture avec les attitudes et comportements d'hier devient une valse endiablée car désormais, il faut faire de la politique autrement ! Ils s'engagent à être à l'écoute, disponibles, à plein temps, à ne pas décider tout seuls, à défendre l'intérêt général, à faire rayonner leur territoire. Sans vergogne, ils s'engagent, ils promettent. Ils promettent et s'engagent et s'éblouissent de leurs promesses et de leurs engagements. Et, ils portent la bonne parole car ils sont les nouveaux prophètes. Nulle place de marché, cage d'escalier, association dévouée, n'échappera à leur frénésie d'Oracles. Le Verbe les porte, ils l'incarnent par le nombre de mains qu'ils auront serrées, de sourires figés donnés et d'embrassades distribuées. Ils s'épanouissent et confortent leur narcisse dans la vacuité du miroir des promesses.
Et puis, quelquefois, ils sont portés au pouvoir. Le peuple en a décidé ainsi. Alors là, les déconvenues enchaînent les déconvenues. Et les déconvenues entraînent les désillusions."Rien de nouveau sous le soleil. Partout des opprimés baignés de larmes, et personne pour les consoler. Des gens suppliant qu'on les tire des mains de ceux qui les oppriment, et personne pour les délivrer. " comme l'écrivait l'Ecclésiaste.
Comme pour beaucoup la paresse intellectuelle est inversement proportionnel à leur activisme, ils n'ont pas lu ou si peu. Ils ne connaissent donc pas la théorie du mirage :"sans un mirage aucune expédition ne se mettrait en route, mais toute expédition enfin mise en route trouve autre chose et beaucoup moins que son mirage."
(Henri Desroche - Le projet coopératif)

