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Thailande

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Bangkok : 08 juillet 2003



Mes premières impressions sur Bangkok furent essentiellement visuelles, protégées de la violente pollution qui y sévit et de la chaleur moite, au sein du bus climatisé qui m'emmenait de l'aéroport au centre de la capitale, non loin de Banglamphu, le quartier des routard petits budgets ...



Le trajet durera une bonne heure coincée dans le trafic démentiel, à 20km à l'heure, qui semble caractériser cette ville.


Sur ma gauche, bâtiments délabrés bordant quelques pagodes noyées dans une verdure méritante vu l'air qui se devine des plus irrespirables...


Sur ma droite, ensemble de buildings, plutôt neufs et de toutes tailles, juxtaposés les uns aux autres sans cohérence aucune.


Et au milieu, quelques policiers restent droits et zen, immobiles sur les lignes blanches séparant les 3 files de voiture de notre portion d'autoroute, faisant signe de leur bras d'avancer...


Bienvenue à Bangkok, dont la première syllabe semble résumer à elle seule le chaos visuel et sonore des grandes capitales asiatiques.




Alors que nous nous enfonçons plus profondément dans ses artères, je me remémore quelques images du film " le 5ème élément "...


Une circulation dense où s'entrecroisent sur plusieurs étages des flots ininterrompus de véhicules en tous genres, avec des ponts autoroutiers aux boucles multiples au dessus de nos têtes, en guise de couloirs aériens...


Le sommeil finit par l'emporter sur ce déferlement d'images... Quinze bonnes minutes plus tard, le Monument de la Démocratie. Je descends du bus mon plan à la main et trouve en dix minutes mon hôtel, choisi en lisant mon Lonely Planet peu de temps avant dans l'avion, pour la présence de son cyber café... Je ne me réveillerai que 24 heures plus tard... soit aujourd'hui...


Les premières heures de cette nouvelle journée furent destinées à décider de mon itinéraire des deux prochaines semaines : le sud étant plutôt envahi de touristes du fait des nombreuses plages... je ferai donc le nord, en commençant par Lopburi, Phitsanulok, Sukhothai, pour leurs différents temples, puis Mae Sot, Um phang et Mae Sariang, avec Rafting possible selon mon guide... à vérifier donc, puis Tha ton sur le fleuve Mae Kok que je redescendrai jusqu'à Chang Rai ...


Et de là, selon le temps restant, je ferai une boucle plus au Nord Ouest. Début de l'aventure demain après midi avec un bus ou un train pour Lopburi, avec un crochet potentiel par Ayutthaya pour dire bonjour à une japonaise, ancienne copine de fac aux US de mon amie Jenny, celle avec qui j'ai sauté en parachute. A moins que je ne le fasse à la fin, let' s see.

Vers 17 heures, je me suis enfin décidée à quitter mon hôtel pour découvrir un peu mieux Bangkok à pied, en faisant la promenade des temples et de la rivière, suggérée dans mon guide.


Petite ballade de deux heures trente qui me fit traverser une ou deux artères polluées bien comme il faut, avant d'entrer dans Thanon Chetuphon, rue des plus calmes bordant le Wat Pho... plus vieux temple de Bangkok, splendide oasis de calme et de sérénité que je visitais avec les lueurs du couché du soleil se miroitant sur les toits dorés de ses nombreuses pagodes, croisant de ci de là quelques monks dans leur tuniques oranges, étant la seule touriste sur les lieux, l'endroit étant officiellement clos depuis plus d'une heure lors de mon arrivée.


Heureusement, un sourire ouvre parfois bien des portes...


Une fois la visite de ces lieux magiques, aux 394 bouddhas assis et 270 debout...


(il me restera à y retourner pour le long bouddha couché de 46 m de long) je me rendais au bord du fleuve nommé le Mae Nam Chao Phraya, afin de m'imprégner de l'activité régnant sur ce dernier... assise sur un ponton en fer, dans l'attente d'un ultime bateau bus qui ne viendra jamais, et dont la raison de son absence me sera expliquée ainsi par un vieux Thaï adorable ; "Tuk Tuk Tuk Puf Puuuuuufffff accident, finished ..."


Ce n'est pas grave, durant ce laps de temps, j'aurai quand même vu passer un bouddha flottant illuminé, et encerclé de jets d'eau aux couleurs psychédéliques, le tout fonctionnant selon les rythmes d'une musique Thaï des plus "kitchs"...


Imaginez que Delanoë s'amuse à mettre sur une péniche parisienne un jésus illuminé avec deux ou trois lasers à la Jean Michel Jarre, sur fond de Plastic Bertrand... Cela serait pittoresque non ... ? Eh bien ici, c'est normal... ;-)


La nuit est tombée depuis longtemps, et je décide de rentrer à pied en longeant le fleuve, avant de faire un stop sur un restau donnant sur les berges, le temps d'avaler une salade de fruits de mer frits et un bol de riz et un coca par dessus pour tuer les éventuelles bactéries... tout en observant les nombreux "bateaux- restaurants" pour touristes qui sillonnent le fleuve.


22 heures, il est temps de rentrer à pied dans mes quartiers, et 30 minutes plus tard, alors que les premières gouttes de pluie s'annoncent, j'arrive sous la terrasse couverte de mon hôtel, et le temps de commander un thé au jasmin, une averse torrentielle s'abat sur Bangkok..... du coup, le pauvre vieux cybercafé de mon hôtel ferme boutique, et je me retrouve à 23 heures à la recherche d'un autre Internet café ouvert 24h/24, tout cela pour vous narrer sans retard ces quelques lignes de ma première journée Thaïlandaise...



N°2/Lopburi :09 juillet 2003


Le vent se lève au même moment où le bus de Lopburi quitte "the North East Bus Station of Bangkok".

Les premières gouttes de pluie suivent de peu, annonciatrices de l'un de ses orages de mousson fréquents en fin de journée. Je suis assise derrière le chauffeur et profite ainsi des effluves parfumés émanant des colliers de jasmin et d'oeillet d'Inde ornant le rétroviseur intérieur.


J'aurai mis plus d'une heure en taxi, coincée dans les bouchons de Bangkok avant de percevoir enfin cette gare routière dont l'accueil se révélera sympathique et efficace : A peine le temps d'y pénétrer qu'un charmant officiel me dirige vers le guichet de Lopburi, d'où me sera préparé dans la minute suivante, mon ticket et un grand verre d'eau minéral scellé avec en prime une paille, collation gracieusement offerte par la compagnie, avant qu'une jeune femme me guide au bus en question. Attention fort appréciable étant donné que je ne lis pas le thaï et que la plupart des inscriptions signalant les directions sur les frontons des bus sont en langue locale ...


Imaginez une telle célérité et efficacité à la SNCF par exemple, cela fait rêver non ? Et le tout sans avoir rien réservé à l'avance... C'est ce qui fait le charme de ses voyages d'ailleurs, fini les agendas, RDV, projections, Dashboards et plannings en tout genre... la seule deadline reste le billet d'avion retour. Mais cela mis à part, carte blanche du début à la fin, se laisser porter et suivre ses envies...


Le trajet a duré trois bonnes heures durant lesquelles j'en ai profité pour dormir. L'arrivée à la gare routière sera différente... nuit noire, pluie, et aucun taxi à l'horizon... et bien sur, seule touriste ...


Des jeunes Thaïs en pick up finissent par s'approcher afin de négocier une "course" non officielle... au point où j'en suis , let's go pour 50 bats, et me voila assise au devant du pick-up avec mes 2 sacs à dos, essayant d'expliquer en anglais au chauffeur qui ne le parle pas où est mon hôtel... Heureusement, vu le nombre d'hôtels dans cette ville, le mien sera finalement facilement repéré...


Ils n'y parlent pas plus anglais... mais j'ai réussi à me procurer les horaires des trains de demain pour Phitsanulok, en mimant la locomotive ...


Je vous rassure, le hall d'hôtel était vide, si bien que je ne me suis pas ridiculisée devant une foule...


Dans le genre beaucoup moins charmant, la première chambre qu'ils m'ont fait visiter avait deux gros cafards entrain de jouer dans les oreilles du lit blanc immaculé... Sans moi ...Next room please ... sans cafard à priori mais je ne me fais guère d'illusions sur les frontières territoriales de ces insectes, et sortirai donc ma moustiquaire cette nuit ainsi que mon sac à viande... on n'est jamais trop prudent. Je sens que je vais me lever super tôt sans réveil demain matin ...



Et que fait on lorsque l'on est dans une ville paumée, qu'il pleut et fait nuit noire, qu'on soupçonne la présence de cafards dans sa chambre, que l'on est plutôt du genre couche tard et qu'il n'est que 21h30... on cherche un cyber café et un restau, le cyber café, mieux que la télé, nous permet de nous reconnecter au monde... et le restau est indispensable histoire de s'endormir plus vite le ventre plein....




N°3/Phitsanulok 10 juillet 2003


Hier soir, une fois mon dernier email rédigé, je partais à la recherche d'un quelconque restaurant ouvert dans les parages... en vain !


Les rues de Lopburi étaient désertes mises à part 2 ou 3 échoppes de ci de là, vendant des brochettes diverses et variées, mais dont le séjour prolongé au soleil, ainsi que leur prise directe aux mouches et insectes en tout genre ... ne me donnaient que moyennement confiance.


Ce soir là, le dîner fut donc un peu bohème : cacahuètes achetés au vol au cyber café (une prémonition sans doute...), un pepsi et deux ou trois boules de coco blanche, rose ou vert fluo, ramenées de Bangkok en guise de ration de "survie" du fait de leur aspect déshydraté leur permettant une longue conservation !


Puis je m'attelais à suspendre ma moustiquaire à l'un des barreaux de ma fenêtre, installais mon sac à viande avant de m'engouffrer sous cette mini tente de fortune... Par chance, ayant une propension relativement aisée à m'endormir, le Karaoké de l'étage du dessous ainsi que la télé de la chambre voisine ne feront que rendre que peu plus musicale mon envolée dans les bras de Morphée...


Aujourd'hui, comme par hasard, je fus des plus matinales...Le soleil était radieux, rien de tel pour me rendre le sourire...oubliés, les cafards ... Des 8 heures, j'achetais mon billet de train à la gare, direction Phitsanulok, avant de me promener ensuite sur les différents sites anciens de la ville, appelés Wats... et de visiter l'un des musés au sein d'un ancien palais restauré, avec entre autres une très belle collection de Bouddhas à travers les siècles.

Puis direction le quai de la gare. Le train arrivera avec 30 minutes de retard, sur une voie sans quai... rien d'anormal visiblement, juste une ou deux voies à enjamber avant de prendre le train en marche, comme tout le monde, afin de s'assurer d'une place assise...





Je tombe dans un wagon de 3 ème classe, sorte de long couloir vide avec 10 petites banquettes longeant parallèlement chacune des cloisons et se faisant face.


Assise en tailleur sur la mienne, vitres totalement ouvertes, traversant champs et rizières, longeant maisons sur pilotis, gares de campagne ou étendues d’eaux recouvertes de fleur de lotus, je me délecte du spectacle...


Pendant ce temps, le contrôleur passe, faisant tinter le cliquetis de sa poinçonneuse. 2 policiers font également régulièrement des passages éclairs leur téléphone portable au ceinturon... moules dans leur uniforme taillé à la "starsky et Hutch" ...


Un vent chaud et poussiéreux s'engouffre de toute part, le train roulant avec l'ensemble de ses portes et fenêtres grandes ouvertes. Ce qui n'empêche nullement les quelques vendeurs à la sauvette de proposer boissons et nourritures étranges de façon incessante. Nous venons de passer la petite gare de Huawau, fleurie de toute part, avec le même soin que nos petites écluses françaises.



L'ambiance de mon wagon est assez folklorique, entre les vendeurs de boissons tous plus ou moins déjantés qui font soit rire l'ensemble des voyageurs thaïlandais (je suis un peu la seule étrangère on board), soit rougir le contrôleur, plus ou moins dragué par des dames, dans son pantalon moulant et sa chemise cintrée à l'extrême.



Un jeune Thaï un peu "space", avec un drapeau anglais sur la tête, tente un début de conversation, ce qui donne quelque chose du genre :


hi hou hag a ho heim, hou haug he...


Cela surprend au départ, mais on s'y fait, en fait soit les Thaïs parlent très bien anglais (mais ici c'est rare, davantage sur Bangkok), soit ils ne le parlent pas du tout (là, je mime, et ils me répondent en Thaï, comme si j'étais bilingue...), soit ils le parlent, mais je ne m'en rend pas compte...


et là, je souris, et lance mon décodeur de secours en route...


Alors " hi hou hag a ho heim, hou haug he..." est ce que cela serait quelque chose du genre " if you have a problem, you call me " ???


Yes, cool, je suis trop forte ... ;-) autre exemple, par eg ba, il faut comprendre eight bat (le bat étant la monnaie locale).

Donc vous comprendrez que depuis que j'ai quitté Bangkok, je ne parle pas philo...


Bon, le voyage se terminera calmement de mon cote, alternant quelques photos dans le wagon ou des paysages, et une bonne partie de la fin du parcours assise sur les marches d'une des portes ouvertes, à contempler de façon béate le soleil se coucher sur la campagne thaïlandaise.



        



Arrivée sans encombre à 18h30 à Phitsanulok, petite ville de 4000 et quelques habitants d'après le Lonely Planet, où je loge dans un mélange de caverne d'Ali Ba Ba à la mode thaï et d'Arche de Noé ou plutôt de Robinson Crusoé...


Je m'explique, imaginez une auberge de jeunesse, avec trois personnes à bord, la vielle dame, tenancière des lieux, la touriste française que je suis, dans une chambre somptueuse et sobre à la fois, non seulement entièrement en teck mais aussi meublée uniquement de meubles anciens, du lit, à la table de chevet, aux lampes, avec une salle de bain semi extérieure, où lorsqu'on prend sa douche froide, on entend la pluie de fin de soirée ruisseler ou les chants des oiseaux... limite on verrait les étoiles le soir par certains endroits... chambre donnant sur une oasis de verdure avec hamacs en osier de partout, plantes à perte de vue et de nombreux bruits inhabituels venant sans doute de la faune environnante... et la touriste australienne, en dortoir...


Je pense que nous sommes plus ou moins les deux seules étrangères dans cette ville ce soir, et coup de bol, dans le même hôtel... Du coup, nous avons dîné ensemble et parlé politique internationale... cela change de mimer les locomotives ...

Le seul truc plus ou moins agréable dans cette ville et cet hôtel, ce sont les lézards, plutôt sympas sur le plan fonctionnel, car tueurs de moustiques, et là, on ne manque, du coup ni de l'un ni de l'autre.


J'ai commencé par me prendre un lézard tombé du plafond sur le dessus de mon pied droit, sorte de truc froid qui surprend un peu au niveau contact et fait faire un bon d'un mètre quand on ne s'y attends pas... puis, alors que je bouquinais allongée sur le ventre sur mon lit, j'ai senti à nouveau un truc froid entre ma cuisse et mon pantalon...rebond sur mon lit et vol plané pour le lézard, un peu trop perfectionniste à mon goût... je veux bien croire que deux ou trois moustiques se baladaient dans mon pantalon un peu large, mais quand même...


J'avais déjà donné dans le désert marocain en sensation forte avec l'araignée qui avait essayé de grimper sous mon tee- shirt... mais le lézard s'infiltrant dans mon pantalon, c'était une première... depuis, je porte un pantalon avec élastiques incorporés aux chevilles, on ne m'aura pas 2 fois .... Inutile de préciser que ma moustiquaire sera de nouveau au programme ce soir...


N°4/Sukhothaï : 12 juillet 2003


Le lendemain de mes deux rencontres successives avec les lézards de Phitsanulok Youth Hostel... je me levais légèrement fatiguée suite à une nuit plutôt stressante je dois l'avouer...


Le petit déjeuner dans le jardin si beau soit il, restera ponctué par ma tendance à fixer régulièrement le plafond en teck abritant les tables, à la recherche de quelque LVNI ... (lézard volant non identifié...).


Cette tension inutile me décidera donc à quitter la ville le soir même, non sans avoir pris le temps d'en arpenter ses berges et la visite d'un de ses temples grouillant de fidèles venant déposer leurs offrandes ou se faire bénir par l'un des nombreux monks qui l'occupent, à l'aide de bâtons d'encens trempés dans je ne sais quel liquide sacré.

Non loin de la, une vieille femme et son fils vendent des anguilles et des poissons vivants, suspendus dans leur sac en plastique emplis d'eau, ou encore de petits oiseaux à l'étroit dans de minuscules cages de bambou, dont l'achat a pour but de leur redonner la liberté (vu ce que le fils a eu la gentillesse de me mimer ... avec moi, les mimes, c'est chacun son tour ...;-)) en faisant je suppose le voeux d'une vie meilleure...


Vers 19 heures, me voila repartie en vadrouille direction Sukhothai et sa vieille ville, première capitale et cité fortifiée du Royaume de Thaïlande, vers le XIII ou XIV eme siècle.

Après une heure de bus, je ferai connaissance de Mme Dong à la gare routière, d'ou nous partirons dans son pick-up vers la Sukhothai Guest House, véritable petit havre de paix avec ses bangalows tout confort (eau chaude s'il vous plait), clairsemés dans un jardin luxuriant. Enfin la promesse d'une nuit paisible, sans animaux locaux ou insectes de compagnie non souhaités...


Et ce matin, grasse matinée avant de me rendre en direction de la vieille ville et ses 45 Km2 contenant toutes sortes de temples anciens et de buddhas de ci de la, que je découvrirai à vélo en compagnie d'un touriste anglais croisé chez l'un des loueurs de bicyclettes...avant qu'un américain bouddhiste se joigne à nous pour une partie de la ballade.


                  


Mes deux compagnons d'un instant rentreront le soir même sur Phitsanulok, dans la Youth Hostel que j'avais justement quitté la veille et où à trois heures près, nous aurions pu nous rencontrer, si les lézards ne m'avaient pas fait fuir ...;-) .


Et enfin, de retour à ma guest house, afin de me récompenser des ces kilomètres parcourus à vélo dans une chaleur moite et étouffante... je décidais de m'offrir après une bonne douche, deux heures de massage traditionnel thaï !


Relaxant et sportif en même temps, vu la souplesse que certains mouvements peuvent impliquer... surprenant, mais je suis maintenant en pleine forme !


Demain, je partirai en bus pour Tak d'ou j'attraperai dans la foulée un bus pour Mae Sot, près de la frontière birmane... avant de me rendre le jour suivant à Um Phang, puis Mae Sariang.













N°5/Mae Sot : 13 juillet 2003


Mae Sot où je suis arrivée en milieu d'après midi, après 4 heures de bus dont un changement à Tak.


Ce petit bourg d'allure tranquille a pour source de revenue principale le marché noir entre le Myanmar (Birmanie) et la Thaïlande et serait également le principal centre de négoce de jade et de pierres précieuses le long de la frontière.

Cette fois-ci, l'hôtel dans lequel je loge, est des plus quelconques et son absence de charme est compensée par celui de cette petite ville de montagne à laquelle on accède par des routes plutôt sinueuses. Pour une fois, je suis dans une ville de taille humaine dans laquelle il fait bon s'y balader à pied malgré les quelques voitures qui y circulent.


Apres une petite sieste pour me remettre du voyage légèrement secouant, (les seules places libres étaient à l'arrière du bus, alors forcement, à la moindre bosse sur la route, on fait un saut...), je décide d'aller me promener malgré le fin crachin thaïlandais qui durera plus ou moins la journée. Au moins, on ne souffre pas de la chaleur ... positivons !


Je m'arrêterai vers 18 heures dans un petit restau attenant à une guesthouse, pour y manger un curry birman au poulet, sans trop savoir ce en quoi cela consiste ... mais si bouddha est avec moi, cela ne devrait pas trop mal se passer ...;-).


Quelques minutes plus tard, le serveur revient me prévenir qu'il n'y a plus de poulet mais à la place du poisson ! Je reste quelques secondes dubitative, car la dernière fois que l'on m'a dit cela dans un restaurant en Asie, c'était en 1996 à Mahäbalipuram, dans le sud de l'Inde: le restaurateur avait en fait essayé de me refourguer son poisson bien moins frais que son poulet, histoire de le 'vendre' avant qu'il ne soit complètement périmé... Mais bon, jusqu'à présent, j'ai quand même trouvé les thaïs très honnêtes, alors gardons confiance.


Et à vouloir essayer de nouveaux mets sans penser pour autant à préciser "not too spicy please", et erreur fatale, avoir mélangé mon riz blanc avec l'intégralité de ce nouveau curry, je me retrouve avec en bouche une cuillère du met en question, qui fera virer la couleur de mon visage du brun doré (j’aime être optimiste quant à la densité de mon bronzage) au rouge écarlate offrant ainsi un nouvel éclairage de choix pour la salle du restaurant...


Heureusement, la choppe de bière inclue dans ce festin sera d'un précieux secours pour atténuer tout au long du repas ce brasier intense qui enflamme mon palais, hyper sensible aux piments finement hachés et introduits par poignées ... Je resterai bien incapable de dire si le poisson était frais ou non et si c'était du poisson ...


Un peu plus tard dans la soirée, une fois retrouvée une couleur normale ... me voila repartie sous une pluie fine dans l'une des rues principales de la ville à flâner, avant de rentrer tout doucement vers mon hôtel.


      


Quand soudain je serai arrêtée sur la gauche par une musique thaïe extrêmement douce et enivrante, bien loin de celles nasillardes que l'on entend souvent dans les bus locaux.



Je m'avance dans la pénombre d'une ruelle guidée par la mélodie mystérieuse, pour arriver face à l'une des stupas principales bordant un temple, entourée elle même de nombreuses statues dorées de Bouddhas dans toutes les positions et sous toutes les formes, éclairés de quelques dizaines de bougies et enveloppés par les fumées des bâtonnets d'encens que les fidèles allument et éteignent avant de les planter dans des coupelles à leurs pieds.


          


Par chance, j'ai avec moi une pellicule 1600 asa qui me permettra de prendre des photos silencieusement sans utiliser mon flash, blottie dans la nuit noire qui entoure les lieux.


Je me rappellerai ensuite que ce soir, une fête bouddhiste se déroule en l'honneur des jeunes hommes thaïs qui ont choisi de devenir Monk.



Un peu plus tard, de nouveau dans les ruelles de Mae Sot, me revient à l'esprit les quelques lignes du Lonely Planet, qui mentionne la présence d'une communauté musulmane d'origine birmane dans Mae Sot, et je pars donc à la recherche de la Mosquée, pour découvrir en face de celle ci un charmant petit "boui-boui " servant naan et Samosa, occupé par une quinzaine de jeunes musulmans.



Je décide de m'y arrêter pour prendre un thé birman, à la grande joie des quelques adolescents du troquet très curieux de me voir débarquer ainsi de nulle part à la nuit tombée...


En fait, leur thé ressemble étrangement au tchai indien, sorte de thé au lait sucré. A peine mon thé servi, entourée d'une dizaine de paire d'yeux suivant le moindre de mes mouvements, un des jeunes garçons m'apporte 3 samosas et une assiette pleine de sucreries locales...


Je lui mime alors gentiment que j'ai déjà mangé et que je suis plutôt rassasiée mais accepte par politesse de prendre le plus petit des gâteaux. Suivra alors un dialogue mêlé d'anglais, de thaï et de mimes qui provoquera de nombreux fourires chez mes interlocuteurs. Une demi heure plus tard, alors que je m'apprête à régler l'addition, un des jeunes refusera que je paie et m'invitera gentiment.


Petite photo de groupe des enfants ravis et timides en même temps, avant de réellement rentrer dans mes quartiers, non sans avoir fait au préalable un petit détour par le cybercafé le plus proche pour vous narrer cette journée.

Quant au programme de demain, je ne sais encore, hésitant entre Umphang et Mae Sariang, du fait de la météo et des moyens de transports de plus en plus locaux , en sawngthaew dans les deux cas, sorte de fourgonnette convertie en minibus avec une structure en bois contenant 2 bancs, sans vitre...



Alors quand le trajet dure de 5 à 6 heures, cela devient épique ... Sachant que si je vais à Umphang, il faudra que je revienne de toute façon par Mae Sot pour rejoindre par la suite Mae Sariang ...Let's see, la nuit porte conseil ... Quant à la journée à Myawadi, petite ville en Birmanie de l'autre côté de la frontière, je serai bien tentée, mais devrais d'abord trouver dans les 10 dollars US pour passer la frontière, hors je n'ai que des bats... Alors si je trouve une banque acceptant de me vendre des dollars contre des bats, 'why not' une petite escapade de quelques heures en Birmanie...


N°6/Myawadi : 14 juillet 2003


Je me lève ce matin non sans mal, à 8 heures ... bien décidée à passer quelques heures en Birmanie, après avoir avalé rapidement un cappuccino, luxe suprême, dans un café faisant face à mon hôtel.

Une heure plus tard, me voila à 6 Km de la ville, au bord de la rivière Moei, qui sépare la Thaïlande de la Birmanie.

Un immense pont relie les 2 pays et permet le passage quotidien de ces concitoyens dans un sens comme dans l'autre pour la journée dans le pays hôte.


A la douane Thaï, les officiers ne feront que mettre un tampon marquant ma sortie du territoire et récupérer ma carte d'entrée en Thaïlande faisant office de Visa, avant de me laisser traverser le pont à pied. Une fois à son extrémité, côté Birman, des officiers locaux m'invitent dans leur quartier, et alors que je remplis divers formulaires dont une déclaration sur l'honneur comme quoi je ne souffre pas du SARS... de la musique américaine émane de la télévision toute neuve placée au centre de leur bureau et branchée sur la chaîne itv. Dix minutes plus tard, j'obtiens enfin un reçu certifiant qu'ils ont bien pris possession de mon passeport qui ne me sera rendu qu’à mon retour à la frontière Birmane le jour même avant 17 heures. Cela me coûtera 500 bats, soit 10 euros environ.



A peine ais je fait quelques pas dans Myawadi, petite ville birmane plutôt tranquille, un homme sur son tuk tuk vient me proposer de m’emmener dans les différentes pagodes bouddhistes des alentours de la ville, ce qui me va très bien car je n’ai que peu de temps devant moi.






Ce petit tour sera fort sympathique avec pour horizon les splendides collines birmanes à perte de vue.




Deux heures plus tard, nous prenons le chemin du retour, je récupère mon passeport, retourne à Mae Sot chercher mon sac à dos et essaie en vain d'attraper le dernier Sangthaew pour Mae Salliang, que je raterai de 10 minutes...


Mais étant donné que j'ai quoi qu'il en soit décidé de bouger ... je prends sur le champs un autre sangthaew destination Mae Sarit, à mi chemin, où il y aurait visiblement une guesthouse dans le village en question.


Et je devrais récupérer de cet endroit le lendemain matin un sangthaew venant de Mae Sot. Apres 4 heures de voyages à l'arrière du pick up (ou sangthaew, le seul moyen de locomotion dans les parages) à travers les forets thaïs, entrecoupées de rizières en escalier, de petits villages dont les maisons sont en bambou et les toits en feuilles, peuplés essentiellement de réfugiés Birmans, Karens ou autre, et accompagnée selon les arrêts par quelques Thaïs ou membres des tribus montagnardes des environs avec leur costumes colorés, me voici enfin arrivée à Mae Sarit, tout petit village perdu au milieu d’une foret luxuriante, à 50 mètres à peine de la rivière qui sépare la Thaïlande de la Birmanie, et où l'ensemble des maisons sont en bois et sur pilotis. Et là, l'unique guesthouse, la Mae Salid guesthouse pour ne pas la nommer... où je passerai l'une de mes plus belles étapes thaïlandaise de tout mon court voyage...


N°7/Mae Sarit : 15 juillet 2003


J'en étais donc à mon arrivée l'après midi du 14 juillet à Mae Sarit, dans un charmant petit village de campagne, situé entre deux montagnes, au bord de la rivière Moei, frontière avec la Birmanie.

La Mae salid guesthouse est une immense maison sur pilotis, en bois du sol au plafond, et complètement ouverte sur une nature resplendissante, dont le fond sonore est des plus impressionnants : Imaginez le bruit des grillons puissance 1000, (presque celui d'une scierie en pleine activité) fait par des insectes locaux cachés dans le feuillage des arbres, accompagnés par la mélodie métallique et rythmée des grenouilles ou crapauds thaï ?, ponctués par le chants des oiseaux, parfois celui des coqs qui ici n'ont pas d'heure pour "émettre" et qui semblent se répondre d'une maison à l'autre... Bref, une vraie symphonie animale en continu...


Je suis la seule "étrangère" dans ce village magique et serai reçue par Sawpy, réfugié Birman d'origine Karen qui tient la guesthouse. Nous commencerons par une ballade dans la campagne, traversant tour à tour ruisseaux, rizières et champs, après nous être d'abord arrêtés boire un thé birman dans l'unique café du village qui doit compter une bonne centaine d'habitants, d'origine Karen pour la plupart.

De retour vers 19 heures, Sawpy me préparera l'un des meilleurs curry de légumes que j'ai pu manger depuis mon arrivée, dans sa cuisine sans vitre, donnant directement sur les palmiers et arbres divers qui entourent la maison, un peu la cuisine de Robinson Crusoe, sans électricité, avec des braises dans un petit pot en terre et son wok par dessus, des bols emplis d'eau sous chacun des pieds de la table principale, afin que les fourmis qui ne savent pas nager ne puissent pas grimper sur celle ci ... etc. ... Je faisais la même chose lorsque j'habitais en Inde avec mes pots de confiture, posés au centre d'un plateau rempli d'eau... Lorsque je lui demanderai s'il y a des serpents, vu que l'on devine quand même clairement le sol à travers les planches du parquet... il me répondra qu'une fois un cobra est venu gober un poulet qu 'il avait en cage dans sa cuisine, mais que depuis que ses poules sont en liberté, "no souci ..."

Je dégusterai mon plat sur la terrasse, en écoutant la faune locale... avant que Sawpy n'aille chercher sa guitare birmane et ne se mette à jouer quelques morceaux de blues...après m'avoir fait goûter au cigare birman, sorte énorme bidi, tabac enroule dans une feuille d'arbre plus ou moins grosse selon le pays.



Bref "the feelling to be a guest in a house, more than to be a tourist in a guesthouse"...

Une de mes plus belles journées sans doute. Seule remarque, le couchage ...


Je m'endormirai emmitouflée dans mon sac à viande, sur un lit un peu précaire constitué d'un fin matelas posé à même une très large palette de 2 sur 2, (ce qui n'est pas sans me rappeler soudainement le boulot...) légèrement surélevée, à la lueur d'une bougie, dans un dortoir pour moi toute seule ... si l'on oublie la compagnie des nombreuses toiles d’araignées... Sawpy et le ménage ...c'est pas vraiment cela ...

Le lendemain matin, j'attraperai le sangthaew venant de Mae sot, pour rejoindre Mae Salliang 4 heures plus tard, après avoir parcouru de nouveau de très beaux paysages de montagnes, en longeant tout du long les collines birmanes sur ma gauche. Nous passerons plusieurs barrages de police où a chaque fois, je devrai présenter mon passeport et mon visa. Lors du premier passage, un policier partira avec mon passeport (je suis la seule étrangère on board) et ne reviendra que 5 minutes plus tard me le ramener. Lors du second passage, après avoir scrupuleusement vérifié mon passeport, le policier me demandera carrément d'ouvrir mon sac a dos... Et une fois tombée sur ma brosse à dent et ma bouteille de shampoing, il me dira d'arrêter... Il est vrai que mon visa d'entrée en Thaïlande indiquant maintenant que je suis venue dans ce pays à pied, en provenance de Birmanie, cela peut porter à confusion pour l'officier de base fraîchement poste dans cette région, à qui l'on a donné pour mission d'arrêter les clandestins birmans et de vérifier le trafic de drogue ... mais bon, heureusement, je n'ai ni moustache ni les yeux bridés, donc cela finit toujours par passer et se termine à chaque fois par un sourire.

Arrivée à Mae Salliang vers 15 heures, la ville est déserte, saison basse et saison des pluie en sont les raisons principales. Bonne sieste avant de faire la connaissance d'un français qui vient d'arriver dans la même guesthouse. Il pleut, pas grand chose à faire, si ce n'est un bon dîner quelque part...

Le lendemain, départ avec le bus de 11 heures pour Mae Hong Son, 4 heures plus tard, cité locale au nord, qui doit sa prospérité non seulement au développement du tourisme mais aussi aux gros bonnets de la drogue côté birman dont elle assure le ravitaillement. Avec le français connu la veille, nous décidons de louer une moto pour la journée afin de visiter la campagne environnante. Une partie de la promenade se fera sous la pluie, averse du soir oblige... Demain matin, nous partirons cette fois ci pour la journée complète, plus au nord voir entre autres des cascades, tout en traversant de petits villages et rizières et espérant éviter de trop longues averses...


N°8/Mae Hong Son : 17 juillet 2003


Sawadi Kha...

Bon, il paraîtrait selon certains que j'ai réussi quelque peu à vous transférer une partie, si petite soit elle, de la mousson thaïlandaise, tout du moins dans le sud de Lyon et dans quelques arrondissements de Paris ?

A moins que l'on m'ai dit cela pour me faire croire à de nouveaux pouvoirs surnaturels lies à Internet ...


En tous les cas, de mon côté, cela a marché ...car nous n'avons pas eu une goutte de pluie de toute la journée, un ciel presque entièrement bleu et un soleil radieux, si bien que j'ai prix des coups de soleil sur les deux genoux et les doigts de pied, du fait de la journée à moto faite aujourd'hui en compagnie d'un touriste français rencontré deux jours avant.


Nous avons quitté la guesthouse vers les 10 heures pour prendre la route 1095 au nord de Mae Hong Son, monté et descendu pendant une petite heure les montagnes escarpées des environs, traverses villages fleuris et rizières, avant de visiter une grotte animiste où les gens vouent un culte à des poissons carpes énormes, qu'ils nourrissent tout en priant.


Puis nous avons roulé une quinzaine de kilomètres avant de trouver enfin les cascades de Nam Tok Pha Sua où nous nous sommes baignés (bon moi, que jusqu'aux cuisses car il y avait pleins de poissons et j'étais un peu flippée de ce fait...je l'avoue). Nous sommes repartis ensuite toujours vers le nord, à la recherche d'un endroit où manger dans la campagne. Après un arrêt dans une gargote charmante tenue par une famille adorable, nous voilà en roue libre à travers les paysages, au feeling et finirons par tomber par hasard sur Ban Rak Thai, un village peuple de Chinois du Guomindang, un des derniers véritables bastions du parti de Tchang Kai Check en Thaïlande, zone parfois déconseillée du fait des accrochages de temps à autres entre le Guomindang et la Mong Thaï Army de Birmanie (créée par Khun Sa, ancien seigneur de l'Opium) ou l'une de ses 4 unités séparatistes. Mais en ce moment, tout est calme.

Nous n'avons croisé que très peu de monde sur la route, et n'avons pas eu un seul contrôle de police actif contrairement à mes déplacements précédents en pick-up ou en bus. Donc no souci. Nous avons pris tranquillement notre petit thé chinois dans une échoppe et j'en ai profité pour acheter du thé local. Au retour , passant par les villages, nous finirons par trouver une rivière où se tremper avant de rentrer vers 18 heures sur Mae Hong Son et rendre la moto.


Demain, je partirai avec un bus local le matin pour Paï, d'ou j'essaierai de reprendre peut être dans la foulée un moyen de transport pour Fang puis Tha Thon d'où j'aimerai redescendre en "long tail boat" la Nae Nam Kok pour rejoindre Chang Rai, après sans doute une journée+nuit à Mae salong, autre village du Guomindang crée dans les années 60, et qui parait-il ressemble plus à un village du Yunnan qu'a la Thaïlande du Nord, ce qui me permettra de faire ainsi un petit saut dans le Triangle d'Or dont la grande époque appartient désormais au passé. Voili voilà pour les jours à venir. Nous sommes déjà le 17 au soir, et les jours passent à une vitesse hallucinante, et misère, il ne me reste que 12 jours pour découvrir ce beau pays...


N°9/Mae Salong : 22 juillet 2003

Je sais je sais, je n'ai pas vraiment donné de nouvelles depuis 5 jours... Et non, je n'étais pas pour autant otage des bandes birmanes trafiquants d'opium, ni dans une geôle thaïlandaise...je ne me suis pas davantage cassée les deux mains rassurez vous ! Les cybers cafés se sont juste fait rares ces derniers temps sur ma route. Au moins, cela vous aura laissé le temps de lire mes 8 mails précédents...


En résumé, le 18 j'ai quitté Mae Hong Son pour Tha ton en faisant un stop pour la nuit à Pai, petite ville qui aurait pu être sympa si seulement il n'y avait pas 3 touristes au mètre carre ni une succession continue de restaurants ou trek agencies tous les 2 mètres, car cela devient des plus lassants et l'on a le désagréable sentiment d'être à Thaï Disney, avec un fond sonore te disant " Essaie encore... Essaie encore... toi honorable hôte, tu finiras bien par trouver une chambre qui te convienne parmi les 73 guesthouses de cette rue, sans oublier un trek dans une des 122 agences de voyages du trottoir d'en face, pour te servir ! Bref, tout ce que je déteste. Dommage, car la campagne environnante avait l'air sympathique, mais même si j'avais loué un vélo, j'aurai eu l'impression de faire le "Tour de France" version thaïlandaise, avec 32 français devant et 12 américains +13 anglais derrières, essayant de pédaler plus vite que moi pour arriver les premiers au temple mentionné par le Lonely Planet...


Le 19 au matin, je fuyais donc cet endroit en Sangthaew (pick up converti en taxi local pour ceux qui n'ont pas encore lu mes précédents mails ... attention, interro surprise à mon retour) en direction de Thaton, avec un changement à Mae Salai. De là, nouvelle tactique, demander au poste de police local d'arrêter pour moi, (vu qu'il n'y a pas de gare routière dans cette bourgade en bord de route) le prochain bus direct pour Tha ton. Et cela marche, 45 minutes après, je récupère donc le fameux bus, plein à craquer, roulant toutes portes ouvertes par une chaleur infernale.

(En effet, depuis que je vous ai envoyé gracieusement par email un peu de la mousson locale, il ne pleut plus !!! Merci donc de bien vouloir me rendre quelques averses, par email interposé, au moins pour rafraîchir les nuits ...)

Je suis donc assise près de la porte arrière du bus, grande ouverte et regarde les paysages défiler, tapis de piments séchant au soleil, tiens , 2 éléphants... collines rizières collines etc. ...quand soudain mon regard se pose sur un autocollant posé sur la vitre de la porte: on peut y reconnaître un chien dessiné, sous un grand couteau, le tout dans le sigle rouge de l'interdiction. Cool, je n'ai donc a priori aucune crainte à avoir quant à la possibilité de manger à mon insu un snoopy thaï quelconque dans un curry trop épicé... cela tombe bien car de Tha ton, je compte me rendre dans un village chinois du triangle d'or ...et les chinois aiment tout ce qui a 4 pattes ...

Arrivée en fin d'après midi à Tha ton, en bord de rivière, où il n'y a rien à faire, à part prendre leur fameuse barque effilée pour en partir direction Chang Rai. Je me contenterai donc d'une petite promenade sur ses hauteurs, longeant les maisons et leurs petits jardins systématiquement fleuris, de la plus petite bicoque en bambou a la maison en dur. Puis un verre de vin blanc dans un café donnant sur les berges, en consolation de cette soirée sans Internet dans une chambre d'hôtel à la propreté douteuse.


Le 20 au matin, me voila repartie en Sangthaew en direction de Mae Salong, village perché dans les montagnes en bordure Birmane, comme d'hab., mais fondé dans les années 60 par des militaires chinois du Yunnan, enrôles dans l'armée du Guomindang de Tchang Kai Tchek, qui après avoir avoir combattu le communisme en Chine, se réfugièrent en Birmanie, avant d'en être expulsés et de finalement passer en Thaïlande avec femmes et enfants.

Dans les années 80, sous une certaine pression du gouvernement Thaïlandais, ils finiront par laisser tomber en grande partie la culture du pavot et le trafic de l'opium pour se mettre à la place à la culture du thé, des légumes et arbres fruitiers, sponsorisés par leur frères de Taiwan ... et éventuellement ouvrir leur région au tourisme lentement.

Je logerai dans la plus ancienne guesthouse du village, tenue par une charmante famille chinoise. L'originalité de ce village tient plus dans les lanternes rouges ou dans les caractères chinois qui ornent l'entrée des maisons que dans leurs architectures.





Derrière ma guesthouse se trouve à la fois une mosquée, (certains chinois musulmans du Yunnan avaient entre autre fuit la Chine pour persécutions religieuses), une église (devant laquelle en passant je verrai un jeune ranger sa guitare électrique à la fin de l'office...) et au dessus de tout cela un temple bouddhiste....


Et le matin, en guise de réveil, vers 5 ou 6 heures, le Muezzin de la Mosquée émettra bien fort, Allah Akbar ...ce qui surprendra la petite touriste que je suis, dans un village chinois au nord de la Thaïlande...

Le 21 juillet à 6 heures du matin, je retrouve un touriste anglais connu la veille au soir dans le salon de ma pension, et nous nous rendons au marché local du matin, afin d'y boire notre lait de soja chaud dans lequel on y trempe des beignets, et observons le commerce des légumes ou de toute autre denrées entre les habitants de Mae Salong et les membres des tribus montagnardes environnantes, parées pour les femmes de coiffes en métal (dont le design aurait sans doute inspirer Jean Paul Gautier pour un prochain concert de Madonna...) .


Puis à 8 heures, me voila en selle sur un cheval d'une tribu akkha, accompagnée par 2 touristes taiwanais sur leurs montures respectives et de 2 guides akkhas. Mes compagnons Taiwanais se révèleront fort utiles, me servant d'interprètes, nos guides ne parlant que Chinois ou Thaï...Heureusement, la ballade se fera au pas, car je suis loin d'être une cavalière émérite ... 4 heures plus tard, de retour de la ballade, claquée, je m'offrirai une bonne sieste dès la fin du déjeuner. Pour anecdote, d'après le Lonely Planet (guide de référence que j'utilise pour faire mes itinéraires) il est plus prudent de faire ses randonnées dans la région du Triangle d'or, avec un guide Thaï, afin de ne pas risquer d’être pris pour un agent américain de l'agence anti drogue (par les trafiquants d'opium) ou pour un trafiquant de drogue (par les soldats Thaïs)...

Vers 19 heures, alors que je me rends chez l'instituteur du village pour vérifier sa connexion Internet dont on vient de m'apprendre l'existence..., sa femme me demande "country ?" Je lui réponds toute fière en chinois, Wo shiiiiii Fa Guo Jen... ("Je suis française", vieux restes de mes 2 ans de chinois, étudié il y a quelques années) Au même moment, une vieille femme dans l'ombre me réplique : ah, mais alors vous parlez français ...! C'est une Soeur des Ursulines, qui a habité Paris 17eme pendant 9 ans et qui est là, de passage pour Caritas avec quelques profs venus effectuer une petite formation aux enseignants du village. Puis un petit curry de poulet à la noix de cajou chez le musulman chinois du coin, et au dodo...

Aujourd'hui, 22 juillet, redescente sur Thaton d'où j'ai pris une de ces longues barques effilées à moteur sur la rivière Nae Nam Kok et ai rejoint donc par ce biais la ville de Chiang Rai, grande ville polluée sans intérêt, d'où je repartirai demain matin en direction de chiang Saen, petite ville tranquille au bord du Mekong, point de passage officiel pour le Laos. De là, je prendrai 1 ou 2 jours plus tard un bus pour Chiang Mai, d'où le train me permettra de redescendre agréablement sur Bangkok vers le 26.

Et pour changer, je me suis pris ce soir une chambre avec Air conditionné, télé (avec Star Moovie) et Baignoire avec eau chaude, petit hôtel de luxe qui fait du bien de temps en temps ...


N°10/Chiang Maï 28 juillet 2003


Quelques lignes de Thaïlande avant de reprendre l'avion demain soir pour la France...

Si mes souvenirs sont exacts, dans mon dernier email, je venais d'arriver à Chiang Rai et vous demandais gentiment de me renvoyer par Internet de petites averses nocturnes, afin de rafraîchir au moins les nuits thaïlandaises, la mousson étant complètement absente la semaine précédente.

Résultat, pluie non stop le jour suivant, (si j'avais su que mes requêtes par Internet marchaient si bien, je vous aurai demandé autre chose ...) ce qui me décida à quitter Chiang Rai en bus pour Chiang Saen , petite ville tranquille au bord du Mékong, faisant face au Laos. Et pour me consoler de cette météo très très humide... un hôtel chic, avec les chambres entièrement décorées d’antiquités Thaïlandaises. Cela fait plus rêver que des cafards ou des lézards, je vous assure ! ou peut être que je commence à vieillir et que les chambres spartiates de mes voyages d’étudiante ont perdu de leur charme...

Le matin suivant, je louais un vélo pour découvrir les berges du Mékong avant de finir par me poser dans une échoppe de rue et tout en mangeant un énième "fried rice", de regarder les bateaux chinois se faire charger de marchandises diverses par des "dockers " de Chiang Saen pendant que les équipages vaquaient à leurs occupations.


Dans l' après midi, je repartais en bus direction Chiang Mai où j'arriverai vers 21 heures en ayant pris le soin de laisser la mousson derrière moi... Ce soir là, je dînais avec un touriste américain croisé dans ma nouvelle guesthouse au sein de la vieille ville et Bush fit bien sûr partie de la conversation, mais ayant un démocrate en face de moi, la discussion fut paisible...

Je consacrais les 2 journées qui suivirent à découvrir Chiang Mai et ses nombreux temples cachés au détour des ruelles, ses marchés etc. ... ses vendeuses d’insectes frits avec au choix, cafards, sauterelles ou vers blancs qu'elles croquaient tels des gâteaux apéritifs pour faire passer le temps ... ne me demandez pas quel goût cela a...mais il parait que cela rend les gens en meilleure santé ! Le 26, je reprenais le train, en direction cette fois ci de Bangkok, étape finale. Etant dans un train de nuit, j'optais pour un wagon couchette 2nde classe, qui se remplira peu à peu. Vers 20 heures, un agent du train vint fermer ma fenêtre, faire mon lit, et m’apporter une serviette de toilette. Et qui sait, ( ? ) si j'avais été en première classe, peut être que l'agent m'aurait en plus bordée et raconté une histoire pour m'endormir... ? Mais étant bel et bien en seconde classe, il ne me restait plus qu'à tirer le rideau vert qui isolait chaque couchette, telle une jeune chinoise cachée dans son palanquin. Par chance, j'avais avec moi un roman intitulé les Nuits de Bombay par Louis Bromfield, acheté par hasard dans une librairie de Chiang Mai quelques heures avant... Rien de mieux qu'un bon livre pour ce genre de soirée, en espérant qu'ils n'éteignent pas la lumière du wagon trop tôt...


Arrivée le 27 au matin à Bangkok. Comme ce sont mes deux dernières nuits en Thaïlande, je me suis à nouveau offert un hôtel chic, ( mais vu les prix ici, le coût d'une telle chambre avec A.C., baignoire , balcon et TV câblée dans un hôtel avec piscine reste inférieur à une chambre en Formule 1 en France, la folie reste donc des plus raisonnables...) Ce qui ne m'a pas empêché d'aller au cinéma hier soir, voir "28 days later" de Danny Boyle, dans le genre bien stressant, on ne fait pas mieux... mais très bien filmé.

Pour le côté local, je dois vous préciser qu'avant le début du film, après les publicités, vous avez d'un seul coup la salle entière qui se met debout sur l'hymne national de la Thaïlande je suppose, en l'honneur du Roi, dont on voit sur l'écran géant des photos diverses défiler pendant 3 ou 4 minutes. Cela surprend lorsque on ne s'y attend pas...



Enfin, aujourd'hui, grande ballade à pied 5 heures durant de Siam square où je loge en passant par Thanon Silom jusqu'au quartier chinois et ses marchés dans ses petites ruelles interminables avec des temples de ci de la, quartier indien, pour clore ce soir par un restaurant vietnamien en compagnie d'une amie japonaise installée a Bangkok. On ne peut faire plus asiatique comme journée...non ?





Et demain soir, je serai dans l'avion, sur le chemin du retour, en train d'imaginer ce que les quelques pellicules photos que j'ai prises vont bien pouvoir donner comme résultat...



ou de penser à une prochaine destination pour l'année prochaine ...

Je vous épargnerai un énième mail de Thaïlande demain, promis ...et j'espère vous avoir fait un tout petit peu voyager par email interposé...

A bientôt si bouddha le veut bien...