Lundi matin, j'émerge vers les 9 heures, et sans réveil s'il vous plait !
Ceux qui me connaissent bien savent que cela relève de l'exploit pour moi... Je pars arpenter les différents souks, au nord de la place, non sans avoir vainement tenté de mémoriser l'un des plans du routard, afin d'avoir une vague idée du chemin de retour. Mais finalement, il se révèle agréable de se laisser aller un peu au hasard, dans ce dédalle de ruelles presque labyrinthique (cela se dit ça ?). Pour le retour, et heureusement pour moi, le sens de l'orientation n'est pas vraiment nécessaire... il suffit de repérer une ruelle plus peuplée que les autres, et de scruter le visage de 2 ou 3 touristes: si ils ont l'air fatigués et pressés, c'est qu'ils sont bien sur le chemin du retour vers un peu plus d'air et d'espace, donc vers la place Djemaa... Alors, il n'y a plus qu'à les suivre...
S’ils ont les yeux encore émerveillés, ils viennent sans doute à peine de rentrer dans le souk et n'en sont qu'à leur 2ème "La Gazelle", alors que j'en ai déjà emmagasiné une bonne
cinquantaine...il faut alors les prendre à contre courant, et la sortie est proche... :-)
Je retourne sur la place vers midi et m'offre mon premier Tajine poulet citron. L'après midi, après une courte halte à l'hôtel et un bon thé à la menthe, pour vous narrer ces quelques lignes, se prolongera par la visite de l'ancien quartier juif, beaucoup plus reposant, le palais El Badi et les alentours de la Koutoubia, le palais de Bahia étant malheureusement fermé pour travaux de rénovation.
Demain mardi, changement de programme, alors que ce matin, j'optais pour la direction de Rabat par le train, la gare étant au centre de Rabat, alors que la gare routière étant à 6 Km de Rabat (petit détail qui a son importance), j'ai finalement décidé de faire le même parcours qu'initialement prévu mais en sens inverse. Conclusion, je prends demain matin vers 7 heures un minibus avec 6 autres touristes et un guide, pour la route de Tizi "quelque chose", jusqu' à la Kasbah de Ait Ben Haddou, puis Ouarzazate, la Vallée du Dades et ses gorges, la vallée du Draa, les gorges du Todra, Erfoud puis MErzouga, avec une nuit je ne sais plus où... et une nuit dans le désert, avec ballade en chameau avant et après... Je lâcherai le groupe le 3eme jour à Erfoud pour continuer en solo vers le nord, sans doute en bus jusqu'à Mekhnès dans un premier temps, puis Fès, Chefchaouen etc...
Prochain mail donc dans 3 ou 4 jours de Mekhnès, Inch Allah, sauf si Allah ne le veut pas et que lasse de moi même, je décide de me vendre contre 2 chameaux... dont je vous laisserai l'usufruit pour vos prochaines ballades marocaines (en voilà une bonne idée pour le CE de SIA... ballade en chameaux, pas cher, juste le billet d'avion, l'hôtel et la nourriture à ta charge, les chameaux c'est gratis... )...et comme je suis quelqu'un de bien, ce seront deux belles bêtes qui ont déjà gagné plein de courses, parce que je le vaux bien... ;-) Funny la Gazelle...
Mardi 9 juillet 2002, Marrakech
"On peut rater son dernier métro, mais pas ses vacances", tel est le dernier slogan qui m'ai marquée, affiché dans les couloirs de Montparnasse peu avant mon départ...
J'ai réussi tout de même à me lever à 6h30 sans réveil aucun, en prévision du départ prévu pour 7 heures, en minibus. Ce n'est pas 6 personnes mais 12, chauffeur compris, qui partageront avec moi les 3 jours à venir. Le groupe est des plus international: 1 couple d'anglais, 1 couple de hollandais, 1 américain, 2 canadiennes, 1 suédoise et 1 japonaise, toutes les 2 étudiantes à Paris, 2 autres japonais et moi même,la moyenne d'âge étant de 25 -30 ans. Nous faisons très vite connaissance et l'ambiance se révèle très sympa.
Quelques heures plus tard, après avoir traversé des paysages bordés de lauriers rose, les routes en lacets nous amènent en haut du col de Tizi, au delà duquel le paysage aride de l'anti atlas fait oublier la verdure présente au départ de notre itinéraire.

Régulièrement, on aperçoit disséminés de part et d'autres, de petits villages entièrement en pisé, les kasbahs. Nous nous arrêtons à la Kasbah d'Ait Benhaddou dans laquelle auraient été tournés une 20taine de films, dont Lawrence d'Arabie.
De loin, ces kasbahs donnent l'impression de forteresse d'une autre époque, finement travaillées tout en étant marquées par une certaine érosion. Certains ont presque l'allure de châteaux de sable érigés à flanc de colline de pierre ou de falaise, avec un passé fantôme... Seules quelques antennes paraboliques viennent témoigner d'une présence humaine encore aujourd'hui...

Nous continuons notre chemin jusqu'aux abords d'1 palmeraie dominée par une autre kasbah autrefois habitée à la fois par des chrétiens, des juifs et des musulmans, avec 3 lieux de culte correspondants. Seule une dizaine de familles musulmanes y résident aujourd'hui.


Nous reprenons la route en direction des gorges du Dades au coeur desquelles nous passerons la nuit dans un charmant hôtel, le long de la rivière. Le lendemain matin, nous nous rendons dans les gorges du Todra, et descendons les pieds dans l'eau un partie de la rivière peu profonde qui sillonne ses gorges.
Nous repartons après cette dernière escale de fraîcheur en direction du désert, en passant par Erfoud, pour arriver ensuite devant les portes du Sahara, face aux dunes de Merzouga.

Nos 12 chameaux nous attendent.
Chacun s'achète une bouteille d'eau fraîche et emprunte au passage une couverture, supposée nécessaire pour la nuit, mais surtout indispensable pour faire office de selle et donner la petite touche de confort pour nos postérieurs fragiles de jeunes citadins chevauchant l'ossature saillante des chameaux.

Après une bonne heure de déhanchement nonchalant ou crispé selon l'inclinaison des dunes, nous arrivons à la tombée du jour sur notre campement.
Le coucher du soleil n'aura malheureusement pas été aussi coloré que les cartes postales pouvaient le laisser présager, mais le dépaysement reste total et le silence fort appréciable après les nombreuses heures de minibus que nous venons d'endurer ces deux derniers jours.
Je reste cependant sceptique quant au cadrage et à la netteté des quelques clichés pris de notre caravane ou des dunes durant notre ballade du fait du mouvement incessant de ma monture...
Non mécontente de descendre de la "bête", les quelques légères douleurs qui m'accompagnent... me rappellent d'une certaine façon mon dernier week-end "sportif" fin juin, durant lequel je me laissais convaincre par des amis de m'adonner pour la première fois au VTT... dans les sentiers forestiers de la Sarthe.
La dureté de la selle ressemble à celle du dos du chameau... et l'appréhension que j'avais dans les descentes, mains crispées sur les freins équivaut au vertige lors des quelques dérapages de mon chameau dans les dunes trop pentues, sauf que là, impossible de sauter de la selle...
Une fois à terre, comme chacun de mes compagnons de route, j'ôte mon foulard qu'un chamelier m'a gentiment noué à la façon des touaregs... et me retrouve avec le front et le coup tirant sur l'indigo, couleur du textile en question....
Je suis donc en harmonie avec la couleur de la nuit... ;-) et le resterai, ayant zéro salle d'eau à disposition et ne voulant pas gaspiller mon unique litre d'eau potable.
Le couscous est en cours de préparation; nous sirotons notre thé à la menthe tout en contemplant le ciel étoilé, assis sur quelques tapis, cernés de 3 grandes tentes rudimentaires. Scarabées et papillons de nuit commencent à nous rendre visite, attirés par la lumière émanant d'une de nos 2 lampes à gaz.
A nos questions sur les scorpions et serpent, notre chamelier nous rassure, les scorpions sont plutôt vers fin août et les morsures se soignent bien et sont au pire suivies d'une bonne fièvre. Quant au serpent, il arrive quelque fois de voir des traces, mais cela reste rare.
Lorsque soudain, je vois une masse blanche parcourir le toit sombre d'une de nos tentes: il s'agit d'une "énorme" araignée couleur sable, de la taille de la paume de ma main (et j'ai de grandes mains... pour ceux qui douteraient du qualificatif "énorme"...:-)
Je pousse évidemment un cri certain, bientôt suivi par les autres "gazelles"... et déjà le "monstre" a disparu dans la nuit, ce qui n'est pas pour nous rassurer...
Le chamelier est bien sur "mort de rire", quant aux autres "mâles", peu font les fiers, tout le monde ayant bien conscience, que notre souhait commun de dormir à la belle étoile du fait de la chaleur sous les tentes, implique que nous nous exposons tous aux pattes finement velues de notre nouvelle invitée..
Le repas se passe sans incident, copieux et arrosé de vin marocain. Je sens quelque chose me chatouiller le bas du dos et passe presque machinalement ma main sous mon tee shirt tout en jetant un coup d'oeil, pensant qu'il s'agit d'un papillon égaré ou d'un petit scarabée pouvant être rapidement éjecté.
Et là, horreur... Il s'agit de la même grosse araignée ... je fais illico un bon de 2 mètres au centre du tapis... (Heureusement, les plats étaient débarrassés...) non sans hurler bien sur... et sème la panique vers le couple d'anglais en direction de qui l'araignée part en trombe... Le chamelier est de plus en plus hilare, voyant toute une partie du groupe gesticuler dans tous les sens en fonction des apparitions fulgurantes de cette saltimbanque locale (l'araignée bien sur)... de par l'animation qu'elle engendre.
De là, un sentiment de rébellion émane d'une partie des gazelles à l'idée de s'endormir, pour de bon, toutes lumières éteintes... avec le spectre de l'araignée blanche... Et comme jamais 2 sans 3, notre araignée a la mauvaise idée de risquer une troisième offensive une demi heure plus tard vers le couple de hollandais et le chamelier... Ce dernier prend alors la première sandale à portée de main et écrase la bête, sous le plébiscite unanime des gazelles.
Le chat, blanc également (décidément...) rapportera lui aussi par 2 fois ses propres trophées de chasse et repas, sous la forme de 2 souris (je vous laisse deviner la couleur...) assorties à son pelage, qu'il déguste à moitié vivante dans un coin d'un des tapis. Et toutes, nous le remercions en pensées, de participer ainsi à notre confort...
Vers 1 heure du matin, chacun finit par se coucher, avec certaines (dont moi...) emmitouflées chacune dans un drap de la tête aux pieds, telles dans un linceul, sursautant à chaque courant d'air faisant onduler un morceau du drap...
Heureusement, quelques heures après, le jour se levait et nous repartions avec nos 12 chameaux en file indienne, les yeux cernés mais suffisamment ouverts pour admirer une dernière fois la succession des dunes à perte de vue. De retour à Merzouga, et après une bonne douche bien méritée, direction Erfoud.
De là, en compagnie des 2 canadiennes et de l'américain, je pris la route de Fès dans une vieille golf que nous avions loué la veille au cafetier du coin. Notre chauffeur, armoire à glace version Marocaine, ayant apporté avec lui ses k7 audio, la route commencera sur fond de rap...
Une demi heure après, nous tombions en panne de moteur sur une route désertique, mais non loin d'une petite maison, suite à un problème de durite. Heureusement, notre chauffeur avait son portable... si bien que 20 minutes plus tard, une voiture venait nous tracter jusqu'au village le plus proche, et 45 minutes plus tard, un ami venait lui prêter sa Mercedes 190 climatisée, top luxe comparé à la vieille golfe du début...
Sauvés, nous pouvions enfin reprendre la route de Fès, en passant par la vallée du Ziz, Midelt, puis le moyen atlas, Ifrane, et enfin Fès, sur le coup des 16 heures. L'américain Marco nous quittera dans la soirée pour prendre un train pour Tanger où il doit prendre le bateau pour l'Espagne., tandis que Jennifer et Laureen, les deux étudiantes canadiennes et moi même partageons une chambre à l'hôtel Cascade, à 5 euros par tête... au coeur de la vieille ville.

Chambre spartiate sans salle de bain, (donc salle de bain commune à l'étage, quand même...) donnant sur la rue, et au premier étage... donc bruyante à priori... mais SANS ARAIGNEE NI SOURIS...

Nous ne pouvions évidemment pas prévoir la fanfare de tambour qui est venue ce matin sur le coup des 5 heures... sous notre fenêtre laissée ouverte du fait de la chaleur...
Aujourd'hui, je me ballade seule, pour changer...visite tranquille de Fès avec ses petites ruelles et ses balcons en bois, mais shanti shanti, sans violence, du fait d'un estomac un peu fatigué...avec ensuite le repas de midi sur la terrasse d’un hôtel chic, une ratatouille Fassi et une bière marocaine bien fraîche, pour m'aider à rédiger grosso modo les lignes ci-dessus malgré la chaleur. Je réserve la visite plus en profondeur de cette ville pour demain. Je veux aussi me décider ce soir quant à ma prochaine destination. Let's see...
Demain est un autre jour...
13 juillet 2002, Fès
Dernier petit déjeuner avec les 2 canadiennes qui prendront un bus pour Mekhnès. Je prends une chambre single dans le même hôtel, donc toute aussi bruyante et spartiate, sans vitre aux fenêtres et toujours à 5 euros la nuit... Inutile de vous dire que j'ai l'impression très étrange d'avoir mon lit au beau milieu de la rue et de participer à toutes les conversations de la Médina, lorsque je bouquine le soir ou me lève le matin. Heureusement que j'ai la chance d'avoir le sommeil immédiat et lourd...
A la gare routière, après avoir réservé un billet pour partir sur Chefchaouen le lendemain matin, je sympathise avec le guichetier de la CTM, compagnie principale de bus, qui m'offre de me conduire gratuitement dans Fès ville nouvelle par le prochain bus qui la traverse, alors que je viens juste de lui demander le temps qu'il faut pour s'y rendre à pied...
Nous voilà partis tous les 2 pour un sprint dans la gare, afin que je puisse monter au vol dans la cabine du chauffeur dont le bus est déjà sur le départ. C'était moins une...
Le chauffeur reste des plus cools et m'offre même une cigarette... avant de me poser 10 minutes plus tard dans le quartier des banques.
Retour à pied en direction de la Médina, m'arrêtant au passage près d'une Fantasia en l'honneur du mariage du roi M6. 25 minutes plus tard, j'arrive enfin vers les remparts de Fès El Bali et prends la première porte permettant je suppose de rejoindre la Médina et donc mon hôtel.
Je repère non loin un minaret qui ressemble à celui de "mon quartier". Et me voilà partie pour une petite heure à déambuler dans les multitudes de petites ruelles, véritable labyrinthe, bien sûr introuvables sur mes diverses plans...
Je demande 2 ou 3 fois à des passants mon chemin, et ces derniers m'indiquent à chaque fois des directions opposées...
Je finis par trouver 3 garçons un peu plus réactifs, qui m'aiguilleront gentiment sur les "rails du retour" et dont la gentillesse rattrapera le comportement des autres gamins de Fès, plutôt du genre collants voir pénibles parfois.
Il faut préciser que Fès el Bali est composée entre autres de 9400 rues et ruelles et d'une dizaines de portes sur les remparts, donc il est certain que cela n'aidera pas la faiblesse légendaire de mon sens de l'orientation...
En fin d'après midi, me voila repartie découvrir une des rues principales qui traverse presque de bout en bout la Médina et ses nombreux souks. Cette rue descend tout du long, croisant nombre de petites ruelles menant soit à des placettes ou souks parallèles, soit à des Medersa, Mosquées, Hammams ou impasses privées. Au moins, pour le retour, cela sera plus simple... il me suffira de remonter...
Et cette ballade sera un vrai régal, sorte de retour en arrière dans le temps, dans ses petites rues pavées, arpentées tant par les habitants que par des mulets ou chevaux, portant colis divers, caisses de bouteilles de coca cola vides, ou bouteilles de gaz...
Ces rues sont souvent dédiées à un même type de métiers: Les herboristes qui vous expliquent les mérites de la poudre de coquelicot en tant que rouge à lèvre naturel... leurs pierres parfumées, leurs shampoings argileux... Les échoppes à nougats de couleur rose pale, vert amande ou bleu ciel... Les vendeurs de djellabas ou les petits tailleurs, les paniers remplis de menthe, de coriandre, dont le parfum me rappelle d'autres contrées lointaines telles que les marchés de Hanoï par exemple...
Les maisons paraissent toutes d'une autre époque avec leurs balcons en bois, leurs fenêtres en fer forgé, et leurs pourtours ornés de mosaïques.
Au hasard de mes pérégrinations, je tombe sur le palais des Mérinides, datant du 14eme siècle, et converti en restaurant chic dans les années 70. Je décide de me laisser tenter, sans regret...
Non seulement le repas sera un réel délice, mais l'accueil et le cadre seront également plus qu'à la hauteur de mes espérances. Petit luxe dans un havre de paix, digne des Milles et une nuits...fort appréciable après l'activité incessante de la Médina et le confort rudimentaire de ma chambre...
Plus tard dans la soirée, je remonte sur la Terrasse du restaurant la Kasbah, en face de mon hôtel, où j'ai pris l'habitude d'écouter en plein air quelques morceaux de trip hop savamment choisis par le serveur, tout en sirotant un dernier thé à la menthe. Mais ce soir, ni la chaîne stéréo ni le serveur habituel ne sont là. Il est temps pour moi de quitter Fès...
14 juillet 2002 En route vers Chefchaouen
Alors que je prends le bus pour Chefchaouen, un couple de touristes hollandais arrivés à le même heure au guichet, me font remarquer que le guichetier ne m'a pas fait payer les frais de bagages en soute pour mon sac à dos, contrairement à eux et aux autres passagers... Il s'agit du même guichetier que la veille, qui m'avait permis de rejoindre la ville nouvelle sans payer davantage... Comme quoi un sourire et prendre quelques minutes pour discuter avec les gens, peut rendre la vie agréable et pleine de surprises positives... Les 4 heures de route se passent sans encombre à travers un paysage vallonné, mais relativement sec.

Arrivée à Chefchaouen, charmante petite ville à flanc de montagne, aux maisons blanchies à la chaux et aux portes et volets peints en bleu. Nous voilà au coeur de la région où l'on cultive le cannabis et les fumeurs de haschich y sont légions.

Je me trouve un hôtel adorable, la pension Mauritania, avec des chambres sur 2 étages, réparties autour d'une cour intérieure, avec des sols en mosaïques et un très joli salon traditionnel où l'on peut prendre son petit déjeuner pour 1 euro...

Première visite de la ville, non sans avoir d'abord déguster un tajine de crevette et un thé à la menthe sur la place de la Médina, pour me réveiller.

La ville est adorable mais les faux guides viendront rapidement gâcher mon plaisir, avec une persistance que je n'avais jamais connu jusque là...

Je retournerai donc peu après me détendre a mon hôtel, ne souhaitant pas me prendre la tête des le premier jour... je reste cependant perplexe sur la façon d'éviter ce genre de désagréments, lorsqu'on l'on voyage seule ici : A part me déguiser en homme avec une djellaba et une fausse barbe, ou même en femme voilée, quoique le petit sac à dos et l'appareil photo ne fasse pas très local... ou commencer ma visite de la ville des les 5 ou 6 heures du matin... sinon, je ne vois pas...

Le soir arrive et un concert de musique marocaine ayant lieu sur la place principale de la Médina emplira l'espace sonore de la ville jusque tard dans la nuit. Je me trouve un restaurant tranquille, d'où je vous rédigerai ce dernières nouvelles, tout en écoutant ses chants traditionnels, en l'honneur du mariage du Roi, dont c'est le 3eme et dernier jour. Le retour à mon hôtel sera plus compliqué, la place étant tellement noire de monde, que mon unique tentative de la longer se verra vite écourtée sous peine d'être écrasée comme un moustique contre un mur, ne pouvant plus durant quelques instants, ni avancer ni reculer.
Je finirai par remonter des ruelles plus désertes pour contourner cette foule massive rassemblant sans doute toute la vallée.., et demanderai au premier policier rencontré de m'indiquer le chemin de retour à mon hôtel par l'extérieur de la Médina, ce que fera gentiment son jeune fils, jusqu'à la porte de ma pension, lui même n'habitant pas loin.
15 juillet 2002 Chefchaouen

Je vais profiter de cette dernière journée sur Chefchaouen pour déambuler dans les rues et peut être prendre quelques photos, avant de me rendre demain en bus sur Tanger la sulfureuse de réputation, mais avec un charme certain parait il si l'on se donne le temps de creuser.


De Chefchaouen à Tanger 17 juillet 2002
Chefchaouen est à présent derrière moi.
Curieusement, alors que le premier jour m'avait paru pesant, m'étant fait alpaguer d'emblée à dix minutes d'intervalle par les 2 faux guides les plus collants de la planète...le deuxième jour fut des plus sympathiques: Gros petit dej tardif dans le salon traditionnel de ma pension, cyber café entre midi et deux, et après-midi à flâner dans le marché et les ruelles de la Médina Est-ce que le bob que j'ai pris le soin d'enfoncer jusqu'aux oreilles (gentiment prêté par Miss Cécile) sera pour quelque chose dans l'absence totale d'interruption intempestive par les faux guides du coin ?


Seul Allah pourrait le dire...;-) J'en suis seulement à ma seconde pellicule couleur et je sais déjà que ce sera la meilleure avec ses scènes de rue et ses portraits d'enfants courants dans les rues ou buvant aux fontaines...
Vers 17 heures, petit couscous aux légumes parfumé à la cannelle, sur la place principale de la Médina, avant de regagner mon hôtel et de lire d'un trait les catilinaires d'Amélie Nothomb, tout en sirotant un thé à la menthe.
Je quitterai Chefchaouen le jour suivant par le bus de 15h15, direction Tanger. Le trajet se passera sans que je m'en aperçoive, assise au fond du bus aux cotés d'un canadien avec qui je discuterai politique internationale et voyages jusqu'à notre arrivée sur Tanger.
Nous nous donnons rendez-vous à 20heures au café Mamounia, le temps de s'installer chacun dans nos hôtels respectifs.

J'opte pour ma part pour l'hôtel Olid, dans le Petit Soco, près de la Médina, où une bonne partie de ces anciens hôtels chics à présent délabrés pour la plupart, sont devenus pour certains des maisons de passe.
Le mien semble relativement vide mais honnêtement fréquenté... Il date de 1814 et seuls son architecture et son immense escalier (aujourd'hui recouvert d'un vieux lino imitant le parquet) laisse deviner ses splendeurs d'antan, car il n'a visiblement pas vu l'ombre d'une rénovation digne de ce nom depuis quelques décennies... Les murs sont décorés avec la technique du faux marbre, mais le travail a sans doute été fait par un débutant tant la technique est grossière, ce qui néanmoins lui donne un charme enfantin d'hôtel en carton pâte...
Quant à la déco de ma chambre, avec ses très haut plafonds, elle résulte de petites fleurs pâles peintes à la main sur les murs, d'un lit double qui date sans doute d'avant guerre vu l'état du sommier et d'une petite table en bois sombre avec la chaise assortie. Et l'on imagine aisément que l'un des nombreux artistes attirés par Tanger au début du siècle dernier, aurait pu séjourner dans cette même chambre et s'asseoir à cette table pour y rédiger à la lueur d'une bougie les premières pages d'une de ses nouvelles...
Vers 20 heures, je rejoins Chris le canadien à la terrasse du Manounia sur le port. Comme toujours, il n'y a que des hommes présents sur les lieux, sirotant café ou thé et discutant des heures durant. Chris arrive et nous partons nous installer dans un restaurant dont le 1er étage donne sur la rue As-Siaghin, au coeur de la Médina.

La nuit tombe quant soudain, une fanfare se fait entendre non loin. Il s'agit d'un mariage. Les musiciens passeront sous notre balcon, escortant un cheval sur lequel se trouve une sorte de palanquin cachant aux yeux de tous la beauté de la future mariée. Vers 11 heures, Chris me raccompagne à mon hôtel, il prendra un bateau pour l'Espagne tôt le jour suivant. Je m'endors emmitouflée dans ma djellaba, qui me servira à la fois de sac à viande... de moustiquaire de fortune et me permettra de me réchauffer suite aux premières poussées de fièvre habituelles que j'attrape à chaque léger changement de température depuis mes derniers séjours en Inde.
17 juillet, Tanger
Je me réveille encore fiévreuse mais avec le soleil ...
J'entends par la fenêtre la musique d'un vieux film de Charlie Chaplin, qui passe dans l'un des cafés de la rue adjacente. Il est 11 heures...
Après une douche froide dans une des salles d'eau communes, je quitte mon hôtel, fait un tour rapide de la Médina, puis retourne sur le port en direction de la ville nouvelle. En déambulant dans les rues, je passe par hasard devant une porte grande ouverte par laquelle j'aperçois de magnifiques photos en noir et blanc, mais tirant vers le sépia, exposées sur les murs, et représentant des paysages marocains ou des scènes de marché. Je ne peux m'empêcher d'entrer... et me retrouve dans un splendide restaurant intimiste, dont les murs de brique rouge sont tous ornés de ses magnifiques clichés. La vaisselle est un subtil mélange d'argenterie et de porcelaine, s'intégrant parfaitement avec le dégradé de gris des différents textiles, rideaux, nappes, chemins de tables et coussins. Un doux morceau de jazz accompagne le tout.
Je m'installe à une table, après avoir dévoré les photos une à une... et sympathise avec le vieux serveur. Après avoir vécu une vingtaine d'années en Allemagne, ce dernier est revenu pour sa "retraite" sur Tanger et considère son travail dans ce restaurant comme un passe temps, dans un cadre apaisant, loin du brouhaha du centre ville.
Je suis moi même littéralement tombée amoureuse du lieu en question.
Le cuisinier quant à lui n'est pas cuisinier de profession mais artiste peintre. Cela explique les beautés des 2 assiettes qu'il m'apporte, dont la recherche est autant dans les saveurs que dans la présentation.
Alors que je lui demande de me conseiller le meilleur endroit de Tnnger pour acheter du Safran, il envoi immédiatement son commis de cuisine en acheter et m'en fait rapporter 5 petits paquets qu'il m'est bien sûr interdit de payer... Je déguste mon café accompagné par les "Feuilles Mortes " par Yves Montant. Je demande au serveur de me montrer le disque. On peut lire sur la pochette Charles Aznavour et WES MONTANT...
Le serveur m'offre un schnaps marocain, à base d'alcool de figues, fait à l'origine par la communauté juive d'Essaouira. Le téléphone sonne. Il s'agit du Consul de France qui appelle pour réserver une table pour le soir.
Soudain, le propriétaire des lieux, également auteur des photos, fait une courte apparition. Il s'agit d'un écrivain photographe gay d'origine Allemande, installé sur Tanger depuis plusieurs années, vêtu d'une tunique marocaine, et les cheveux blancs volants au vent... Il m'invite pour sa prochaine exposition de photo, mais celle ci sera malheureusement que fin juillet...
Je quitte ce lieu charmant et passe devant la terrasse des paresseux, d'où l'on a parait-il la meilleure vue panoramique de Tanger.
J'ai depuis perdu le reste de mes notes sur ce voyage qui date un peu, 2002... mais je me souviens ensuite être passée par Meknes, Larache, puis Essaouira, avant de reprendre mon avion de Marrackech... Donc voilà quelques dernières photos pour conclure ces trois semaines marocaines.






