Pourquoi une quarantaine ? 


Un bon nombre d’entre nous fait confiance à nos chers revendeurs souvent en fonction des prix affichés (plus c’est cher, et plus certains sont rassurés au sujet de la qualité du poisson acheté… alors que les fournisseurs sont très souvent les mêmes pour beaucoup de magasins, mais c’est un autre débat). En réalité, de nos jours très peu de revendeurs pratiquent des isolements avant la vente, en se protégeant derrière l’argument « c’est du poisson acclimaté » : effectivement, les grossistes proposent souvent 2 prix pour un même poisson, l’un en achat direct du pays d’origine et l’un en achat « poisson acclimaté »...

 
 
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Voici donc le pourquoi et le comment d'une procédure de quarantaine parfaitement adaptée pour un particulier comme vous et moi...


Le « poisson acclimaté » n’a en fait bien souvent subi qu’un traitement médicamenteux avant son départ (traité chez le fournisseur local dans le pays d’origine) puis un déballage lors de son arrivée en France, avant une réexpédition quasi immédiate vers nos magasins (quelques jours) : le poisson est alors affaibli par le trajet, et peut donc facilement déclarer une maladie; les pathologies d’importation ne sont pas non plus écartées puisque le délai est trop court (un poisson que vous achetez en magasin peut très bien avoir été pêché 7 jours plus tôt). 

Contrairement aux années 80 voir 90, les délais de transport entre le site de pêche et votre revendeur ont été réduits, et les grossistes travaillent en flux tendu, de ce fait il est possible depuis quelques temps de voir arriver dans nos bacs des pathologies qui étaient très rares à l’époque, et qui s'avèrent souvent très virulentes, alors même que nos anciens poissons ne sont plus immunisés . 

Tous les poissons sont porteurs sains de pathogènes : ces pathogènes sont responsables de l’émergence d’une maladie lors d’un affaiblissement du poisson (transport, stockage en magasin avec concurrence alimentaire) et/ou d’un stress (qualité de l’eau médiocre lors du stockage en magasin, qualité de l’eau médiocre dans votre bac, nourriture peu abondante, rivalité avec les poissons territoriaux déjà présents dans votre bac). Dans la plupart des bacs récifaux, les gens ne font rien devant une attaque de points blancs puisqu'il est impossible de traiter au cuivre et qu’ils ne disposent pas d’un bac hôpital (ou qu'ils n’ont pas la patience de repêcher le poisson malade) : ces gens ont raison dans 80 à 90% des cas, puisqu’effectivement, une crise de Cryptocarion sera résolue sans intervention dans un bac bien équilibré avec une eau impeccable et un poisson bien nourri. 

Mais il reste les 10 à 20% des cas qui, dans certaines conditions ( bac jeune ou déménagement datant de moins de 3 mois, ajout d’un poisson parasité dans un bac bien peuplé depuis très longtemps), vont vous apporter de l’Oodinium, ou pire de l’Amyloodinium (oodinium duveteux difficile à traiter) qui ne laissera aucune chance non seulement au nouvel arrivant, mais aussi à la plupart de vos poissons déjà en place, en commençant par les plus gros consommateurs d’oxygène.

Comme dit un peu plus haut, même si les poissons présentent une certaine immunité vis à vis des pathogènes en milieu naturel, vos anciens poissons ne sont plus en contact avec ceux-ci durant leur captivité, et en imaginant que vous introduisiez un poisson porteur d’un pathogène virulent, ceci plusieurs mois ou années après la dernière introduction dans le bac, vos anciens poissons seront alors très sensibles à cette maladie si elle se déclare.  

L’intérêt d’une quarantaine est triple :


> permettre au poisson de se refaire une santé avant de faire connaissance avec vos anciens poissons plus ou moins accueillants et d’observer sa réaction dans votre eau (permet d’éviter/limiter les crises de Cryptocarions bénignes), 


>  lui laisser le temps de s’habituer à la prise de nourriture, 


> mais aussi éviter toute introduction de parasite d’importation (Oodinium, Benedenia…) dans le bac principal.     

Mon Empereur atteint de la “maladie des trous dans la tête”

Vécu personnel justifiant les quarantaines : 


Je rédige cet article en connaissance de cause : je pratiquais très peu d’isolements depuis 20 ans d’aquariophilie marine, je me contentais de n’acheter un poisson en magasin que 15 jours après son arrivée et d’isoler les poissons parfois malades en bac hôpital pour les traiter au cuivre ou en bains d'eau douce, ceci jusqu’en 2005, avec jusque là de bons résultats. Nous avons dû déménager cette année-là; j’avais en vue d’agrandir le bac et j’avais donc, à cette occasion, élevé des Anges juvéniles. Le déménagement s’est très bien passé, j’avais alors misé sur la dilution du volume (600L d’ancienne eau, et 600L d’eau neuve préparée 15 jours plus tôt, transfert des roches vivantes en quelques heures etc etc…) pour me dire que je ne risquais pas vraiment de pic d’ammoniac ni de nitrite. 


Deux mois après le déménagement, le bac était magnifique, les poissons allaient très bien, j’ai donc ajouté deux poissons sains (en apparence) venant d’un magasin très réputé auquel j’ai fait confiance. Pas de chance, l’un d’eux était porteur d’Amyloodinium qu’il a déclaré quelques jours plus tard, les batteries du revendeur ont d’ailleurs été traitées à ce moment avec de lourdes pertes à la clé. 


Après un déménagement, même très rapide, il existe des pics fugaces (donc peu de chance de les mesurer) d’ammoniac pendant une assez longue période avant que le bac ne soit à nouveau équilibré correctement... La conjonction manque d’équilibre + poisson porteur d’Amyloodinium a ravagé ma population de poissons, que j’avais pour la plupart depuis plus de 6 ans : les poissons ont tous été plus ou moins contaminés en 10 à 15 jours, la progression a stagné avec l’UV et l’ozone, puis brutalement neuf poissons sur dix ont été liquidés en moins de 72 heures, seuls 3 poissons (mon Desjardinii, un Empereur juvénile et un Ciliaris juvénile) ont pu être isolés en bac nu pour être traités au cuivre mais seul le Desjardinii a résisté au traitement, les deux juvéniles sont morts, déparasités, mais avec des dégâts physiques malheureusement trop importants.

Je n’avais jamais vu ça en 20 ans: je n’avais jamais vu un parasite tuer malgré une eau sous ozone et un traitement au cuivre. C’est le genre de choses qui marque un passionné, d’autant plus que je tenais beaucoup à mes Anges que j’avais tous achetés juvéniles, que j’avais vu grandir, que je nourrissais tous les jours en vue de les voir évoluer plusieurs années plus tard dans ce grand bac… ce déménagement qui devait être un plaisir s’est transformé en cauchemar, j’ai eu plus de pertes durant ces 72 heures que depuis 1995.


D’autres personnes ont connu la même mésaventure sur le même arrivage dans de nombreuses régions, il faut donc bien se dire que c’est un événement rare mais qui finit toujours par arriver sur une longue durée; il ne suffit que d’une fois, c’est statistiquement inévitable, c’est une épreuve vraiment décevante lorsque l’on veut se faire plaisir avec un nouveau venu alors que l’on possède une magnifique population depuis longtemps. 


Pour ma part, même si le risque est faible, devant une telle déception j’ai décidé de ne plus jamais introduire directement un poisson dans mon grand bac : cette expérience a donc été utile et m’a poussé à imaginer une procédure de quarantaine rendant impossible l’introduction d’un tel pathogène dans un bac principal, puisque je pars du principe qu’il est impossible de l’éviter à l’achat : d’ou la mise au point de « La Quarantaine Efficace ».   

Je vais donc vous décrire cette procédure que j’utilise depuis 2005 avec succès, qui est pratique (et que je vous invite vivement à envisager dès que vous possédez un bac rendant difficile la capture de tous les poissons en peu de temps) pour ne pas connaître une stupide épidémie incontrôlable comme certains ont pu vivre. Cette procédure de « La Quarantaine Efficace » comporte 5 étapes successives.     

Matériel nécessaire :   


Une cuve nue d’une centaine de litres est le bon compromis : ce volume vous permettra d’acclimater des simples Anthias en la remplissant à moitié, jusqu’au Poisson Ange de 20cm en remplissage total, et le poids limité d’un telle cuve vous permettra aussi de la manipuler facilement.

Cette cuve doit être percée (vous verrez pourquoi en lisant la procédure) plutôt latéralement que par le fond (afin de pouvoir facilement véhiculer et stocker ce bac qui n’est pas utilisé en permanence sans risquer d’abîmer le joint du passe-paroi) et il est plus confortable d’avoir un flexible sur l’évacuation du passe-paroi, afin d’avoir un système adaptable à toute situation. Les poissons fraîchement importés étant en général stressés, il faut évidemment bien prévoir la couverture du bac en plaques plexiglass (plus pratique et moins dangereux que le verre pour ce bac qui est souvent véhiculé) afin de ne pas retrouver un nouveau pensionnaire suicidaire sur le carrelage un matin.  


Un petit filtre interne facile à nettoyer (ouate rincée quotidiennement) est conseillé afin d’éliminer facilement les déchets au fond du bac et donc de limiter les montées de nitrites. Un venturi est aussi indispensable.


Une pompe de brassage type Maxijet avec venturi permet de se dispenser de pompe à air (bruyante et risque potentiel de siphonage en cas de coupure), il faut par contre être attentif à la crépine d’aspiration afin de ne pas surprendre un nouveau venu désorienté.


Un chauffage parfaitement réglé, correspondant à la température de votre bac principal : devant la valeur actuelle de ce genre de résistance, il ne faut pas négliger la fiabilité de cet appareil car un chauffage défectueux de 2 ou 300w dans un petit volume peut facilement vous cuire le pauvre poisson en acclimatation... il n’est donc pas toujours bon de sur-dimensionner un chauffage.

Un thermomètre ou un sticker autocollant de contrôle de température, histoire de ne pas passer à côté d’une défaillance du chauffage lorsque la quarantaine tourne en « mode autonome » (cf explication dans la procédure).   


Une seconde Maxijet (facultatif car vous pouvez très bien utiliser la Maxijet de brassage) pour alimenter la quarantaine en provenance du bac principal lors des changement d’eau ou en « mode connecté » (cf explication dans la procédure), on nommera cette pompe “la pompe de remontée”.   


Deux parpaings de béton cellulaire (= siporex, poids limité permettant une manipulation aisée et résistance élevée à la compression), une plaque de polystyrène à placer entre les parpains et le verre.   


Un kit colorimètrique tests Nitrites (NO2).   


Le budget total pour le matériel est donc d’une centaine d’euros si vous êtes un peu débrouillard (cuve de récupération). Cette procédure nécessite par ailleurs un certain volume initial d’eau, et pas mal de changements d’eau sur votre bac principal, il est donc nécessaire de disposer d’une réserve d’eau de mer neuve assez conséquente (j’utilise personnellement une cuve de récupération d’eau de pluie de 350L pour préparer mon eau de mer neuve ce qui est très pratique).    





Pré-requis pour « La Quarantaine Efficace »:: 


====> Lors de l’achat d’un nouveau poisson, la première chose est de maintenir une densité dans votre bac plutôt basse (autour de 1,021, selon vos habitudes, quitte à remonter par la suite), il est donc préférable d’étalonner son densimètre à l’aide d’un réfractomètre, puisque les densimètres flotteurs ou à aiguilles sont souvent faussés… et il n’est jamais bon pour une acclimatation d’être à 1,025 alors que l’on pense se situer à 1,021 ! 

Un bac (et sa population) supportent très bien une baisse de densité de 0,0015 point par jour, sachant que certains coraux (Sériatopora notamment) n’apprécierons pas d’avoir une densité inférieure à 1,020 : l’étalonnage du densimètre ou l’achat d’un réfractomètre est donc à ne pas négliger. 


====> il faut signaler que les poissons seront plus facilement malades si votre Kh est trop bas (à remonter lentement).



Cette procédure, adaptée au passionné particulier, comporte 5 phases, chacune d’une durée variable pour une durée totale d’environ 15 jours (au minimum), pouvant aller jusqu’à un mois en cas de sujet récalcitrant, très rarement davantage. 

====> il est important de ne pas aller trop vite puisque le but principal est de ne rien introduire de grave dans votre bac principal.   


L’objectif est de pouvoir traiter une éventuelle maladie déclarée dans votre eau AVANT de passer le poisson dans le bac principal, le but n’est donc pas d’avoir un bac de quarantaine avec de l’eau neuve ni un bac de quarantaine qui est plein en permanence avec une eau proche mais légèrement différente de celle de votre bac principal : en effet, tout poisson étant porteur de pathogène sans systématiquement déclarer une maladie, il est important de ne pas faire subir au poisson un changement de paramètres lors de son passage dans le bac principal (dans ce cas vous seriez affranchi d’un pathogène d’importation après la période de quarantaine, mais pas d’une maladie certes moins grave mais déclarée lors du changement de paramètres). 

====> cette procédure nécessite l’eau en provenance du bac principal.   


Le décor de la quarantaine ne doit pas comporter de sable (qui diminue l’efficacité des traitements) et doit être limité au maximum : il suffit de placer une roche pour permettre au poisson de se cacher, rien d’autre. 

====> cette procédure nécessite un décor limité.  


La présence dans la quarantaine d’un Labroïde dimidiatus et/ou d’une armée de Lysmata amboiensis (à retirer lors des traitements au cuivre) ne peut qu’aider le poisson lors de son acclimatation.  

Phase 1 : Acclimatation et Mode AutonomePhase_1.html

Diaporama en bas de page optimisé avec Safari ou Firefox.

Phase 2 : « Mode Autonome  d’Observation»Phase_2.html
Phase 3 : « Mode Autonome Prophylactique »Phase_3.html
Phase 4 : « Mode Autonome Sevrage thérapeutique »Phase_4.html
Phase 5 : « Mode connecté »Phase_5.html
Bilan et conclusionBilan.html

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