Du 4 décembre au 19 décembre 2008.
Discours de présentation de l’expo : “Un nouveau local” (texte corrigé orthographiquement parlant)
Toutes les oeuvres photographiques exposées ici ont puisé une majeure partie de leurs
ressources dans ce qu'on peut nommer le « local ». Je parle du « local » que nos élus et bénévoles
passionnés sont chargés de promouvoir, de protéger et de développer, et qui va trouver désormais un
formidable écho dans la nouvelle vague de l'écologie raisonnée. Il n'y a aucune intention, en ce qui
me concerne, de m'inscrire dans une démarche de promotion à tout va d'un territoire. Si cela se fait,
c'est inconsciemment ou indépendamment de mon discours artistique.
Je ne suis pas le représentant d'un territoire plus qu'un autre et les photos n'ont pas puisés leurs
ressources au coeur d'un territoire plus qu'un autre. Je veux dire un territoire clos artificiellement par
je ne sais quelle nécessité administrative et économique sous couvert d'identité géo-culturelle, un
territoire dont il faut défendre vaille que vaille le semblant d'identité : un canton, une communauté, un
département etc. Autrement dit, un nom. Ceci n'est pas vraiment mon affaire, mais je ne vois pas
d'inconvénient à ce qu'on utilise ma présence et mon action pour le bien de tous comme on dit, pourvu
qu'on ne me pose pas sur la tête une casquette du type coiffe traditionnelle enchantée qui me ferait
danser le galop nantais et « baragouiner » en gallo romain. Je n'y vois pas d'inconvénient pourvu
qu'on ne me scotche pas une étiquette du type Label Rouge pour jolie dinde dodue aux oeufs d'or en
guise de bâillon.
Mes photos ne sont ni drapeaux ni porte-drapeau ni écussons ni armoiries. Elles n'ont rien ni
d'héraldique, ni de hiérarchique. Elles seraient plutôt du genre crapaud qui au baiser de la belle se
transforme en prince; elles seraient plutôt, en terme horticole, greffe en écusson qui permet des
assemblages un peu contre-nature. Elles seraient plutôt du domaine de l'Anarchie avec un grand A, de
l'Utopie avec un grand U, de la Quintessence avec un grand Q. Elle seraient plutôt du coté de l'entre-deux
monde, du surréalisme, du fantasmatique et, pour rajouter un zeste de romantisme maladif et
britannique, elles seraient plutôt borderline. Elles sont sans doute de baudelairiens petits paradis
artificiels mais, je vous rassure, de ceux qui n'utilisent comme moyens stupéfiants que pixels et octets,
chromophores et photorécepteurs et à l'occasion quelques neurones à synapses et un peu de jugeote à
imaginaire.
Les ressources exploités par ces photomontages sont de toutes façons rendues méconnaissables d'une
part à cause de leur qualité d'extrait et d'autre part à cause des vertus dégagées lors de leur
préparation. Et en fait, si elles avaient conservé leur aspect reconnaissable, je ne suis pas sûr qu'elles
serviraient joyeusement et innocemment une quelconque cause identitaire. Il faudrait craindre à ce
qu'elles s'emploient à dénoncer ou à ridiculiser les erreurs et aberrations d'hier et ... d'aujourd'hui.
Ces photos ne sont pas là pour faire un état des lieux paradoxal sous forme de reportage sur la misère
et la déchéance dans nos campagnes et sur les joies bucoliques et paysannes. Il n'est pas question de
faire pleurer dans les chaumières, pas plus qu'il n'est question de faire rêvasser à l'ombre des jeunes
filles en fleurs, pas plus qu'il n'est question de faire un relevé botanique des différents biotopes
hétérogènes.
Elles sont là pour s'imposer à vous et en même temps pour vous attirer vers elle, en elle,
ceci dans le but tout innocent de vous renvoyer face à vous-même et en vous-même. Devrez-vous
lutter contre les attaques des harpies dévastatrices et animales, devrez-vous résister aux tentations des
sirènes cantatrices et cannibales? Je pense que la plupart d'entre vous en reviendra indemne voire
même enrichie comme on revient d'une incursion fructueuse dans les îles au trésor que voilà. J'espère
que vous ne serez pas comme ces personnages des légendes celtes qui tombent en poussière après
avoir passé plusieurs siècles dans un autre monde (ce que les Irlandais appellent le Sidh) alors qu'il
pensait s'être laissé emporter par un songe pendant seulement quelques minuscules minutes.
Dans le local, ces oeuvres ont puisés de diverses façons, d'ailleurs plutôt inattendues. Evidemment les
prises de vues ont pour la plupart été faites ici ou là, dans le coin ou un peu plus loin. En gros, cela va
des touffes d'herbes qui poussent au pied de mes pommiers jusqu'aux algues vertes qui ornent les
rochers de la côte d'émeraude. Ont servi de modèles telle vieille souche pourrissante dans les creux de
Gomené, tel tas délaissé de troncs évidés près du cimetière de Concoret, telle racine s'accrochant
désespérément à son talus esquinté à Iffendic. En fait ces détails appartiendraient à un paysage
complètement anonyme si notre climat tempéré et nos modes paysans n'avait pas privilégié telle ou
telle essence d'arbre et telle ou telle gestion de l'espace et surtout si mon attention et ma mémoire ne
s'y attardait pas au point de vous le raconter.
Mais, en fait, rien n'empêcherait que les prises de vues initiales se fassent dans un ailleurs vraiment
lointain. L'important est qu'elles proposent des « connexions » graphiquement, constructivement et
esthétiquement intéressantes, des « surprises » suffisamment fortes pour venir perturber nos habitudes
visuelles, nos appréhensions et reconnaissance formatées, presque sécurisées, de notre environnement.
Les limites particulières de l'oeuvre elle-même, les limites de la prise de décision et de l'action
artistique, celles des moyens techniques et technologique de la représentation, de la mise en place et
de la présentation, et celles d'un projet issu d'une volonté intellectuelle ou d'une force venant plus ou
moins de l'inconscient, ces limites sont mes préoccupations.
L'oeuvre d'art n'a pas d'autre choix que de faire avec une limite, que de s'imposer une limite, celle de
son support, de son médium pour ne pas dire média, mais aussi celle de la culture, de l'éthique et de la
bienséance. L'artiste n'a pas d'autre choix que de faire avec la limite de l'oeuvre d'art et, bien sûr, c'est
plus fort que lui, de la transgresser en la considérant comme un fil sur lequel se promener tel un
funambule, de la transgresser en la transformant en fil d'Ariane afin d'affronter l'obscur et en revenir,
de la transgresser enfin en la dénaturant jusqu'à en faire les cordons d'une fronde philosophique ou
sociale. L'oeuvre d'art n'est pas une fin en soi, elle est un moyen. S'il vous plaît, ne pas confondre avec
moyenne.
Une oeuvre d'art n'est jamais qu'un marche-pied, un étrier, un tremplin, une piste de décollage.
L'artiste ne doit pas gâcher son impulsion première, on pourrait dire sa fraîcheur, sa révolte, sa
spontanéité, son authenticité, son originalité, sa puissance, sa liberté. Pourquoi devrait-il se laisser
enfermer dans des catégories étriquées, pourquoi devrait-il s'affubler d'un uniforme de pump-pump
girl, pourquoi devrait-il apprendre le dialecte des mauvaises habitudes locales? Et d'ailleurs, même si
par la force des choses il devient un spécialiste, pourquoi faudrait-il l'enfermer dans sa spécialisation
d'artiste? S'il vous plaît, soyez artiste vous aussi.
Aussi maniaquement voilée et augustement dévoilée qu'a pu l'être l'Origine du monde de Courbet
dans le salon d'un psychanalyste à lubie prononcée (1), aussi saintement repliée sur elle-même et dépliée
en de longs grincements d'adoration que peut l'être, de Hans Memling, un triptyque à charnières et à
volets (2), aussi obscurément accessible qu'un lointain livre des morts égyptien que peut l'être, de
Arnold Bocklïn, une île au coeur se consumant en flammes noires (3), une oeuvre d'art est une ouverture,
une oeuvre d'art est un passage. Un passage pas toujours facile, pas toujours ouvert de prime abord.
Parfois un passage dont la porte doit être poussée voire déverrouillée. Elle est un passage où existe la
possibilité d'un appel d'air, renouvelant et vivifiant. Elle est une respiration. Et dans le cas de mes
travaux photographiques, elle est évidemment une respiration diaphragmatique.
Ces oeuvres ont donc puisé dans un « local » ouvert, aéré, non pas dans un bocal au fond duquel le
poisson, aussi doré soit-il, se morfond de sentir s'épaissir le poison que devient une eau viciée,
stagnante et sans oxygène. Ces oeuvres sont faites d'inter-local et se chargent d'interloquer le
spectateur-interlocuteur. A charge pour l'artiste de rester suffisamment « loco » (fou en espagnol) pour
ne pas le devenir complètement. A charge pour lui de contrôler cette petite folie qui fait le charme et
le grand Art.
Alors, pour finir d'explorer le coté « local » de mes oeuvres, nous allons nous attarder un moment sur
des choses bien concrètes et techniques qui concernent la fabrication de ce qui les rend visibles et
présentables.
Les photos sont présentées dans des cadres de type « caisse américaine», mais pour rester dans le
« local » on peut les nommer caisses armoricaines. Ce type de cadre est à l'origine conçu pour
recevoir des oeuvres picturales sur châssis. Le modèle ci-présent a été étudié, adapté pour recevoir des
photos qui, elles, sont contrecollées sur un carton rigide.
La conception reste « locale » puisqu'elle est ressortie de mon cerveau après une rencontre avec un
encadreur qui exerce du coté de Vannes (56). C'est vrai que l'encadreur me proposait un modèle en
bois très léger issu des forêts de Papouasie mais un modèle fragile et bien cher. J'ai préféré utilisé le
châtaignier, essence aborigène s'il en est. Un bois local, dur, clair, beau, relativement facile à travailler
et pas des plus coûteux.
Un menuisier installé à Tremorel (22) s'est occupé de me fabriquer des baguettes profilées à partir
d'un plot qui séchait dans son atelier depuis des lustres. Un rêve d'écolo : du châtaignier séché
naturellement et sans traitement chimique. Ensuite les baguettes profilées sont allées chez un artisan
encadreur de Mauron (56) qui s'est chargé de les recouper et de les assembler. Ce fut pour lui une
nouveauté qui le laissait dubitatif quant au résultat esthétique escompté. Evidemment cela le
changeait beaucoup de ses moulures peintes et vernissées en bois exotiques en provenance du Brésil
via son fournisseur italien à rabais.
Au cadre tel que vous le voyez, j'ai fait subir, pour finir, au fond de ma grange, un traitement à base
d'un mélange d'huile de lin et d'essence de térébenthine qui le protège et fait ressortir les veines du
bois en le teintant légèrement.
Passons au photos elle-même. Le plus grand nombre a été tiré sur du papier argentique mat dans un
laboratoire grenoblois (38). Les fichiers numériques ont été transmis via le Net et les épreuves ont été
livrées à domicile via la Poste. Certaines photos ont été imprimées sur un traceur Epson par les soins
du Studio Mignot à Saint Meen (35).
Toujours dans ce même studio de Saint-Meen, toutes les photos ont été passées sous presse afin de
leur appliquer, sur le recto, une plastification qui les protège des UV et de l'humidité et, sur le verso,
un adhésif double-face sur toute la surface. Cet adhésif permet de coller uniformément la photo sur le
carton qui, lui, est fixé avec de la colle à bois sur le châssis.
Et donc, ultime étape, enfin pas tout à fait, les photos sont présentées ici dans la galerie d'art du
Collège Louis Guilloux de Plémet sur une proposition de Serge Hamon, personnage local s'il en est
(et qui est, comme chacun sait, au moins doublement Président : Office de Développement Culturel
du Mené et Commission Culture du Pays Centre Bretagne).
Certaines de mes oeuvres sont bien sûr montrées sur mon sîte internet et quelques autres sites, c'est à
dire dans des espaces virtuels difficiles à localiser. Mais elles ont été montrées plus concrètement par
exemple à la Galerie du Chaudron à Paimpont (35), à la galerie du Collège Public de Loudéac (22), à
la galerie de la Table Ronde à Loudéac (22). Elles le seront aussi en décembre à la librairie Quinte-essence
à Paimpont (35), en mai au Festival des Gens du Lent de Landujan (35), en juin à la galerie
de l'Office de Tourisme de Tréhorenteuc (56) et au Festival du Mois de l'image de Dol de Bretagne
(35).
Là où je suis vraiment impardonnable en terme de « local », c'est ma prétention à être un homme
canon, eee un homme Canon. Eh oui, pratiquement tout mon matériel photographique vient du pays
du soleil levant, le Japon .
Sayonara...
(1) « L'origine du monde » Peinture de Jean-Désiré-Gustave Courbet
Dimensions : 55 cm x 46 cm Date : 1866
(2) « L'île des morts » Huile sur toile de Arnold Böcklin,
80 °— 150 cm Date : 1886
(3) « La nativité, l'adoration des Mages, la présentation dans le temple »
Huile sur panneau de Hans Memling Date : 1470