Du 9 au 29 juin 2008.
Je suis donc allé à la remise des prix.
Peu de monde. Dommage d’organiser une inauguration pour seulement dix photos et une remise de prix; peut-être aurait-il mieux valu associer cela à un autre événement. Même les journalistes ont eu du mal à venir.
Dommage surtout que les photos du deuxième prix ne soient pas montrées d’une façon ou d’une autre, surtout qu’elles fonctionnent avec une légende (dans les deux sens du terme)! C’est un comble! Heureusement que j’ai pensé à amener mon mac pour montrer ma série en diaporama et permettre au Président d’enfin voir mes photos...
Effectivement, ma série n’a strictement rien à voir avec celle du premier prix et tant mieux. Je m’explique:
- Le jury (qui?) a choisi à l’unanimité (je rapporte) des photos où l’humour et l’hétéroclite sont de mise sous forme d’insertion-collage d’éléments dans un décor (ici, en général, les bords de mer). Eh oui, il faut bien distraire le peuple.
- Personnellement, je trouve que si quelques idées exploitées sont sympas, d’autres sont déjà plus niaises. Mais alors, ce qui me choque, c’est le manque de qualité technique et des photos de fond et des collages! Cela m’a fait du mal et je trouve que ce n’est pas bon du tout pour l’image (publique) de Photo à l’Ouest.
- Le fait qu’ait été choisi quelque chose de complètement différend pour le deuxième prix, quelque part rassure car cela prend un sens de rééquilibrage. Mais attention, cela sent le démagogique et vu les quelques réflexions que j’ai pu glaner j’ai l’impression qu’ils sont passés à coté de l’essentiel. Ce qui me fait plus peur, ce serait d’avoir été choisi par défaut, à cause du manque de candidats (23 au total).
Je me suis déjà expliqué sur le “décalé” de mes photos dans l’article précédent et je reconnais que ma série n’est pas d’une évidence tape-à-l’oeil, d’un abord aisé (encore que). En fait, elle est en accord avec la légende exploitée (il y a forcément du mystère, de l’incertain, de l’imaginaire, du lointain, du flou, du désuet, de l’incompréhensible, du décryptage (voire défrichage), du lyrique). C’est toujours quelque chose d’initiatique dans le sens où à partir d’un minimum de connaissances proposées ou acquises (savoir) il est permis d’accéder à quelque connaissance plus transcendante. Mais, mais, c’est vrai, il faut fournir un effort initial, initiatique. Il faut avoir envie; je m’adresse à des gens qui ont envie, qui sont gourmands et gourmets, qui sont voluptueux au possible et prêts à s’engager dans la voie du rêve et de l’approfondissement intérieur (parfois en accord avec des vieilleries grecques...).
Quelqu’un du jury m’a demandé si je ne regrettais pas que la série choisie pour le premier prix l’ait été et donc incidemment que je ne sois pas à sa place. Drôle de question, limite indécente. J’ai répondu non. Non parce que cela ne dépend pas de moi mais d’un jury qui fonctionne peut-être dans une optique précise et parce que c’est dans l’air du temps. En fait, je me serais plutôt vu en troisième place. Eh oui. Tout simplement parce que c’est bon signe quand il y a trois travaux choisis et montrés, et que mon “décalé” n‘a rien à voir avec le prestige empailleté et enflashé de la plus haute marche et ainsi trouve tout à fait sa place dans son ombre. C’est un travail en creux, en profondeur et non en ronde-bosse et en excroissance guillerette.
La série du premier prix vous permet d’apprendre, si vous l’ignoriez, que les otaries mangent du poisson, que dans le désert il y a bel et bien des dromadaires (chameaux?), qu’en Bretagne il pleut et que les araignées de mer géantes venues du nord de la mer du Nord sont bien arrivées chez nous.
Mon travail, lui, se situe plutôt sur le plan du désapprendre et pourquoi pas du réapprendre autrement et plus en accord avec soi-même. Cela implique, à un moment, pour le spectateur-découvreur une posture (jamais une imposture), d’incompréhension et de mise au bord de l’abîme qui peut être déstabilisante, rebutante. Il faut franchir les colonnes d’Hercule et s’aventurer dans un monde inconnu. Ce n’est qu’une question d’habitude, certains diront de courage.
Je ne vous offre pas du tout cuit, du servi sur un plateau. Ne comptez pas sur moi pour ça. Vous êtes le cuisinier, je vous apporte en bon maraîcher, en bon boucher etc. quelques ingrédients de qualité, apéritives et nutritives, et issus d’êtres élevés avec amour et intelligence.
Croquez la pomme!!
Et bonne chance à la prochaine mouture de ce concours.
L’an prochain, le thème sera le Paysage. Un peu racoleur, quand même?