MORZYLOEIL 0 et les faits d’un code ( extrait du code de déontologie des médecins )
Article 5 (article R.4127-5 du code de la santé publique)
Le médecin ne peut aliéner son indépendance professionnelle sous quelque forme que ce soit.
( comprenez: un médecin ne doit pas avoir une formation professionnelle financée par les produits pharmaceutiques qu’il prescrit, logique, non? )
Article 13 (article R.4127-13 du code de la santé publique) (extrait)
Lorsque le médecin participe à une action d'information du public de caractère éducatif et sanitaire (...) Il doit se garder à cette occasion de toute attitude publicitaire, soit personnelle, soit en faveur des organismes où il exerce ou auxquels il prête son concours, soit en faveur d'une cause qui ne soit pas d'intérêt général.
( comprenez: un médecin qui parle en public d’un médicament, ne doit pas conseiller son utilisation si le fabriquant de ce médicament l’a payé pour réaliser une étude d’efficacité ; pas de conflit d'intérêt en quelque sorte, non ?)
Article 20 (article R.4127-20 du code de la santé publique)
Le médecin doit veiller à l'usage qui est fait de son nom, de sa qualité ou de ses déclarations.
Il ne doit pas tolérer que les organismes, publics ou privés, où il exerce ou auxquels il prête son concours utilisent à des fins publicitaires son nom ou son activité professionnelle.
( comprenez: pourquoi demande-t-on toujours au Professeur Grantopital de parler d’un médicament et pas au Docteur Dufondubois que vous ne connaissez pas mais qui a probablement son mot à dire en tant qu’acteur de terrain ? )
Article 31 (article R.4127-31 du code de la santé publique)
Tout médecin doit s'abstenir, même en dehors de l'exercice de sa profession, de tout acte de nature à déconsidérer celle-ci.
(comprenez bien, c’est très sérieux: il est interdit à un médecin de mal juger sa profession sous peine de sanction pour non respect de son code ! restons donc dans les clous, d’accord ? )
Article 56 (article R.4127-56 du code de la santé publique)
Les médecins doivent entretenir entre eux des rapports de bonne confraternité.
Un médecin qui a un différend avec un confrère doit rechercher une conciliation, au besoin par
l'intermédiaire du conseil départemental de l'Ordre . Les médecins se doivent assistance dans l'adversité.
( comprenez enfin: si un médecin enfreint les articles 5, 13, 20 et 31, par exemple en vantant ou en prescrivant un médicament dont le fabriquant a financé une étude dans laquelle il a participé, ces confrères doivent garder avec lui de bons rapports et même le soutenir si jamais il vous prenait l’envie, à vous, patient, de lui chercher des noises ! )
MORZYLOEIL 1 et le terrorisme ( fiction où toute ressemblance avec des événements ne saurait être que fortuite ... )
Il faisait nuit, il faisait froid, le silence pesant l'empêcher presque de respirer. Cela faisait une bonne heure sans doute qu’on l’avait balancé dans cette pièce noire. En tombant, il avait bousculé une chaise de métal qui avait rebondi bruyamment sur un sol de béton. A taton, il s’était relevé et assis; il avait trouvé, à moins d’un mètre de la chaise, une table à laquelle il avait fini par s’accouder. Maintenant, en attendant dieu sait quoi, il repensait aux deux dernières heures.
Il venait de terminer sa contre visite dans le service. Les dernières consignes avant la nuit avaient été données à l’infirmière, en particulier pour le malade de la 47 qui n’allait pas bien du tout; il avait râlé un bon coup après l’interne qui ne s’était pas présenté ce soir, parce que décidément, depuis qu’ils étaient devenus une espèce en voie de disparition, on ne pouvait plus compter sur eux pour expédier les affaires courantes; il s’était rappelé ensuite qu’il était en congé.
Il avait expédié la consultation explicative qu’il aurait dû faire beaucoup plus sérieusement et plus lentement sans doute avec le 103 qu’il ne trouvait pas très compliant avec toutes les questions qu’il lui avait posé, mais, bon , le protocole était accepté et signé: il aurait donc droit à ce soin haut de gamme qui n’était pas encore mis sur le marché; c’est d’ailleurs le résultat de son étude pour laquelle il était payé, et même très bien payé, que l’on attendait pour la mise en vente du produit en pharmacie d’officine.
Le temps de jeter sa blouse sur son bureau et d’y récupérer une sacoche bleue à la griffe de BigPharma, le temps de s’assurer qu’elle contenait tous les dossiers médicaux qu’il allait présenter ce soir à ce parterre de médecins plus intéressés par la bonne table à laquelle ils étaient conviés qu’à la prestation pédagogique du chef de clinique d’un grand service de médecine hospitalo-universitaire, le temps de téléphoner rapidement chez lui pour dire qu’il dormirait sans doute à l'hôtel s’il finissait trop tard, le temps de sourire à l’idée d’y retrouver peut-être cette charmante journaliste, de quelle radio déjà?, qui l’avait interrogé ce matin, et voilà qu’au moment d’ouvrir la portière de son Porche Cayenne, la nuit lui était tombé dessus: cagoule noire, bâillon, menotte et menaces très convaincantes de maltraitance s’il n’obtempérait pas.
Il avait d’abord cru à une blague, de mauvais goût certes, malgré l’envoi hebdomadaire depuis trois mois maintenant, de cartes postales signées d’un mystérieux oeil de cyclope qui le prévenait de manière insistante d’interrompre toutes ses activités qui pouvaient avoir un lien avec un laboratoire pharmaceutique; il avait jeté les cartes à la poubelle au fur et à mesure qu’il les recevait, sauf la dernière, différente, parce qu’en plus de ce drôle d’oeil croqué dans un coin du papier, elle était signé d’abréviations douteuses: F.L.E.C.M.O.N. post-datées d’aujourd’hui!
La lumière jaillit violemment de toute la surface du plafond mais aussi de la porte qui se dessina brutalement en face de lui en s’ouvrant sur deux silhouettes dont l’une se précipita sur l’interrupteur de la lampe d’architecte posée sur la table, histoire de rajouter quelques watts de plus dans les yeux hagards du détenu: l’interrogatoire pouvait commencer.
- Alors comme çà, on fricote quand même avec les labos pharmaceutiques, malgré nos avertissements? dit la première voix, grave et posée.
- J’espère que vous appréciez notre obstination et notre sens de la mise en scène, dit la seconde, sans doute féminine. Quand nous vous laisserons repartir toute à l’heure, vous parierez que nous ne sommes que de joyeux farceurs.
- N’essayez pas de parler avec votre bâillon, s’il vous plaît, c’est mauvais pour votre emphysème, reprit l’ homme; nous allons vous faire découvrir rapidement le rapport que nous avons établi sur votre compte depuis un an et que nous allons rendre public avec la permission de votre ordre.
- Ah oui, n’oublions pas d’abord de nous présenter mutuellement: nous sommes les amis du Front de Libération de l’Esprit Critique des Médecins Obsédés par leur Nom, nous sommes une organisation citoyenne indépendante et nous faisons de la pédagogie terroriste pour rappeler à des gens comme vous qu’il est normalement interdit depuis le vingt cinq mars deux mille sept de bafouer un article, le numéro vingt six, extrait du code la santé publique dans la loi du quatre mars deux mille deux, dite "Loi Kouchner", parce qu’il a été enfin publié plus de quatre ans après sa promulgation; cet article dit que: ( la femme prit une feuille de papier et fit une lecture lente et articulée ):
“Les membres des professions médicales qui ont des liens avec des entreprises et établissements produisant ou exploitant des produits de santé ou des organismes de conseil intervenant sur ces produits sont tenus de les faire connaître au public lorsqu’ils s’expriment lors d’une manifestation publique ou dans la presse écrite ou audiovisuelle sur de tels produits. Les conditions d’application du présent article sont fixées par décret en Conseil d’Etat. Les manquements aux règles mentionnées à l’alinéa ci-dessus sont punis de sanctions prononcées par l’ordre professionnel compétent. (ArticleL4113-13-CSP)”
- Depuis la parution de ce décret, nous avons organisé une écoute systématique de chacune de vos expressions, écrites ou orales, dans les émissions de grande diffusion radiophonique ou télévisuelle, dans les journaux à grand tirage, dans les revues spécialisées comme dans celle de vulgarisation, dans les journaux télévisés de prime time, et j’en passe, énumère nerveusement l’homme; nous nous sommes mis en quête de vérifier l’absence systématique de vos conflits d’intérêts avant ou après vos prestations puis de leurs déclarations éventuellement auprès de votre ordre: nous en avons conclu assez rapidement à votre délinquance intellectuelle et nous avons donc décidé de neutraliser pendant quelques heures une de vos médiatisations outrancières pour simplement ...médiatiser notre nom et notre action !
- Ainsi, prit agacée en relais la femme, chaque fois que vous vous êtes exprimé sur le nouveau médicament miracle Pharmagan 500, vous avez oublié de signaler que vous aviez été payé par Bigpharma pour réaliser une étude sur ce produit; chaque fois que vous avez vanté l’utilité du Championix, vous n’avez pas rappelé que vous étiez directement rémunéré par les laboratoires Grounier et Scrib pour animer des séminaires de formation à l’utilisation de ce produit par des médecins généralistes; chaque fois que vous avez fortement incité la population à pratiquer un dépistage systématique de leur taux sanguin de Rififa, vous avez oublié de dire que vous étiez actionnaire des labo Tristol qui fabrique le médicament le plus vendu au monde pour traiter la Rififose ! Voulez-vous que je continue l’énumération ?
- Parce que, voyez-vous, renchérit l’homme en contemplant le praticien hospitalier agenouillé devant eux et essoufflé par le bâillon de tissu qui lui déchirait son rictus, nous pensons que vous ne vous rendez même pas compte de cette malhonnêteté que nous dénonçons parce que vous êtes largement dépassée par votre délinquance individuelle; notre rôle, en plus d’ouvrir les yeux de nos concitoyens à des informations puisées dans des sources indépendantes, notre rôle est surtout de libérer chez vous ce sens de la critique que vous n’auriez jamais dû perdre en tant que scientifique et médecin.
- Voilà, voilà! ricana la femme, parce qu’en attendant, cher professeur, que nous vous libérions de vos entraves métalliques à défaut de celles de votre cerveau, nous vous convions à rester encore parmi nous jusqu’à une heure avancée de la nuit, le temps de laisser les unes se fabriquer dans les principaux journaux; nous vous encourageons ensuite à témoigner de votre malheureuse et inconfortable aventure, quelle que soit votre version des faits d’ailleurs ! Le FLECMON vous remercie beaucoup pour l’attention que vous lui avez porté...
La lumière s’éteignit brutalement sur lui; la porte se referma sourdement et le silence retomba, lourd et moite dans cette cave perdue, à peine dérangé par ses reniflements, à cause de son nez, écrasé par le tissu, et à cause de sa rage, écrasé par sa frustration.
MORZYLOEIL 2 et le Rapport de mission ( documentaire où toute ressemblance avec des personnes ne saurait être que fortuite ... )
Salut à tous !
Pour quelqu’un qui n’a pas de télé chez lui, je suis très vite saturé des émissions de Marcel S. ( “la revue de la santé” tous les jours sur TV Francinq et “comment çà va pas mal et toi” une fois par semaine sur Radio Ropun ) que je dois suivre pendant tout le mois.
Comme prévu dans la charge de mission qui m’incombe, je télécharge régulièrement ses émissions et je les réécoute tranquillement le soir ou le week-end et, comme vous, je traque le flagrant délit de conflit en fantasmant sur un gros scandale bien médiatique qui récompensera ce travail fastidieux.
Parce que c’est quand même fastidieux d’écouter ses émissions de vulgarisation ( surtout les lourdeurs et les blagues à trois sous de S. ) mais bon, si ces émissions ne sont pas trop mal ficelées, elles sont bien décevantes quand à nos objectifs.
Je prévois une bonne trentaine d’heures d’écoute sur la période d’un mois que nous nous sommes fixés, peut-être même quarante parce qu’il faut parfois le repasser pour ne rien perdre.
Déjà dix émissions télé et deux émissions radio (toutes de une heures ) et pas la moindre trace apparente de conflit d'intérêt, sur des sujets pourtant potentiellement porteurs: syndrome des jambes sans repos, psychose maniaco-dépressive, syndrome de la vessie douloureuse, santé des migrants...
J’ai bien quelques fiches à vous soumettre ( cinq pièces jointes pour l‘instants ).
Les médecins ( trois ou quatre par émission ) ne signalent jamais ni leur indépendance ni leur conflit d'intérêt éventuel vis à vis du sujet; ils n’évoquent jamais directement ( sauf dans la dernière émission ) les traitements, qui sont toujours abordés par les journalistes dans un autre documentaire qui sert à illustrer les descriptions cliniques des médecins ou des témoins malades.
Le meneur ( Marcel S. ) est à la fois journaliste et médecin... ( il a donc droit à sa fiche )
Je pressens qu’il y a plus de rendement à pousser les gens à consulter un spécialiste ou une structure spécialisé ( pour ensuite leur prescrire dans l’intimité de la consultation tout ce que l’on veut ) plutôt que de leur donner la solution ( le traitement ) à leur problème.
C’est la ruse du renard ( dépister ) contre la force du lion ( traiter ).
Parmi les deux douzaines de médecins que j’ai vu ou entendu pour l’instant ( des spécialistes pour la plupart et titrés souvent ), aucun n’aurait donc de conflits d’intérêt à signaler?
Voilà qui me rassure superficiellement mais, plus je regarde ou j’écoute ces émissions dites grand public plus j’ai pas mal de questions qui me trotte dans la tête:
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-Question 1: un médecin, qui est sensé ne pas ignorer la loi, et qui n’annonce jamais la présence (ou l’absence) de ses liens d'intérêt, est - il suspect d’en avoir ?
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-Question 1 bis: un médecin est-il par défaut exempt de tout conflit d'intérêt? ( oui , nous dit le code de déontologie, non, nous dit la loi puisqu’il a fallu créer cette loi )
- Question 2: pour que le médecin puisse déclarer des liens d'intérêt avant intervention audiovisuelle , il faut que les questions qui lui sont posées soient en rapport avec le sujet de son conflit: ces questions doivent-elle d’abord lui être soumises ( créant un nouveau conflit d'intérêt avec le journaliste ), et ne faut-il pas supposer que, si l’interview n’est pas préparée, le médecin doit faire, par un principe de précaution, une déclaration par défaut ?
- Question 2 bis; la déclaration ne doit-elle pas être systématique et obligatoire? (oui si le journaliste va jusqu’au bout de son travail en vérifiant ses sources, non s’il n’a aucun esprit critique ).
- Question 3: si un médecin, qui a des revenus intéressés provenant d’un laboratoire pharmaceutique, parle d’un traitement médical qui n’a aucun rapport avec son lien d'intérêt, a-t-il le devoir d’exprimer ses liens ?
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-Question 3 bis: est-ce qu’il a la même crédibilité que celui qui n’a aucun lien d'intérêt ? ( oui, s’il est leader d’opinion et porte un titre, un gallon ou une blouse (...), non s’il a signe la Charte du Formindep ! )
Bon, allez, j’arrête là pour ce soir!
Même si la gibecière n’est pas encore très remplie, cette traque rigolote a l’avantage de muscler l’esprit critique de manière amusante ...
Il y a déjà une ou deux personnes clairement identifiables à qui la leçon du Morzyloeil peut s’appliquer: ci-joint les premières fiches ( format pdf ) d’observations avec les documents video ( format quicktime ) ou radio ( format mp3 ).
En attendant de vous lire et en attendant la suite de l’opération, bon courage à tous les morzyloeil!
MORZYLOEIL 3 et vous alors ! ( ou la fiction et le documentaire se retrouvent ...)
Histoire d’en rire, histoire d’action citoyenne, histoire vraie ou histoire à suivre, chaque fois que vous lisez, entendez, ou voyez un médecin, votre médecin peut-être, que vous connaissez si bien, généraliste, gynécologue ou pédiatre, chaque fois que vous êtes impressionné par son statut ( social, professionnel, culturel ), par sa stature ou par sa position ( derrière un bureau ou au dessus de votre lit ), par son grade ou sa hiérarchie ( professeur ou directeur d’un institut, d’une commission, d’un pôle de recherche ) , chaque fois que vous ne comprenez pas bien tout ce qu’un médecin vous explique ou vous suggère au décours de cette consultation où un examen complémentaire, un traitement ou une technique médicale s’imposent, chaque fois que vous n’avez pas eu le temps d’accepter en pleine conscience, libre et éclairée, ce que votre médecin vous dit, chacune de ces fois, n’hésitez surtout jamais: faîtes fonctionner à fond immédiatement votre esprit critique et demandez tout de suite à votre médecin, pour lui rendre service, pour vous rendre service:
“ et vous alors, docteur, quel intérêt avez vous à me dire cela ? “
Parce qu’un médecin n’ a légalement le droit de porter une analyse critique sur sa profession ou les membres qui la composent que s’il ne la ou les discrédite pas (article R.4127-31 et article R.4127-56 du code de la santé publique), il ne reste que des citoyens pour poursuivre des actions de transparence.
Surveillez donc vos radios, vos télés, vos journaux dans les mois qui viennent, on ne sait jamais: si vous entendez parler d’un morzyloeil, dites vous qu’on vous aura peut-être un peu prévenu et que vous avez déjà de votre coté aussi agi en vous rafraîchissant les idées par ici ou par là ! Ou en vous chargeant à votre tour de faire quelques exercices quand vous entendrez parler médecine ou médicament.
Toutes mes excuses au malheureux professeur, parfaitement fictif biensur, sur lequel j’ai collé sans doute dans mes vieux souvenirs fantasmés d’université le visage d’un enseignant prétentieux.
Toutes mes excuses au journaliste maquillé du documentaire parce que je sais qu’il essaie de faire tout ce qu’il peut pour tenir rectiligne la ligne de sa vocation.
Tous mes respects enfin à Ulrich Mühe (photo), cet acteur allemand mort l’an passé après avoir reçu une récompense aux Oscar 2007 pour “ La vie des autres “, ce superbe film dans lequel il incarnait un espion très particulier, auquel je me suis identifié pendant quelques semaines.
Th. Gourgues