Article du Temps 11 mars 2008
Article du Temps 11 mars 2008
Les querelles minent la droite chaux-de-fonnière
NEUCHATEL. La radicale Sylvia Morel est jugée indésirable par les libéraux et l'UDC.
Pierre-Emmanuel Buss
Mardi 11 mars 2008
Majoritaire depuis près d'un siècle, la gauche chaux-de-fonnière peut appréhender les élections communales du 27 avril avec confiance. Ces dernières semaines en effet, la droite n'a fait que se déchirer, perdant au passage une grande partie de sa crédibilité. Au cœur de la querelle: la candidate radicale au conseil communal (exécutif) Sylvia Morel que l'UDC et le Parti libéral jugent indésirable au point d'empêcher un apparentement à trois. L'affaire tombe au plus mal: libéraux et radicaux neuchâtelois diront le 10 avril s'ils acceptent de fusionner les deux partis.
Président de l'UDC cantonale, Yvan Perrin considère que Sylvia Morel «ne cesse d'attaquer l'UDC», parti qu'elle juge «infréquentable». Le Parti libéral, quant à lui, fustige son intransigeance avec le Parti socialiste et ses alliés. «Elle est incapable de faire preuve d'ouverture et dit non à tout ce qui vient de la gauche, estime le président de la section locale Frédéric Hainard, lui-même candidat à l'exécutif. Pourtant, pour avancer à La Chaux-de-Fonds, il faut pouvoir composer avec elle.»
Aucun reproche n'est formulé sur des dossiers ou des faits précis. Et pour cause: selon plusieurs élus locaux, l'opération «anti-Morel» serait avant tout motivée par de profondes rancunes personnelles. Membre du parlement chaux-de-fonnier depuis 1981, la candidate radicale irrite. Un sentiment encore amplifié par sa volonté irrépressible de rejoindre l'exécutif.
Parmi ses meilleurs ennemis, on trouve Pierre Hainard, transfuge du parti radical devenu conseiller communal UDC. Il est également père de Frédéric, ce qui rend tentante l'hypothèse d'une action familiale échafaudée au coin du feu. «Jamais mon père ne m'a parlé de Sylvia Morel, assure Frédéric Hainard. D'ailleurs, le conflit a éclaté avant que je sois membre du comité du Parti libéral.»
Malgré les pressions, Sylvia Morel a refusé de se retirer. «On m'attaque car on craint que je puisse être élue. Cela renforce ma motivation», répétait-elle hier peu après le dépôt de la liste radicale. Le président du parti cantonal, Raphaël Comte, est également resté inflexible. «Nous faisons nos listes sans tenir compte des pressions des autres partis. Dans le cas présent, il s'agit d'un problème de personne. Il n'y a rien à redire sur le fond.»
Vers un apparentement ULR
La question des apparentements doit être tranchée d'ici au lundi 17 mars, date limite fixée par la chancellerie. L'UDC ne reviendra pas sur sa position. En revanche, sauf surprise, libéraux et radicaux feront cause commune pour tenter de maintenir le siège libéral à l'exécutif. Si la droite garde ses deux sièges, les forces libérales (12% aux dernières fédérales) et radicales (6%) devraient suffire à garantir un siège face à l'UDC (25%). En revanche, une alliance libérale-UDC pourrait offrir un deuxième siège à l'UDC et entraîner l'absence du Parti radical au parlement communal (quorum de 10%).
Il a fallu la proximité du gouffre pour que le Parti libéral assouplisse sa position. L'épisode laissera des traces. Le 27 avril, la gauche sera mieux placée que jamais pour gagner quatre sièges sur cinq. Si l'Union libérale-radicale (ULR) se réalise comme prévu le 10 avril, sa mise en place - prévue au mois de juin - risque de susciter un regain de tensions. De quoi affaiblir encore la position de la droite traditionnelle à La Chaux-de-Fonds.