En examen, c’est pas la place ni le moment de vivre son deuil.
Larmes
 
 
Les planètes s’étaient alignées.  

Mon cours d'Éthique et droit a porté pour une large partie sur la fin de vie: refus de soins, suicide assisté, euthanasie volontaire, euthanasie involontaire. Pas très gai, mais ç’a donné des débats relativement intéressants en classe. 

Mise en contexte: la famille tient d'une importance particulière dans mes valeurs. Je suis issu d'un environnement où la famille est tissée particulièrement serré. J'hérite donc d'un respect et amour profonds pour ma famille immédiate, oncles, tantes, cousins, cousines.

J'ai une tante qui souffre d'Alzheimer depuis très longtemps. Mon oncle en a pris grand soin pendant de nombreuses années avant de la placer dans un centre adapté.  Cette maladie dégénérescente s'attaque aux fonctions cognitives du cerveau, ensuite les régions responsables du langage, des mouvements, visuels et finalement exécutifs. La fonctionnalité du corps humain est donc progressivement éteinte par la maladie, jusqu'à mort s'en suive, "et pour cette raison la maladie d'Alzheimer est quelquefois décrite comme une maladie où les victimes subissent la perte de qualités qui forment l'essence de l'existence humaine".

Quelques semaines avant mon examen final en Éthique et droit, ma mère me téléphone pour m'informer que ma tante a perdu la capacité d'avaler, la partie du cerveau assurant cette fonction étant compromis, la fin était proche. Il n'était pas question d'assurer sa nutrition avec un soluté, ma tante n'aurait que des soins palliatifs pour s'assurer qu'elle ne souffre pas pendant qu'elle meurt de faim.

Je remercie ma mère de l'appel, lui précisant que j'ai fait mon deuil de ma tante il y a déjà longtemps. Ça fait des années que je ne l'ai pas vue. Elle demeurait dans mes pensées, comme mon oncle et ses enfants qui devaient vivre une période si difficile, mais j'ai peut-être le profil de fuir ces difficultés émotives.

À ce moment je suis en pleine préparation pour mes examens de fin de session. "Pas le temps de penser à autre chose" 

Je m'applique à fond aux études avec l'exception de ce cours d'Éthique et droit qui m'inspire peu. C'est mon dernier examen, le 24 avril. Le vendredi précédent l'examen, ma soeur m'informe du décès de ma tante. Encore, pas de réaction outre mes meilleurs voeux pour sa famille.

Me voilà à mon examen d'Éthique et droit. La dernière question à long développement porte sur le consentement aux soins et ses limites. La formulation de la question nous porte à aborder le droit et la fin de vie. Le prof nous encourage, après avoir abordé le droit applicable, à commenter et argumenter notre opinion. Me voilà donc en train d'écrire en pensant évidemment à ma tante et sa famille qui vivent ses derniers jours où elle doit souffrir l'indignité de mourir de faim à petit feu. Les larmes coulent à flot. Je croyais avoir fait mon deuil il y a longtemps, mais ce n'était qu'un leurre. Me voilà en salle d'examen, en silence avec une soixantaine de collègues, en train de vivre mon deuil, ma feuille d'examen tachetée de mes larmes.

Je m'arrête d'écrire pour reprendre un semblant de rectitude... je m'applique à nouveau à mon argumentation et les larmes sont là, à nouveau. Ça se poursuit comme ça tout au long de ma page. Enfin, le résultat de l'argumentation est empreint d'émotion plutôt que de logique de juriste... tant pis: j'ai aussi fait mon deuil de cet examen mal foutu.

Tant bien que mal, j'ai feint les allergies. C'est la surveillante de l'examen qui devait bien se poser des questions à voir cet étudiant à la première rangée en train de pleurer à son examen. 
41E1F778-8996-43F2-B4EA-D337E3E6D124.htmlhttp://fr.wikipedia.org/wiki/Maladie_d%27Alzheimershapeimage_1_link_0shapeimage_1_link_1
Thursday, May 1, 2008
Écrire un examen les larmes aux yeux