Billet n°111 samedi 21 avril 2007
Décidément au Parti socialiste, chez les tenants « archeo-avérés » du
marxisme, nous sommes obtus. Nous ne comprenons rien à rien. A ce point
que ce n’est pas même la peine de tenter de nous expliquer, de nous
faire comprendre quelque chose.
Par exemple, hier, à l’émission « C’est dans l’air », un docte
intervenant assénait la vérité à ses yeux évidente : il est idiot de
vouloir remettre en question l’indépendance et la politique de la Banque
Européenne. D’explication, de justification, que nenni ! L’auditeur n’y
a pas eu droit ! Il doit trouver par ses propres moyens l’argumentation
de cette théorie sans cesse ressassée par les libéraux européens. Certes
nous disent-ils, un euro fort renchérit nos exportations et freine nos
exportations. Il peut également inciter nos entreprises – c’est le cas
d’Airbus- à envisager de produire dans les pays de la zone dollar. Ce
serait dommage pour l’emploi mais… Pas grave nous disent nos doctes
suffisants puisque, grâce à l’euro fort nous pouvons importer les
matières premières et l’énergie à meilleur prix. Vous rendez vous compte
combien vous paieriez l’essence s’il fallait l’acheter en payant en
dollars ?
Bêtes que nous sommes ! Nous n’y avions point pensé ! Au point que nous
ne savions pas que si tous les produits que nous achetons – moins chers
- sont fabriqués à l’étranger, nous n’aurons bientôt plus besoin
d’énergie et de matière premières pour les fabriquer chez nous et nous
n’aurons bientôt plus non plus de revenus pour les acheter ! Bêtes que
nous sommes ou plutôt bêtes que sont les américains qui continuent à
laisser baisser le dollar, on se demande bien pourquoi. Les américains
sont évidemment moins futés que nous ! Mais tout de même ! Pourquoi
ont-ils une banque qui adapte volontairement sa monnaie en fonction de
la conjoncture économique, des nécessités de l’emploi et du
développement ? Pourquoi existe-t-il une collaboration constante entre
la Fed Bank et la Maison Blanche ? Pourquoi les dirigeants américains ne
font ils pas tout comme ces grands esprits de la Banque Européenne
derrière le directeur M . Trichet, pour que leur monnaie soit sans cesse
plus forte ?
Ce n’est pas à la télévision ou dans les autres médias que vous aurez la
réponse. La rengaine est que le Parti socialiste doit se réformer, qu’il
doit abandonner ce qui fait son identité, qu’il doit comme tous les
socio-démocrates accepter le marché ! Pourquoi ? On ne sait. On croyait
naïvement que Jospin avait fait des pas considérables – trop ?- dans la
direction demandée par nos éminents analystes quand il avait proposé de
bâtir une économie sociale de marché. La lecture des projets ,
programmes et autres textes du PS pouvait laisser penser que les membres
du PS ne refusaient plus la logique du marché. Manifestement ce n’est
pas suffisant. Ce que veulent nos analystes et nos contempteurs, c’est
non seulement que nous reconnaissions l’existence du marché et de ses
vertus, mais que nous abandonnions toute esquisse de volonté de
l’encadrer, de sauvegarder un espace qui ne soit pas nécessairement
soumis à ses règles, bref que nous ressemblions comme deux gouttes d’eau
à nos adversaires politiques. La pression est lourde exercée contre nous
: affirmations répétées, absence de démonstration pour mieux sans doute
démontrer l’évidence. Pressions exercées par la droite, le centre, les
journaux supposés de gauche, et même par certains de nos camarades
désormais conquis. Au nom de la raison, du politiquement correct ! Et de
la facilité.
Nous sommes, depuis une vingtaine d’années, entrés dans une zone sombre,
une période de recul de nos valeurs. Au contraire la droite tente de
nous imposer les siennes: « Travail, famille… » mais pas « patrie » car
cette notion est aux yeux des grandes compagnies et de leurs valets
devenue complètement désuète. Nous ne devons plus être au service d’un
pays, d’une nation, d’une collectivité d’hommes libres et responsables.
Nous devons être au services des sociétés internationales et de leurs
ambitions illimités.
La collaboration est toujours plus facile que la résistance. Mais
l’honneur est de résister.
Jacques Fleury