LE Voyage africain
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
      
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Paris le 29 Mars 1880
 
 
  Je suis né le 2 juillet 1853 à
Ottmarsheim, dans le canton d’Habsheim
Département du Haut-Rhin. Mes Parents
étaient honnêtes et laborieux et jouissaient
d’une fortune médiocre acquise par leur
travail. Mon père exploitait une tuilerie
qu’il tenait de son père et comme ses
moyens le lui permettaient, il employa
plusieurs ouvriers à qui il assura du
travail pour longtemps, et il jouit ainsi
en faisant du bien d’un bonheur sans
mélange pendant de longues années.
   De son union avec ma mère naquirent
cinq enfants : Deux filles et trois garçons
dont je suis le cadet. Je n’entreprendrai
point de vous faire l’histoire de ma
famille ; si j’écris ces pages, c’est dans
le but que vous me suiviez pas à pas
dans ma vie accidentée depuis mon bas
âge, jusqu’au jour où j’écris ces lignes.
 
  J’avais cinq ans, quand naquit mon
jeune frère, et lorsqu’il fut sevré,
afin qu’il ne dérange pas ma mère
dans ses travaux, je fus chargé du soin de
l’amuser et de veiller sur lui.
Vous me voyez, chers lecteurs, enfant de
cinq ans en amuser un autre d’un an à dix
huit mois ? Hélas ! pauvre petit frère
les amusements que je lui procurais n’étaient
guère de nature à abaisser ses cris, car le
plus souvent je le laissais dans ma petite voiture
seul au milieu de la rue du village pour
m’en aller jouer avec des bambins de mon
âge. Mais en rentrant le soir à la
maison paternelle, ma mère qui savait
l’emploi que j’avais fait de mon temps
ne manquait pas de m’appliquer une
bonne correction, avec un vieux martinet
qui se trouvait derrière la glace de la
chambre. Ah ! gredin de martinet, combien
de fois j’ai désiré le voir au feu.
  À huit ans, on me mit en classe chez
les Frères de la Doctrine Chrétienne pour
m’apprendre la langue française et
les connaissances indispensables à un enfant
destiné à devenir un ouvrier. J’allais à
l’école jusqu’à l’âge de quatorze ans,
époque où j’en sortis pour aider mon père
qui souffrait d’une maladie qui devait
le conduire au tombeau ; j’étais aidé
de mon frère, et à nous deux nous remplacions de
notre mieux mon père dans son travail.
  J’avais dix-sept ans quand mon frère
se maria avec une fille du pays ; il alla vivre
sous le toit de son épouse et me laissa seul
pour conduire la maison paternelle. Me voilà
donc seul à dix-sept ans pour diriger les affaires
de mon père ; au bout de quelque temps mon
père succomba de cette cruelle maladie
dont il souffrait depuis longtemps. À cette
époque mon jeune frère commença à m’aider
dans mes travaux mais, hélas ! le jour
s’approchait où il devait être seul pour
soutenir la famille, je veux parler de l’époque
de ma conscription.
Ce jour était proche, il me fallait
choisir, servir la Prusse, (à qui mon pays
appartenait depuis la désastreuse campagne
de 1870) où servir la France, ma patrie
à qui j’appartenais de cœur.
Mon choix ne fut pas long à faire
et afin de ne pas être sous la domination
Prussienne, je résolus de partir pour la France.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
                        
 
 
 
 
MON DEPART
 
Ce fut par un beau jour ou plutôt
par une belle nuit d’été ; le firmament
était orné de ses milliers d’étoiles, la lune
se leva à l’horizon et jeta dans ces ténèbres
obscurs ses rayons dorés. La cloche
du couvent des Bénédictines fit entendre    
ses coups de minuit au moment où
je m’approchai de mes parents
pour leur faire mes adieux pénibles.
Ah ! il me semble encore entendre vibrer
le dernier coup de cette heure fatale, qui
était l’heure de mon départ. Jamais ma
plume ne pourra vous tracer l’émotion dont
mon cœur fut atteint. Pauvres chers parents,
il fallait les quitter ; il ne me restait plus que le
temps que de les serrer dans mes bras en leur laissant
l’espoir de me revoir dans des jours meilleurs.
  À pas lents, je les quittai en suivant
la grande route qui traverse mon pays natal
accompagné de mon frère et de mon cousin. Je
traversai la Harth, ce bois immense où le
chêne couronné de ses milles rameaux couvre
cette terre parsemée de fleurs. De la cime élevée
de ces arbres géants, le rossignol fait entendre
sa voix sonore et gaie.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 J’arrivai à Mulhouse vers les quatre
heures du matin où je pris le train pour
me rendre à Belfort. Ce fut le 4 mars 1873.
Comme je n’étais pas décidé de séjourner dans
cette ville, je repartis le même jour pour Bourgui-
gnon. Je descendis de wagon à Voujeaucourt
où j’avais encore 4 kilomètres à faire pour me
rendre à destination.
  À cet endroit se trouve une forge,
où plusieurs camarades de mon pays travaillaient
et qui devaient m’attendre. Il était 7 heures
du soir au moment où je passais à côté
de la forge ; le concierge sonna la cloche,
(exercice qui veut dire que la journée est terminée).
Les ouvriers sortirent en foule, je fixais mon
attention sur tous les visages pour voir si je
n’apercevais pas un de mes camarades ; je
n’en vis aucun. Je rentrais donc dans une
auberge à côté qu’on m’avait enseignée,
et je les trouvais tous attablés en train de
de faire une partie de carte. Quelle joie que
j’ai ressentie à ce moment si désiré ; je
revois tous ces vieux camarades qui n’en éprouvaient
pas moins de joie que moi de me voir au
milieu d’eux. Ce moment d’émotions passé
je leur demandai quelques renseignements
du pays. Ils me racontèrent au fur
et à mesure comment ils étaient placés.
Ils me dirent entre autre que les travaux
de la forge étaient très pénibles (chose qui
me causa peu de satisfaction). Essayons toujours
leurs répondis-je, je suis encore jeune et le
courage ne me manque pas. Sans perdre
de temps, le lendemain, je me mis à l’œuvre.
Pour commencer on me mit après une
cisaille ; (outil qui sert à couper des feuilles
de métal).  Nous étions 9 hommes pour
faire cet ouvrage, je travaillais jusqu’au
soir. Le lendemain, on me mit à char-
royer des blocs de fer, mais quand vint le
soir, j’étais tellement fatigué qu’il
m’était presque impossible de faire usage
de mes membres. Je me mis à réfléchir ;
l’idée d’être soldat me passa dans la
tête. Dès lors cette idée devint si forte
que je pris congé dès le lendemain et je parti
pour Belfort.
En passant j’allais à Mandeure pour
voir un camarade qui travaillait chez un
boulanger (Liebenguth Joseph) je passais là une
journée très heureuse. Pendant ce temps je priai
mon frère à venir me voir avant de partir. Il vint
mais ne fut pas de mon avis, il me conseilla
de travailler encore, et me dit en même temps
« réfléchi avant de t’engager, cela te regarde
mais si tu suis mes conseils, tu repoussera
l’idée de sacrifier ta jeunesse au métier
militaire » Je suivi ses conseils, pendant
ce temps il existait un comité de secours
pour les Alsaciens - Lorrains, j’y allais pour
demander de l’ouvrage. On me demanda mes
nom, prénoms, papiers, profession, âge etc.
Après cette formalité on me remit une lettre
en me disant d’aller à Chalons sur Marne.
Je me mis en route à 1 heure de l’après midi
pour me rendre à cette ville. Chemin
faisant je liais conversation avec un Monsieur
qui m’interrogea sur le but de mon voyage.
Je lui expliquai la position dans laquelle
je me trouvais. Il me donna pour conseil que
si je voulais rester avec lui, il me donnerait
du travail. Je lui répondis que ce serait parfait-
ement mon idée mais en lui faisant observer que
j’étais avec mes camarades et que je
n’aimerais pas de les quitter. Il me dit,
pour le moment il n’y a pas beaucoup de
travail, mais en attendant je vous garderai
tout de même. Nous acceptâmes ses propositions.
Nous descendîmes de wagon à Jussay 8e station
de Vesoul. Là nous dînâmes ensemble, et après
il nous fit conduire dans son château. Son
adresse : Monsieur Gomez propriétaire à
Martin Velle.  Le lendemain de notre
arrivée il nous commanda de travailler dans
son jardin à faire des fagots, des branches qu’il
avait fait couper de ses arbres. Il faisait un
temps mauvais, on avait pas mis un chien
à la porte. Je travaillais pendant quelques
jours mais voyant que j’étais encore mené comme
un esclave, je repartis, mais cette fois ce fut pour
du bon. L’idée me vint dans la tête d’aller
visiter un peu l’Afrique, ce pays dont j’avais
entendu vanter les beautés dans ma jeunesse ; je
partis donc à 9 heures du matin, j’arrivai à Jussey
à 10 heures où je pris le train pour Vesoul.
J’arrivai à destination à 1 heure de l’après-
midi, je fus me promener jusqu’au soir pour
visiter un peu la ville. Le soir j’allais à la
préfecture, là on me donna ma feuille de
route pour Besançon. Je ne parti que le
lendemain à 7 heures et j’arrivai à destination
vers les 10 heures du matin. Je me promenai dans
cette ville où je fis rencontre d’un pays (Antony
Pierre) Je lui serrai la main et je l’invitai
à prendre un verre avec moi. Ce fut le 15
mars 1873 le jour de mon engagement.
Le lendemain 16 mars je partis à 7 heures
pour aller rejoindre mon corps qui se trouve
à Mascara dans la province d’Oran.
J’arrivai à Lyon le 17 mars à 5 heures du
matin ; là le train fit une halte d’une heure.
J’eu juste le temps d’aller déjeuner, et je
reparti de Lyon à 6 heures pour Marseille.
Arrivé à 2 stations de Lyon le train dérailla,
heureusement pour nous il n’y eût ni blessé
ni mort. J’arrivai à Marseille à 11 heures
du soir, je passai la nuit dans la salle
d’attente sur un banc. Le lendemain
18 mars je me présentais au fort St Jean
où je restais pendant 4 jours en attendant
le courrier pour Oran. Pendant ce temps
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
je visitai la ville, le port et ses fortifications.
Entre autre j’ai remarqué sur le fort
Notre Dame une belle église sur
laquelle se trouve une statue de la Ste Vierge
qui a 30 mètres de hauteur, une cloche
qui est d’une grandeur énorme
sur laquelle se trouve l’inscription
ainsi conçue :
 
              Je m’appelle Thérèse
              500.000 K°° je pèse
              Si vous ne le croyez pas
              Pesez-moi, et repesez moi
              Et remettez moi à mon aise.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
                  .
 
 
TRAVERSEE
 
Le 21 mars 1873 à 4 heures du matin je
partis pour Oran par le courrier
Pas-de-Calais. Il mouilla à Carthagène
port de mer espagnol au Sud-Est de
l’Espagne, les bateaux pêcheurs venaient
en grande quantité sur nous pour nous vendre
des fruits et des rafraîchissements. Nous
mouillâmes à peine 12 heures dans ce port
après quoi nous partîmes pour Oran. Vers
les quatre heures, les marsouins se firent voir,
ce qui est signe de mauvais temps. Le soir
à la tombée de la nuit, un vent
furieux se leva, la mer devint si furieuse
qu’il fallut toute l’expérience du capitaine
pour nous éviter un naufrage. Le navire
ballotté par les flots semblait à chaque
instant prêt à disparaître sous les vagues
énormes qui passaient sur le navire en
balayant tout ce qui s’y trouvait. Ah, oui
mon cœur en a conservé une bien pénible
impression de cette journée orageuse. J’étais
couché au pied du grand mât, quand survint
la tourmente ; n’étant point habitué à
ces ouragans de mer je me cramponnai
aux bastingages mais je comptais sans
les vagues qui vinrent bientôt m’inonder
d’eau salée et me firent boire un rude
coup de vent, je me rappellerai longtemps ce
goût. Dans le navire il y avait des colons
avec leurs femmes et leurs enfants. Quel
triste spectacle de voir ces pauvres mères…
serrant leurs enfants sur leur cœur et
suppliant le capitaine de préserver ces
chers petits êtres; elles se figuraient, pauvres
mères que cet homme pouvait lutter contre
la volonté de l’Etre - Suprême. Je donnerai
ma vie de grand cœur disait ce brave marin,
pour sauver la vôtre et celle de vos enfants ;
indiquez-moi un moyen si vous en connaissez
disait-il et je jure de faire mon possible
à exécution.
Vers les trois heures du matin une voix
qui semblait d’être celle du factionneur
placé sur la hune du grand mât se
fit entendre ; on imposa silence ; ce fut
elle qui nous annonça : terre ! terre. Un
cri de joie se fit entendre de tout le monde
et aussitôt on aperçu les lumières d’Oran.
 
 
Mon entrée en AFRIQUE
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Le 26 mars 1873, vers les quatre heures
du matin nous arrivâmes à port ;
dès que l’aurore parue nous vîmes
les nègres et les arabes approchés à
bord pour nous vendre des fruits, des
rafraîchissements, de l’argenterie etc.
Chose qui me fit bien plaisir de
voir ces nègres, brillant comme des perles
Ces cheveux frisés et une espèce de robe
qui leur descend jusqu’aux genoux. Nous
débarquâmes à 7 heures du matin ;
nous étions 23 hommes de mon régiment. On
vint nous chercher pour nous conduire
au fort St Grégoire où nous restâmes
jusqu’au 27 mars. Ce fort est situé
à l’ouest d’Oran, longe la mer
et domine la ville ainsi que la Méditerranée.
La veille avant notre départ d’Oran
on nous donna le campement, et une petite
batterie de cuisine qui se composait d’une
marmite, d’un moulin à café, d’un plat
et d’une hachette. Je quittai Oran
le 28 mars, je descendis la côte à
3 heures du matin, le temps était couvert
mais vers midi le soleil se montra à
l’horizon. A quelques kilomètres d’Oran
je fis une halte dans un petit bourg qui
s’appelle Le Figuier. Ce bourg est
situé sur la rive droite du Sig, à
l’Ouest se trouve un lac salé,
*(l’Arbal) dans la plaine de la
Meditja, il est entouré d’arbres fruitiers
tels que figuiers, pommiers et citronniers, le   ( *l’Habra )
chemin der fer y passe également.
Nous arrivâmes à Ste Anna du Cléla*
à 9 heures du matin où nous fîmes
l’étape. Nous dressâmes nos tentes
sur une grande place située au centre
de la ville, on nous plaça quatre par
tente ; exercice terminé nous fîmes la
cuisine. Ce jour là il y avait foire à
cet endroit, j’allais m’y promener pour
visiter le pays qui est très agréable, situé
dans une plaine très fertile, bien cultivé
et habité par des Alsaciens, Espagnols
et Maltais. Le lendemain 29 mars
partis à quatre heures du matin, je traversai
quelques bois dont les hôtes habitants sont
les sangliers, les loups et les chacals, on y
remarque aussi quelques tribus volantes
avec de nombreux troupeaux.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
J’arrivai à St Denis du Sig vers les onze
heures du matin. Cette ville est à peu près le
double que celle du Cléla* ; située dans    *Tlelat
un bas fond, entourée de beaux jardins
et de belles prairies. Le lendemain
je partis à 5 heures du matin
pour me rendre à l’Oued el Hammam.
Le temps se mit à la pluie et nous
fûmes mouillés jusqu’aux os en
arrivant à l’étape.
En arrivant nous dressâmes nos tentes    
à côté de la rivière Oued Tenira nous
fîmes notre petite popote et le soir
nous nous promenâmes en attendant l’heure
du coucher. Le lendemain de bonne
heure on se remit en route pour se rendre
à destination ; c’est à dire à Mascara.
La route encaissée entre deux collines
est très montagneuse à partir d’Oued el
Hammam jusqu’à une maison isolée
ou espèce de hutte qui porte sur sa façade
une enseigne portant ces mots :  «au
vin blanc, doux et sec». Nous fîmes halte
à cet endroit (renommé pour son vin doux)
pour nous reposer des fatigues de la route,
et pour éviter ce dur soleil d’Afrique
qui dardait ses rayons brûlants sur nos
têtes alourdies. Nous nous rendîmes ensuite
à Mascara, où nous arrivâmes vers les 11
heures du matin, et nous fûmes libres jusqu’au
soir.
Le lendemain 29 mars on nous conduisit
au magasin ou l’on nous habilla.
Ce moment que nous désirions depuis
si longtemps arriva donc enfin, aussi
je me sentais fier dans cette tenue militaire
et je me trouvais heureux de porter mon
sabre au coté. Mais on ne nous laissa pas
beaucoup de temps pour nous faire parer,
aussitôt rentrés du magasin on nous mit
avec quelques anciens soldats qui nous
ployèrent nos effort, nous firent nos
sacs pour nous mettre en route dès le
soir afin d’aller rejoindre la compagnie
qui était détachée dans la plaine de la
Meditja à 8 kilomètre de Mascara. Nous
partîmes le soir à la tombée de la nuit ;
nous prîmes la route d’Aïn Fekan, nous
arrivâmes vers les 8 heures du soir dans le
camp où on nous mit avec nos camarades.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Je fus placé dans une tente dans laquelle
je fis connaissance de quelques pays.
Ils nous donnèrent un lit qui était
composé d’une paillasse et d’un couvre
pieds, mon sac me servit d’oreiller, et ma
capote de couverture. Ce fut un
vrai lit de campagne.
Après avoir passé une huitaine dans
ce camp l’ordre vint de me rendre
à Mascara remplacer le premier bataillon
qui était à Saïda. Pendant les huit
jours que je séjournai dans le camp, il
fit un temps abominable. Un soir, si
je m’en rappelle une grande tempête
se leva, et nous arracha les trois quarts
de nos tentes, que nous fûmes obligés de
remonter pendant qu’il tombait de
l’eau à torrents. Non loin de ce camp
se trouvait une ferme, où nous allâmes
de temps à autre pour nous amuser.
Nous fîmes aussi la chasse aux tortues
qui sont très nombreuses dans la plaine,
ainsi que les escargots, ce qui nous faisait
souvent de bons repas. Les jeudis et
dimanches on allait au bois, ou pour
mieux dire arracher de l’herbe qui
avait une hauteur de 1,70, on la
plaçait dans un tas, et le soir après
y avoir mis le feu l’on s’amusait autour
(comme les sauvages font avec leurs prisonniers).
  Je quittai ce camp le 6 avril à 7
heures du matin, et j’arrivai à Mascara
le même jour à 9 heures du soir. En
route j’ai fait la rencontre d’un camarade
(Brodhag Gustave) il allait à Aïn Fekan
et comme nous étions en route tous les deux,
nous n’avions que le temps de nous dire le bonjour
en passant. Je ne restais que deux jours à
Mascara, le temps de se préparer pour la
route. Nous nous mîmes en route le 9 avril
à 3 heures de l’après-midi pour nous rendre
à l’Oued Traria,* mais comme l’étape       *Taria
était de 33 kilomètres, nous n’en fîmes ce
jour là que la moitié, et le reste le lendemain.
Le village est situé le long de la rivière
Oued Tenira qui est traversée par un
pont magnifique. Il est habité par
des Alsaciens, Lorrains et quelques Espagnols.
  Le 11 avril nous partîmes pour aller
au quarante cinq ; étape qui porte son    
nom de la borne kilométrique, c’est à dire
à 45 kilomètres de Mascara. On n’y trouve
qu’une source au pied d’une haute montagne
à l’Est de la route, à l’Ouest longe une
belle plaine qui est traversée par la
rivière Oued Tenira, on y remarque
quelques champs de blé, de l’orge apparten-
ant aux arabes ; ce terrain serait
très fertile s’il était bien soigné.
  Le lendemain 12 avril nous partîmes
de bonne heure pour nous rendre à
Saïda, ville qui se trouve à 49
kilomètres de Mascara où nous
arrivâmes vers les onze heures.
  La première compagnie fut casernée
en ville les 2e, 3e et 4e allèrent cantonner
dans des baraques situées au Nord
de la ville sur une petite hauteur
je restai cantonné pendant neuf mois.
Les neufs premiers mois de mon service
mon logement fut composé d’une
baraque ou d’un trou creusé dans
la terre ; la devanture était bâtie
en terre avec des pierres qui formaient le
portail, la toiture qui était faite
avec du laurier rose et couverte avec
de la terre, touchait sur le derrière le
gazon, une cheminée grossièrement
bâtie sortie de la terre communiquant à
l’intérieur, c’était la seule chose
qui pu faire ressembler ce trou
à une habitation.
  Le dedans était simplement un
trou de la hauteur d’un homme,
sur le derrière se trouvait la cheminée
qui nous servit de temps à autre
pour faire le café. Quelques branches
de lauriers avec de l’alfa forment la
porte.Mon lit fut composé d’une paillasse
que je fis moi-même avec la toile de tente
que je cousus en la remplissant avec de
l’alfa, ma couverture pour me couvrir
et mon sac pour oreiller. Quelques perches
que j’allais chercher dans la montagne
me servirent de châlit et quelques piquets
que j’enfonçai dans le mur me servirent
pour porter manteau. Une grande cruche
en grès placée sur la cheminée pour
servir pour nous abreuver. Au centre
du cantonnement se trouvaient les
salles de discipline, c’est à dire une
baraque qui faisait le service de salle
de geolier et de prison, quelques silos  
pour les mauvais sujets.
A notre gauche, c’est à dire à l’Est
était campé le 4e Chasseurs d’Afrique,
au Sud est le 2e Zouave. A 2 kilomètres
du camp se trouvait une source au pied
d’un grand rocher et à l’ombre d’un grand
figuier qui nous fournit de la très bonne
eau ainsi qu’à toute la garnison.
  Cette source fut appelée la fontaine
maboul.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
        
 
 
 
 
SAÏDA
  
  Cette ville contenant à peu près 1200
habitants n’est entourée que d’un simple
mur, ouverte par deux portes dont l’une
à l’Est, d’ou se développe la route de
Tiarïet.* L’autre à l’Ouest où la route
va s’aboutir à Oran. En dehors de cette
porte on remarque le faubourg qui est le
double plus grand que la ville, à son extrémité
Ouest se trouve le champ de foire où tous les
mercredis les agriculteurs du pays se réunissent
pour vendre leurs récoltes.
Au centre, à coté de la place d’armes se
trouvent l’église, l’hôpital et la manutention ;
sur le derrière on remarque la poudrière et la
prison arabe, à l’extrémité opposée sont
situé une caserne et le temple Israélite
  Elle est également couronnée par de beaux
jardins ombragés, par de beaux arbres fruitiers,
une source qui jaillit au pied
d’un grand figuier au sommet de la montagne,
vient tranquillement en coulant le long des
trottoirs, abreuver ces arbres géants qui
laissent leurs rameaux désaltérés par les
rayons ardents du soleil.
  A un kilomètre à peu près sur la route
de Gerville on remarque les ruines de l’ancien
Saïda détruit par les Français en 1830.
Non loin de cette ville une branche de
la rivière Oued Tenira prend sa source
dans la montagne de l’Atlas.
  Je fis un séjour d’une année dans
cette garnison qui est assez agréable pour
le troupier pendant ce séjour, et si je me
rappelle, c’était le 29 juillet 1873
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Nous reçûmes l’ordre pour aller à la
rencontre du général qui vint de Fresstha
pour nous passer l’inspection. Nous
partîmes le 27 juillet à 2 heures du
matin par la route, ou plutôt par
le sentier qui prend Faya, passe
à Saüla,* va à Fresstha et Tiareth.
Nous traversâmes les montagnes qui ne
sont que des rochers et ne produisent
que des buissons d’olives sauvages et du
houx. Un Spaïs*vint avec nous pour
nous enseigner le chemin qui est tellement
mauvais que de temps à autre nous étions
obligés de nous cramponner aux rochers
pour ne pas tomber. Nous traversâmes
trois cours d’eau, au dernier on nous
commanda de remplir des bidons, afin
d’éviter le manque d’eau ce qui arrive
souvent dans le pays.
Vers les cinq heures du matin au moment
où le soleil se leva, nous nous trouvâmes
sur le haut d’une montagne, et nous
vîmes une grande plaine qui se
dispersa devant nous. Cette plaine
immense et inculte est couverte d’alfa
et des herbes de cette espèce, quelques
marabouts et quelques champs d’orge
grillés par les rayons ardents du soleil
nous firent remarquer qu’elle n’était
pas complètement abandonnée de
l’humanité.
  Vers les neuf heures le soleil dardant
ses rayons brûlants sur nos têtes nous
écrasa, une soif dévorante nous enleva
le peu de courage et de force que nous
avions : heureux celui qui n’a jamais
éprouvé cette terrible souffrance.
Je demandai un camarade qui faisait
pour la deuxième fois la route, la
distance que nous
avions encore à parcourir. Il me
dit : nous avons encore 3 heures de marche
mais nous n’avons plus que deux heures
de souffrance ; car sur cette montagne
que tu aperçois devant toi, il y a une
source intarissable, et c’est là que nous
allons nous rafraîchir. Je pris donc
patience et je marchais dans ce désert
abandonné (comme une brebis sans maître)
mais il me semble toujours qu’au fur
et à mesure que je marchais, la montagne
s’éloignait. Cependant à force, nous
atteignîmes le pied de celle tant désirée.
  Nous la franchîmes rapidement, et
arrivés à l’endroit où était la source
tout le monde se jeta sur l’emplacement
(comme un chat sur une souris).
  Hélas ! au lieu de trouver une source
nous ne trouvâmes qu’un trou avec de l’eau
stagnante où les bêtes sauvages tels que
la panthère, la hyène etc. venaient
s’abreuver, un gros serpent s’y baignait
au moment où nous arrivions ; mais tout
cela ne nous empêchait d’en boire, car
la soif fut plus forte que nous.
  Quand nous fûmes sur le sommet
de la montagne, nous aperçûmes une
petite rivière qui passait au pied
et à l’endroit même où nous devions
faire l’étape. Je n’essaierai pas cher
lecteur de vous dépeindre la joie que
nous ressentîmes au moment, c’était
une ivresse, un transport, un délire
au delà de toute expression, nos cœurs
si longtemps affectés, se fondaient.
  On descendit tranquillement la
côte, en arrivant à cette étape tant
de fois demandée, on mit sac à terre.
Un moment après notre arrivée tout
le monde fut couché le long de la rivière
pour boire.
Le lieutenant commandant la compagnie
nous donna l’ordre de monter nos tentes ; et
de faire notre popote ; ce qui fut exécuté
au moment même. On se détachait ;
les uns montèrent les tentes, les autres allèrent
au bois et à l’eau ; les cuisiniers qui
ne voulèrent rester dans l’oisiveté, montèrent
leurs cuisine en attendant les provisions.
  Ce fut une vraie fourmilière. J’oubliais
de dire que ce fut vers les onze heures
au moment où le soleil avait sa plus
grande force. Nous fûmes obligés de mettre
nos couvres nuques afin d’éviter les coups
de soleil.
Après que les cuisiniers avaient tout
ce qu’il leur fallut on se reposa, mais
il nous fut presque impossible de rester
sous les tentes, les rayons du soleil
traversaient nos tentes comme des flèches.
On baillait comme un poisson
sur le bord de l’eau.
  Vers les 9 heures, quand les plus grandes
chaleurs furent passées, j’allais à
la pêche avec quelques camarades le long
de la rivière Oued Mina. Nous prîmes
une grande quantité de poissons blancs,
des barbeaux etc. ; nous en offrîmes à
notre lieutenant qui fut très satisfait,
et nous donna en retour des pommes
de terre, de la graisse et du vin. Mon
tour de cuisine arriva, je fis une bonne
friture au beurre, que j’allais chercher
dans une tribu nomade non loin
du camp en échange de tabac.
  A cette étape qui s’appelle Oued
Beloul, se trouve une belle cascade
d’une hauteur de 100 à 120 mètres. Le
plateau est garni de figuiers, orangers,
et quelques chênes verts. Les tourterelles
viennent en grandes quantités habiter
cette contrée abandonnée des humains.
La hyène, la panthère et le chacal
cherchent également leur demeure dans
ces rochers escarpés.
  Le lendemain 28 juillet nous partîmes
à 2 heures du matin pour Aïn Tifrit,
nous longeâmes la montagne en passant
par quelques bois et marais. Vers les 4 heures
du matin au lever du soleil nous
débouchâmes sur une grande plaine inculte
et brûlée par le soleil, nous la franchîmes
rapidement afin d’atteindre le but
désigné avant l’arrivée des grandes chaleurs.
A l’extrémité de la plaine on apercevait
un marabout, quelques champs d’orge
et quelques tribus volantes avec de nombreux
troupeaux. Nous fîmes également la
découverte d’une source fournissant de
l’eau claire et fraîche sortant d’un grand
rocher. On fit une halte pour se rafraîchir
et l’on prit également une petite collation
pour pouvoir mieux continuer la route.
De nombreuses volées de perdreaux se
levèrent à notre passage, ainsi que d’autres
gibiers de cette espèce.
Vers les neuf heures nous atteignîmes le but
désigné pour notre camp. Ce fut sur
un terrain plat au pied d’une haute
montagne et où plusieurs sources jail-
lissaient le long de la côte. A notre arrivée
les spaïs* avaient déjà monté les tentes qui   (*spahis)
devaient servir de logement pour
le général. On se plaçait six par six
pour monter nos maisonnettes de campagne.
Après cet exercice on se prépara pour
faire la popote ; hélas ! notre viande
que nous avions amenée avec nous avait une
odeur guère agréable, on fut obligé de la
jeter ; ce qui nous fit éprouver peu de
regret ; car à la place on fit une soupe à l’oignon.
Pendant les grandes chaleurs, entre
10 et 2 heures on fit la sieste, à
une heure de l’après midi un cavalier
nous apporta l’ordre d’aller camper
plus loin, c’est à dire à l’endroit où
nous avions trouvé les sources. On
partit vers les 2 heures de l’après midi
pour se transporter sur les lieux désignés.
Il m’est impossible cher lecteur de
vous donner une idée des souffrances
que j’ai supportées pendant ces 2 heures
de marche dans la plus grande chaleur
de l’été. J’étais noyé dans la transpiration,
la fatigue et les rayons ardents du
soleil nous écrasèrent sous le poids
du sac.
Arrivés à l’emplacement désigné pour
notre camp nous montâmes immédiatement
nos tentes et l’on se tint près à
prendre les armes pour recevoir le
général. Il vint vers les 9 heures du
soir, escorté d’un escadron de chasseurs
d’Afrique et d’un escadron de *Spaïs ;
il nous passa la revue et après cet exercice
terminé il nous commanda le repos et
ordonna une distribution de vin. Les
Spaïs* allèrent dans les tribus voisines, et
apportèrent des moutons roulés au bout des
perches, du miel de la couscousse qu’ils
offrirent au général.
Le lendemain de bonne heure on se
mis en route pour Saïda. Nous fîmes
l’étape à Oued Beloul, là notre lieutenant
nous acheta deux moutons et nous fîmes
un bon rata.
Nous rentrâmes à Saïda le 30 juillet
1873 à 9 heures du matin.
 
 
 
Changement de garnison
Retour à Mascara
 
 
Après un séjour d’un an, je retournai dans ma
première garnison à Mascara. Je partis le
4 avril 1874 à 4 heures du matin. Sur
mon passage se trouvait un village
sous le nom d’Oued Nazaregh, il
est habité par des Alsaciens Lorrains ;
j’arrivai à l’étape à 11 heures du matin.
  Cet endroit qui, un an auparavant
n’était qu’une vaste plaine abandonnée
est aujourd’hui un beau paysage sous
le nom de Gra el Hamel.
  Le lendemain 5 avril je parti pour
Oued Taria, là je fis rencontre
d’un camarade, (Widemann Auguste)
La journé fut employée aux amusements
pour fêter l’anniversaire de notre              
départ de la maison paternelle.
  Le lendemain 6 avril j’arrivai à
Mascara.
 
 
Mascara
 
 
 
 
 
 
 
 
  Chef lieu d’arrondissement, a 6900
habitants situé dans la plaine
d’Egris à 99 kilomètre d’Oran.
  La ville n’est entourée que d’un
simple mur et de 6 portes, dont au
nord la porte de Sidi Mahomet ; la
porte d’Oran d’où se développe
la route d’Oran. A l’Est la porte
de Bab-Ali, en dehors de cette porte
on remarque un village ou l’ancien
Mascara qui fut démoli par les
Français en 1830. La porte de Mostaganem
d’où se developpe la route au Sud la
porte de Tiaret, et à l’Ouest celle de
Tlemcen.
  Cette ville est également entourée
de beaux jardins et d’arbres fruitiers,
tels qu’amandiers, citronniers, figuiers,
orangers, pommiers etc. A l’est sur
une hauteur on remarque deux moulins
à vent qui marchent continuellement
et fournissent de la très bonne farine.
  Dans le centre de la ville on remarque le
temple Mahometan où tous les jours
et à la même heure on entend le marabout
faire ses prières. Dans le bas on remarque
le château qui jadis appartenait à
Abd el Kader le célèbre émir arabe
qui est né en 1807, il soutint pendant
19 années la guerre contre les Français,
fut fait prisonnier en 1848 et Louis
Napoléon lui rendit la liberté en 1872.
  Son château sert aujourd’hui de
caserne.
  Au bout de 2 mois que j’habitais
cette ville je fis la demande pour changer
de corps, ainsi que quelques camarades de
mon régiment. Je fis ma demande au
sergent major qui en rendu compte au
capitaine. Cet officier nous fit demander
au bureau et nous interrogea sur notre
demande. Moi le premier je lui racontai
ma façon de penser ; puis mes camarades.
  Il ne fut pas trop satisfait ; car le zèle
et dévouement que nous montrions pour
le servir jusqu’à ce jour fit preuve de bon
serviteurs, et pour cela il n’aimait pas
de nous voir partir. Mais malgré, il
fut obligé de se décider. Il nous demanda
nos papiers, ce qu’on lui remit aussitôt.
  Deux mois plus tard les changements
sortis, les trois quarts de mes camarades
partirent ; moi ainsi que ceux qui
avaient fait leur demande avec moi, il n’y
avait rien. Je patientai encore quelques
temps ; mais vaines illusions. Je fis
demande une seconde fois, mais non
au capitaine mais directement au
ministère. Au bout d’un mois la
réponse fut de retour. Nous fîmes tous la
demande pour le 23 Bataillon de Chasseurs
à pied qui était en garnison à Miliana
dans la province d’Alger. Au bout de
quinze jours nos papiers furent de retour
de notre nouveau bataillon où nous devions
servir, et dès le lendemain on se mit en
route pour aller le rejoindre.
 
 
Départ de Mascara
 
 
  Il faisait une de ces belles nuits d’été
chaudes, pures et parsemées d’étoiles, le regard
en s’élevant vers le ciel semblait pénétrer
à des profondeurs infinies et inconnues où
brillaient en poussière de diamants des étoiles
presque invisibles. Une brise douce et murmurante
comme une haleine d’amour courait dans
les branches des arbres.Un rossignol fit entendre
sa voix gracieuse, s’arrêtant tout à coup,
puis tout à coup reprenant son chant
capricieux s’épanouissait en accents
mélodieux et doux.
  Deux rivières (1) qui serpentent les côtes
de l’Atlas firent entendre un sourd mugissement
en allant couler dans une plaine immense parsemée
de fleurs de toute espèces.
C’était enfin une nuit faite pour les
rossignols, les poètes et les amants.
  La grande horloge incrustée dans
une de ces vieilles tours de Mascara nous
annonça l’heure de notre départ. Nous
franchîmes rapidement ces montagnes
escarpées et, déjà vers huit heures du matin
nous arrivâmes à Oued el Hamamm,
endroit désigné pour notre étape.
   Energiquement furent montées nos
tentes, et à peu de distance une petite
cuisine, car déjà du haut des airs le
 
(1) l’Oued Tremira et la Maita
 
 
soleil nous envoya ses rayons brûlants.
Ouvrage terminé, on tira à la courte paille
à qui de faire la cuisine. Le sort tomba
à moi ; chose qui me causa peu de
satisfaction, car c’est là que je fis la
première épreuve de cuisinier.
  Je commençai donc à me mettre à l’œuvre
en préparant et nettoyant les ustensiles
en attendant le retour de mes camarades
qui furent à la recherche des provisions.
Au bout d’un moment tout fut
terminé, il ne manquait qu’à mettre le
feu. Quand les membres de la société furent
rentrés je leur demandai conseil sur ce qu’il
fallait faire pour commencer. Ils consentirent
pour un café. Je commençai donc à faire
chauffer de l’eau en tournant autour de
mon installation, et en réfléchissant de
la manière que j’allais m’y prendre pour
faire cet ouvrage. Quand l’eau fut
bouillante, je mis le café que je venais
d’écraser avec la crosse de mon fusil.
La marmite exhala une excellente odeur ;
je fus content ; aussi, bien des soins et bien
des peines y furent consacrés. Quand vint le
moment d’ôter la marmite dessus le feu
un violent coup de vent vint me la renverser.
  Tout étourdi j’étais à côté en regardant
la position de ma marmite. Hélas !
Comment faire pour communiquer mon
malheur à mes camarades qui jouissaient
au moment d’un profond sommeil.
  J’allais auprès d’eux, et de toutes
mes forces je criai : «Au café» Ils se
levèrent, mais bientôt ils furent témoins
de mon malheur. Ils n’étaient pas trop
content, certainement, mais enfin je n’eus
aucun reproche. Ils m’engagèrent à faire
le dîner.
Je me mis de suite à l’œuvre pour préparer
ce dîner demandé par ces cœurs tant affamés ;
car comme nous étions nos maîtres absolus,
libres de nos actions, nous nous figurions que
ces mets préparés par nos soins devaient
être meilleurs que s’ils avaient été faits
ou préparés par le meilleur cuisinier de Paris.
  Pour faire cette cuisson j’avais une demie
livre de lard, du beurre, des pommes de terre,
du bœuf, des figues pour dessert. Je commençai
donc par faire sauter mes pommes de terre au
lard, un oignon avec de l’ail que je mis avec
leur donna une excellente odeur, encore aujourd’hui
il me semble respirer cette odeur qu’exhala à ce moment ma
marmite. J’arrangeais mon bœuf en bifteck, puis
ouvrage terminé j’allais réveiller mes camarades
qui vinrent s’asseoir autour du dîner que
je venais d’installer par terre, et la journée
fut terminée par les plus grands amusements.
Le 25 juin nous partîmes à 2 heures du
matin afin d’arriver à l’étape par la fraîcheur.
Nous voyageâmes toute la nuit à travers ces
rochers escarpés, où logent habituellement les
chacals et les sangliers, nous longeâmes la Macta*  (fleuve formé par                          
et vers les 2 heures du matin nous arrivâmes au       la réunion du Sig
barrage, là vit une compagnie de mon régiment,         et de l’Habra)
détachée pour garder une compagnie
de militaires condamnés aux travaux
publics de l’atelier n° 2 de Ténès. Nous fîmes
une halte afin de faire nos adieux à nos cama-
rades qui se trouvaient détachés à cet endroit.
  Vers les 7 heures du matin nous fûmes à
destination, c’est à dire à Perrégaux.
Les mêmes précautions furent prises comme
la veille, la journée fut employée aux plus
grands amusements.
  Le 26 juin nous partîmes par
le train de 9 heures 47 du matin pour nous
rendre à Affreville qui est à 8 kil. de Milianah.
où nous arrivâmes le soir à 5 heures, de
là il nous restait encore 8 kilomètres à faire
à pied pour nous rendre à Milianah.
  En fait de ce voyage, je puis dire et je
le répète que c’était le plus beau et le plus
amusant que j’avais fait jusqu’à cette
époque. Nous étions seuls, nous nous commandions
nous même, ce qui est le plus agréable pour
le troupeau quand il peut profiter d’un
moment de liberté, aussi nous ne vivions pas
dans l’ignorance, mais au contraire tout moment fut
employé aux plus amusements.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Un
Détachement
 
 
  Au bout d’un mois que j’habitais la ville
de Milianah, le tour vint à moi pour aller en
détachement. Je partis le 1er août 1874 à
8 heures du matin pour Affreville garder
une compagnie de fusiliers qui travaillaient
sur la route de Tenes.
Avant que je n’entreprenne l’explication
au sujet de ce détachement je vais
tout d’abord vous donner une idée de l’em-
placement où était situé notre camp
et en même temps vous faire voir comment
on est logé en détachement.
  Au pied du mont Zaccar, à 8 k.
de Milianah où se développe une
plaine immense et fertile était situé
notre camp à 2 kilomètres d’Afreville
sur la droite de la route de Ténes. Il
était composé de huit tentes à pavillon
dont 6 appartenaient aux fusiliers qui
étaient sous notre surveillance, une à nous
et une derrière à notre chef de détachement
qui était un sergent major.
Tous les soirs à partir de 6 heures jusqu’à
4 heures du matin une sentinelle fut placée
pour la surveillance de ces derniers et le jour
ils furent accompagnés au travail par un planton.
  Nous vivions au prêt franc, et la cuisine
fut faite à tour de rôle. Chaque matin le
caporal accompagné d’un homme allait au
marché pour acheter les provisions suffisantes
pour le restant de la journée. Nous couchions
sur notre toile de tente qui était trans-
formée en paillasse, notre couvre pieds
nous servait de couverture et le sac pour
oreiller. Un trou creusé dans la terre et
surmonté de quelques cailloux nous servait
de fourneau pour faire la cuisine. Enfin,
un fossé entourant le camp servait de
point de limite pour les détenus qui,
en se hasardant à le dépasser risquaient
à se faire fusilier par la sentinelle.
  Les détenus travaillaient tous les jours
excepté les dimanches et jours de fêtes à
casser des pierres dont ils étaient payés à
raison de 2c. par mètre. Ils versaient chaque
jour 1c. pour l’atelier, 0,5c. pour la masse
individuelle et le restant du gain leur était
alloué en denrées. Deux fois par jour la
cantine leur était ouverte où ils pouvaient
toucher ce qui leur était dû, mais qu’une
chopine par repas leur était autorisée.
  Un supplément de 0,3. centime en sus
notre prêt nous fut alloué, ce qui nous
fit une pièce de 11c. à la fin du mois.
  A deux kilomètre à peu près du
camp se trouvait le Cheliff, qui en
serpentant venait arroser la plaine qui
porte son nom. Il est bordé par de
beaux palmiers et des lauriers rose, l’eau
qui est très bonne est remplie de poissons,
de tortues d’eau et de serpents. Au coin
du pont sur le chemin qui conduit à Ténes
se trouvait un café maure, espèce de hutte
bâtie en bois et couverte d’alfa. Cette hutte
était habitée par une famille nègre débitant
du café aux voyageurs indigènes qui fatigués
par leurs courses pénibles viennent se reposer
à cet endroit en buvant leur café assis par
terre sur un tapis en alfa. Au fond de la
hutte se trouvaient les lits qui n’étaient
que de simples tapis d’alfa, l’arabe se couchant
dans son burnous, passe ainsi la nuit en
se reposant la tête sur son bras.
  Un beau jour aussi et si je m’en rappelle
c’était un mercredi, nous fûmes tous d’accord
à faire une bonne omelette au lard ce qui nous
arriva très rarement. Tous les arabes qui passaient
pour aller au marché furent accostés pour leur
demander s’ils n’avaient pas des œufs à nous vendre.
Aucun n’en eut. Il fallut donc décider
d’aller rendre visite aux tribus du voisinage qui résidaient le long du Cheliff ; mais comme
ces habitations arabes sont toutes gardées par des
chiens de la race louvine, aucun ne se décida
à y aller. La curiosité qui me fit faire
bien des choses me poussa encore à ce moment
à marcher pour aller chercher le nécessaire
pour notre gala. Je partis donc en suivant
les sentiers à travers les blés, mais il me fut
bien difficile d’en trouver car les blés sont très
hauts et les gourbis arabes sont guère élevés
de terre. Au loin j’aperçu un point noir
entouré de poussière, ce qui me donna à croire
qu’il y avait une tribu aux alentours.
Je me dirigeai vers cet endroit, mais qu’elle
fut ma surprise à mon approche une foule
de ces chiens sauvages vinrent m’entourer,
je me croyais dévoré en un instant. Sans
armes comme je m’y trouvais il me fut bien
difficile de me défendre. Quelques cailloux, des
mottes de terre se trouvant à proximité, me
servirent pour ma défense. Une femme seule
se trouvait dans cette hutte ce qui fit mon
bonheur car elle mit fin à la bataille en
faisant rentrer les chiens. Alors devait com-
mencer le marché. J’appelai la femme par
ces mots : «Aya Mena Fatma». Ce qui
veut dire : Viens ici. Elle vint. Je lui demandai
si elle n’avait pas des œufs à me vendre, elle
me répondit que si et partit. Mais m’étant
mal expliqué elle vint avec une poule.
Je lui fis signe que ce n’était pas ce que
je désirais, elle me répondit par d’autres
signaux accompagnés de mots arabe qui
voulaient dire que la poule était grasse et
très bonne à manger. Enfin le mot (biva)
qui veut dire œuf, me vint à la mémoire
et mit fin au marché car elle me répondit
aussitôt : makache, ce qui veut dire non
et partit.
Je me dirigeai d’un autre côté où j’aperçus
une autre tente. Là, comme à la précédente
je fus de nouveau reçu par les gardiens.
Un arabe assis sur un tapis en alfa sous
un grand figuier, tenant d’une main
son café, de l’autre une cigarette, se leva,
vint à moi et me demanda ce que je désirais.
Je lui répondis que je venais pour acheter des
œufs, et qu’il me rendrait un grand service
s’il pouvait m’en vendre. Il nous sera bien
difficile d’en trouver me répondit-il, car ce
n’est pas la saison, et de plus ceux qui en
avaient les ont vendu au Cheik, car son
fils vient de faire ses noces.
  Je me retournai donc auprès de mes camarades
que je trouvais un instant après assis devant
la tente en fumant leur pipe. Ils furent
content en me voyant déboucher des blés et
tout était préparé d’avance pour faire
l’omelette, il ne manquait plus que les
œufs.
  Je ne vous dirai pas cher lecteur si l’omelette
au lard était bonne ; jugez le de vous même…
Après un séjour d’un mois que nous passions
dans cette belle plaine si agréable car fertile et
si amusante, nous retrouvâmes à Milianah
rejoindre notre corps. Ce fut le 1er septembre
1874. Le 21 du même mois on nous an-
nonça que nous allions partir pour aller
prendre garnison à Fort National dans la
grande Kabylie.
 
 
Milianah
 
 
  Sous-préfecture contenant à peu près 9000 ha.
est situé sur la route d’Orléanville à
131 kilomètres d’Alger. Elle est incrustée
comme un nid d’aigle au centre du mont
Zaccar et couronnée de beaux jardins garnis
de toutes espèces d’arbres fruitiers, de vignes
et de fleurs de toute nature. Elle est arrosée
par de belles sources qui fournit la montagne
et dont l’eau reste fraîche été comme
hiver. Les rues sont propres, larges et bien
pavées, bordées de ruisseaux et ombragées
par de beaux platanes. Les maisons ne sont
guère hautes à cause des grandes chaleurs,
mais elles sont toutes alignées et proprement
bâties. Au Nord elle est garantie par
le mont Zaccar, par cette montagne qui
se dit, la maîtresse de l’Algérie, par sa
hauteur et sa fertilité.Au pied de cette
montagne se trouve le jardin de la ville
garni de palmiers, d’orangers, citronniers et
de tout ce qui peut charmer l’œil.
Au sud elle domine la belle plaine du
Cheliff qui est arrosée par le fleuve
dont elle porte le nom. Au Nord se trouve
la porte du Zaccar d’où se développe la route
d’Alger, non loin de là se trouve un restau-
rant portant sur sa façade cette inscription
«A la belle source» il est renommé pour
ses bons vins. Au Sud se trouve la porte
d’Orléanville d’où se développe la route.
C’est sur cette route en descendant sur
Afreville qu’il y a un magnifique coup d’œil
sur toutes les beautés qui entourent cette ville.
  Je parti de Milianah le 21 sept.
1874 à 5 heures du matin. La route
d’abord encoffrée dans les montagnes, puis
serpentant sur le sommet de quelques collines
va se jeter au milieu d’une belle plaine
en vous conduisant à Oued el Hamamm
ou la ferme Grange. A cet endroit
où on ne trouve que quelques maisons dont
au centre une belle église nous fîmes la
grande halte qui dura une heure. Pendant
ce temps je liais conversation avec Mr le curé
de l’endroit car ma tente se trouvait à
proximité de sa porte et comme la troupe
y passe que très rarement, ce prélat fut
très content de s’entretenir un instant avec
nous. Il m’offrit un rafraîchissement
que j’acceptais de bon cœur et pour
partir il me remplissait mon bidon de son
vin que je trouvais délicieux. Je lui fis
mes remerciements, puis allant rejoindre mes
camarades je les trouvais prêts à partir. Je
partageais eux ce que je venais de recevoir,
puis le clairon sonnait l’assemblée et cinq
minutes après je partis pour Ameur el Aïn
qui est à 4 k. de cet endroit.
  Il était 9 heures du matin en arrivant
à l’étape ; le temps était clair et le soleil
coulait ses rayons sur nos têtes. Après
avoir monté nos tentes je partis pour
visiter la ville que je trouvais très agréable
située en plaine et couronnée par de beaux
jardins. A l’extrémité Sud se trouvait
un beau lavoir où j’allais laver mon linge
qui par la transpiration et la poussière
causées le long de la route, était méconnais-
sable. Au centre on remarquait l’église,
la maison commune dont au premier étage
se trouve la mairie.
  Nous partîmes le lendemain en suivant
la route qui traverse quelques bois puis va
se jeter sur les hauteurs en tournant en
zigzag autour des montagnes. Je fus surpris
par une soif dont il me serait bien difficile
cher lecteur de vous dépeindre les souffrances
qu’elle me causa. N’ayant pas d’eau sur
moi et n’étant pas habitué à l’usage du
tabac comme beaucoup de mes camarades,
il me fut bien difficile de trouver un
moyen pour me désaltérer. J’allais perdre
mes dernières forces quand tout à coup en levant
ma tête alourdie j’aperçu jaillir une
source sur une colline voisine et dont la
route passait à côté. Hélas ! Quel
bonheur ! Quelle joie ressentit mon cœur
à ce moment ; Oui cher lecteur rien ne
vous est aussi cher que ce dont le cœur en est
privé. Ce ne fut plus un désir ni une
envie, c’était une maladie, aussi je fixais
mes yeux à cet endroit pour ne le quitter
qu’après avoir contenté mon cœur.
  Je repris courage, je ne marchais plus
je volais vers cet endroit tant désiré ; mais
hélas ! Quelle fut ma surprise à mon
approche ? Deux sentinelles baïonnettes
au canon étaient placées à côté qui nous
défendaient formellement d’en prendre. Le
commandant lui même y reste pour sas-
surer que personne en prenne. Jugez cher
lecteur !Transportez-vous à cet endroit
et appréciez de vous même ; je suis certain que
vous ne resterez pas longtemps à deviner ce
qui se passait dans mon cœur à ce moment.
Il nous restait plus que 5 kilomètres à faire
pour arriver à la Bordica où nous fîmes
la grande halte. On avait le vin à 0,20 le
litre, ce qui fit notre bonheur. Un de
mes camarades se détacha pour en acheter,
il vint un instant après nous rejoindre sous
un grand figuier où nous étions assis.
Après avoir pris un bon rafraîchissement
nous nous dirigeâmes chacun de notre coté pour
aller toucher à notre escouade ce qui était
dû ; du café et du fromage.
  Après une heure de pose nous partîmes
pour Blida qui est à 8 K. de la Bordica.
 
Blida
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
A notre arrivée la fanfare fit retentir
ses chants mélodieux et en triomphe
nous rentrâmes dans cette ville si agréable
qui de loin vous fait sentir ses parfums.
  Nous montâmes nos tentes à côté des forti-
fications où l’eau jaillit en abondance.
  C’était mon tour à faire la
cuisine ; je m’installai le long d’un mur,
et quelques heures après je servais une bonne
soupe à mes camarades qui à ce moment
jouissaient d’un profond sommeil.
  Dans la soirée j’allais me promener pour  
visiter la ville. Quelle fut ma surprise
en voyant s’ouvrir à mes yeux cet aspect
pittoresque de cette petite ville. Ses
rues larges, bien pavées, bordées par les
ruisseaux, ces magnifiques magasins, la
place d’armes ombragée par de beaux
platanes et dont au centre jaillit une
belle fontaine, ces beaux jardins qui
l’entourent garnis d’orangers qui vous rient
aux yeux, ces treilles entourant les maisons.
Enfin la place du marché où pour un
bas prix le voyageur s’achète de ces beaux
fruits à lui si délicieux. Il fallut le son
du clairon pour nous avertir l’heure du coucher,
car tout ce qui se montrât à nos yeux nous
fit oublier l’heure de la rentrée.
  Le lendemain on se leva de bonne
heure afin d’arriver à l’Arba avant les
grandes chaleurs.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
  Nous fîmes la grande halte à
Rovigo à 25 K. de Blida où nous arrivâmes
à 9 heures du matin après avoir traversé
la Chiffa deux fois à gué. Je m’ins-
tallai sous un grand caroubier avec mes
camarades, je mangeais de ses fruits que je
trouvais très délicieux. Après nous être
reposés et pris quelques rafraîchissements
nous partîmes pour l’Arba où nous arrivâmes
deux heures plus après.
Je commençais par dresser ma tente, puis
je partis accompagné de quelques camarades
pour faire une provision de bois dans une forêt
voisine.
  Nous partîmes en devisant et en fumant
quelques cigarettes que nous trouvions exquises.
  Nous admirâmes d’abord la belle plaine
parfaitement cultivée, puis après avoir
goûté quelques figues le long du chemin
nous rentrâmes dans la forêt.
  Tout à coup au détour d’un sentier un
bruit fait pour faire frissonner vint
nous frapper l’oreille.
Qu’est ce que cela ? Demanda un camarade.
Quelque bête sauvage sans doute ; répliquai-je.
Mais on dirait un frôlement, le mouvement
d’un reptile ? A peine avais-je prononcé
ces paroles que nous vîmes sortir du fourré un
serpent qui se trouvait à 2 ou 3 mètres de nous
en sortant ses deux fourches et nous regardant
d’un air si vif que je croyais qu’il allait se jeter
sur nous à l’instant.
Je le tenais en garde à l’aide d’une perche
que je venais de couper un instant auparavant.
Le serpent voyait alors que nous étions trop
nombreux cherchait à se cacher, je lui
assommai un coup si fort qu’il restait
évanoui, puis avec ma machette je lui fendis
la tête.Nous l’avons mesuré, il avait 2,79 m
de long ; il fut dépouillé et porté au camp
où avec sa chair on fit un repas des plus
délicieux.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
L’arba
 
 
Est une ville contenant à peu près 1900 ha.
située dans la plaine de la Medidja à 32 kilom.
d’Alger.Elle est traversée par la route qui
part d’Alger, va à Aumah, Setif, Constan-
tine et Bône. Au Nord s’étend une belle
plaine très fertile dont à son extrémité on
aperçoit Alger ainsi que la mer qui s’étend
à l’infini. Au Sud elle est dominée par
de hautes montagnes dont au sommet on
aperçoit groupées ça et là des tribus arabes
avec de nombreux troupeaux. Au centre de
cette ville on trouve la place d’armes où nous
avons campé. Elle est bordée par de beaux
platanes, sur le côté Sud se trouvent l’église
et la maison commune.
Nous fîmes un séjour de 48 heures à cet endroit
où nous jouîmes d’un bonheur sans mélange,