"Si tu avais moins de rondeurs, tu irais plus vite!"
Je suis en colère. En tant que spécialiste des troubles des conduites alimentaires et de la nutrition du sportif haut-niveau, cet exemple démontre la discrimination qu'un individu peut vivre au quotidien concernant son physique.
L'activité physique est une aide dans la gestion de poids et c'est pour cela que les professionnels de santé l'encouragent.
Mais depuis que je consulte, je rencontre des enfants, adolescents et adultes choqués par des phrases discriminantes sur leur physique: "on ne me laisse pas faire la danse ou je suis toujours au fond de la scène", "je suis toujours sur le banc des remplaçants, on ne me laisse pas jouer car je suis trop gros" ou encore "si tu avais moins de rondeurs, tu irais plus vite!"...
La tolérance à l'autre devrait être enseigné par les adultes mais ces derniers, sont eux aussi dans la critique de l'image corporelle, certainement accablés par la pression sociale du culte du corps et des régimes fantasques. Finalement, dans l'incapacité de comprendre la problématique de poids pensant que "ce n'est qu'une question de motivation". Ce serait si simple!
On peut se poser la question : les aliments sont-ils vraiment la problématique de l'obésité? Je vous citerai l'exemple de "Supersize me". C'est l'histoire d'une personne voulant démontrer la conséquence des fast-foods sur le poids et qui a permis aux professionnels de la santé de donner une autre conclusion. Pourquoi ?
Depuis qu'il a arrêté son expérience, il a retrouvé son poids d'origine. Ceci suppose un pondérostat du poids, c'est-à-dire la part de la génétique dans la régulation de notre poids de forme.
Que devons-nous retenir de cette expérience? Premièrement, la consommation excessive et continue d'aliments très énergétiques conduit à une prise de poids mais n'est pas la condition suffisante pour le conserver puisque le retour à une alimentation normo-énergétique conduit au retour du poids spontané.
Deuxièmement, pendant l'expérience, ce gavage devenait de plus en plus éprouvant au quotidien pour lui. On peut donner comme hypothèse qu'un contexte psychologique particulier, dû à l'environnement, est une condition au maintien du poids.
Lorsque vous posez la question aux patients sur la prise de conscience de la compulsion alimentaire, ils disent avoir le sentiment de perdre le contrôle, l'impression de se déconnecter du moment présent, de ne plus être "eux-mêmes". La prise de poids devient donc non consciente et cette hypothèse nous rapproche du domaine des addictions (drogues).
Ce n'est donc pas simplement une question de motivation pour perdre du poids mais c'est bien plus complexe. Les paramètres de vie comme la famille, la relation aux autres, les échecs scolaires, sportifs... peuvent être des facteurs de prise de poids et de maintien. Les événements de vie peuvent conduire à des difficultés émotionnelles pouvant générer des problèmes alimentaires comme l'obésité.
Si vous ajoutez à cela une estime de soi faible, un contexte familial particulier, la phrase de l'adulte critiquante, vous vous retrouverez donc dans les conditions initiales d'un risque de troubles des conduites alimentaires de type anorexie mentale.
En résumé, la prise de poids est complexe et le consensus actuel ne permet pas d'expliquer encore le phénomène. En conseil, l'écoute, la valorisation et la compréhension de l'humain sont les clés de prévention du poids de part l'augmentation de l'estime de soi, de l'individu.
mardi 5 mai 2009
Article OMS