La collection Brunon est née à la fin du XIXème siècle dans la chambre d'enfants d'une maison familiale à Marseille, 174 rue Consolat, où deux petits garçons, âgés de huit et cinq ans, serraient leurs trésors: livres, images, soldats de plomb, uniformes et armes d'enfants.
La petite armée se recrutait au gré
des étrennes et, déjà soigneux et conservateurs, ils repeignaient les figurines pour parer aux erreurs des peintures d'origine ou aux accrocs des batailles d'antan.
Un jour de l'année 1908, les enfants reçurent de leur oncle rouennais, le docteur Raoul Brunon, une caisse contenant un fusil Chassepot, un shako de la Garde Nationale sous Napoléon III, un bonnet de police d'infanterie de la même époque, un casque bavarois de 1870 et quelques menus objets: ce fut le point de départ de ce qui allait devenir un extraordinaire musée.
Elevés dans le culte de la Patrie, du Drapeau et de l'Armée, comme tant de futurs combattants de 1914-1918, les deux frères allaient faire face au destin de leur génération.
Partis tous deux
au début du conflit avec cette obsession en tête d'une Allemagne victorieuse en 1870, leur mère leur écrivait à Noël 1914:
«La fin de cette année sera triste sans nos deux fils auprès de nous, mais [...] si Dieu le veut nous verrons tous la revanche!».
Raoul tomba le 23 octobre 1917, au cours de l'assaut du fort de la Malmaison, sur le Chemin des Dames, écrivant dans sa dernière lettre avant l'attaque:
«La providence gardera Jean afin qu'il fasse ce que je voulais contribuer à faire» c'est à dire «le futur musée» pour lequel ils récoltaient alors des souvenirs sur le champ de bataille comme en témoigne une lettre de Jean à Raoul:
«Tu t'occupes d'antiquités sous le feu de l'ennemi! D'Esparbès ferait un conte héroïque là-dessus!».
Jean garda religieusement le cul
te et la mémoire de son frère dont il donna le prénom à son fils à qui il eut la satisfaction de transmettre sa vocation et son savoir.
Sa collection fut achetée par l'Etat en 1967 et installée peu à peu au château de l'Empéri à Salon-de-Provence, restauré pour l'accueillir, et devenu ainsi musée national, antenne du Musée de l'armée de Paris à qui appartiennent les collections.
Il s'éteignit le 23 mai 1982, dans sa 87ème année, se consacrant jusqu'au bout à son oeuvre et à son musée. Son fils Raoul qui créa le musée avec lui, en fut le conservateur jusqu'à sa disparition prématurée en 1998.
«Jean Brunon a été probablement le plus grand collectionneur privé d'Europe, l'un des plus grands du monde» a écrit le colonel Pierre Carles, grand spécialis
te de l'histoire militaire. On lui doit cet ensemble exceptionnel qui est bien plus qu'un musée, une collection vivante, une introduction unique à l'histoire grâce à une muséographie innovatrice et sans pareil, constituant une oeuvre en soi, dont la qualité artistique autant que pédagogique témoigne d'un goût magnifique et d'un sens profond de l'humain.