un noel chez les grivots texte de Marie Perrot

                                                                            Ma Maman»»»

  

                     Une semaine avant  Noel, la maison bruissait  telle une ruche ! Nous étions tous si excité à l’idée de recevoir de beaux cadeaux. Tous les ans le même rituel revenait pour notre plus grand plaisir. Nous étions allés dans la forêt pour  prélever notre arbre de Noel. Papa l’avait sélectionné, grand, fort et bien vert. Notre géniteur était armé de sa cognée dont le manche cireux épousait parfaitement ses mains calleuses et larges et nous l’accompagnions  braillant comme des putois, marmaille goualeuse et morveuse, le nez au vent, les genoux rougis par les morsures de la bise hivernale. La lame  de sa cognée brillait telle la dentition d’un carnassier avant la curée. Il faut dire que notre père n’attendait pas le rémouleur pour affûter les couteaux et autres ustensiles. Il n’y en avait pas deux comme lui pour passer et repasser les outils  sur la meuleuse. La meuleuse était montée sur un support en bois, une large manivelle permettait de tourner aisément la lourde pierre  et nous en actionnions méticuleusement, lentement le mécanisme , car disait-il : il ne faut pas aller trop vite,  il faut que la pierre attaque le métal en douceur et lui donne un filet mince et acéré !. Il avait abattu  le sapin d’une simple pichenette, la cognée mordait le bois tendre qui exhalait son odeur de résine, le sapin craquait et offrait au vent froid de l’hiver ses entrailles. La sèvre s’écoulait comme le sang des lapins qu’il tuait régulièrement. L’odeur  forte de la transpiration paternelle perçait  les multiples couches de vêtements et le papier journal posé sur sa poitrine. Ses petits yeux verts brillaient tels des diamants et pétillaient de malice. Rien ne l’excitait d’avantage que de partir avec sa troupe, lui devant, mes frères aînés lui collant au train et les plus petits qu’il fallait souvent rappeler pour coller  à ses pas. Il  me semblait être le plus fort, rie ne pouvait détruire cet être hors du réel. Je l’aimais !

Allez les vieux gars !!    Attrapez le tronc et tirez !

                        Mes frères s’activaient  et nous autres, les petits, les plus zélés, si fiévreux et tellement empressés d’apporter ce merveilleux arbre si prometteur, accompagnions nos aînés de nos cris victorieux. Pour nous c’était l’arbre aux cadeaux. Ma mère gardait les bougies avec les petits supports en fer dans une boîte dans laquelle nous trouvions d’autres trésors ; petits anges de papiers, père Noel, fées, lucioles. Nous avions fabriqué des guirlandes de toutes les couleurs qui se mêlaient aux guirlandes défraîchies que nous replacions d’année en année avec la même fièvre. Ma mère avait investi dans l’achat de papillotes que nous ne manquions pas de grappiller à la moindre occasion, dès qu’elle avait le dos tourné. Nous adorions ces friandises : il y avait dedans des pétards qui faisaient la joie des nos frangins et des blagues que nous racontions à table.  C’est drôle, je me souviens que ces blagues nous faisaient glousser de plaisir. Etait-ce le contentement de nos papilles qui nous égayait à ce point ou les blagues elles-mêmes. Il y avait  également des oranges dans notre merveilleux sapin de Noel qui mêlait leurs odeurs fruitées aux bonnes odeurs de cuisine. Ma mère qui était croyante, nous faisait déposer notre crèche sous les branches basses du résineux. La voûte de la grotte était de papier carton et les petits santons étaient sortis religieusement de leur cache. Nous reconstituions la scène de la naissance du petit jésus, l’âne, le bœuf, les personnages tout était là !! Notre arbre était le plus beau, et lorsque nous allumions les bougies,  il s’en dégageait une délicieuse odeur de chocolat, d’orange et de résine. Nous placions nos pantoufles,  juste sous l’arbre et le lendemain nous découvrions nos cadeaux. Loin  dans mes tropiques, cette odeur me revient plus forte que jamais, me chatouille les papilles, me régale, je savoure chaque arôme, me délecte de ces senteurs enfantines, je me repais sans vergogne de mes souvenirs. Je me rappelle, une année pas comme les autres ! Nous avions comme d’habitude sacrifié au rituel du sapin, tous excités à l’idée des cadeaux qui ne devaient qu’arriver. Ma mère n’était pas  très en forme, je l’entendais renifler bruyamment et ses yeux étaient d’une grande tristesse. J’étais petite mais je me souviens des chuchotements, de sa poitrine soulevée de temps à autre par des soupirs à fendre l’âme. Je ressentais dans ma chair qu’un drame se jouait. Je me couchais le soir de Noel avec un mauvais pressentiment et au petit matin, je ne trouvais dans mes souliers qu’une papillote et une clémentine. Ma mère attendait près du sapin et pleurait doucement. Nous n’avons pas posé de question, nous savions que cette année serait une année sans cadeau. …. La misère était grande dans notre famille. Dame ! Nourrir une grande famille relevait de l’exploit. Je n’ai jamais oublié les pleurs de ma mère et chaque fois que nous fêtons Noel, je pense à elle, si forte, si fragile, si douce. Je pense à mon père qui ne disait rien mais dont le pauvre cœur se brisait de ne pouvoir nous donner plus.  Je me souviens aussi que le lendemain, je suis retournée à l’école et devant l’étalage des cadeaux qu’avaient reçus mes petits camarades, je m’étais inventé un présent merveilleux : une poupée qui fermait les yeux et qui parlait, ses habits étaient ceux d’une princesse,  faits de satin et de pierreries et je l’avais appelée Rachel…… .